Montebourg : de l’union des gauches à la fusion des gauches

valls-montebourgLe 30 octobre, dans le JDD, Arnaud Montebourg annonçait vouloir « réaliser l’union des gauches », proposant alors que Manuel Valls le rejoigne dans la primaire socialiste. Il  confirmait alors qu’il « accepterait le résultat de la primaire », et donc de se ranger le cas échéant derrière, à l’époque, François Hollande ou Manuel Valls. De François Hollande, il n’est plus question. Mais le renoncement de ce dernier libère le projet d’Arnaud Montebourg : dès le lendemain, au micro de France-Inter, celui-ci s’attelait en effet à faire glisser son projet « d’union des gauches » vers la fusion.  

Interrogé par Léa Salamé sur le fait qu’il aurait avec Manuel Valls plus de points communs que de différences, Arnaud Montebourg commence par lancer comme une évidence « Heureusement ! ». Avant de faire disparaître la dispute politique au nom du rassemblement : [Avec Manuel Valls] « nous sommes dans la même primaire, c’est donc que nous jugeons que nous pouvons nous confronter sans nous détruire, sans nous affronter ». Sans nous affronter…Ainsi donc les orientations de l’un et de l’autre ne seraient pas à ce point différentes qu’elles mériteraient d’être tranchées, coupées, mais pourraient faire l’objet d’un échange qui viserait à en faire ressortir du commun. Sur ces bases, la mutation démocrate du Parti socialiste n’est pas prête à s’arrêter…

Arnaud Montebourg ramène d’ailleurs la primaire à son objet originel, un exercice lénifiant qui gomme les aspérités pour éviter d’avoir à trancher quoi que ce soit. Et le même de le confirmer : « C’est un processus de construction, la primaire, ce n’est pas un processus d’annulation ». Avant d’enfoncer le clou : « Notre travail, c’est précisément de nous concilier (sic), de nous conjuguer ». Bref, la primaire est ramenée à un congrès du PS.

Et si François Hollande disparaît, la synthèse a elle trouvé un nouveau héraut. « L’union des gauches » chère à Arnaud Montebourg vire ainsi à la fusion programmée de celles-ci. L’invitation à la primaire lancée à Manuel Valls (« Quitte le gouvernement et sois candidat à la primaire ! ») se voit désormais assortie de garanties données à ce dernier pour que, par-delà les différences,  le rassemblement soit convergence. Avant même que d’avoir à s’attaquer à la droite et à l’extrême-droite, Arnaud Montebourg capitule déjà sur le fait d’avoir à étouffer la ligne sociale-libérale qui a pourtant détruit son parti.

Sans doute est-ce là un mauvais procès fait à Arnaud Montebourg qui a une telle confiance en sa capacité à l’emporter qu’il s’engage à prendre le risque de faire passer ce qu’il prétend incarner sous les fourches caudines du vallsisme en cas de défaite. A moins encore qu’il n’existe une compatibilité de fait entre l’un et l’autre comme à l’époque où le premier intriguait pour permettre l’accession du second à Matignon…

Les conséquences des assertions matinales d’Arnaud Montebourg ne s’arrêtent en tout cas pas là. Pierre Laurent, qui lui aussi prétend rassembler la gauche, mettait à juste titre en garde le même jour sur le fait que cela ne pouvait se faire autour de Manuel Valls. Que pense alors le secrétaire général du PCF des déclarations de celui qui, malgré le vote des militants en faveur de Jean-Luc Mélenchon, se voyait encore ménagé comme une porte de sortie au point de lui permettre d’évoquer à propos de la consultation des communistes une « clause de revoyure » ?

Décidément, bien loin des duels de salons, le seul cadre de confrontation sur le fond demeure le premier tour de l’élection présidentielle. Et son juge de paix le suffrage universel, pour que le vote ne soit pas un masque comme dans la primaire mais bien l’expression du peuple souverain appelé à trancher sans faux-semblants sur des orientations politiques claires.

2 commentaires sur “Montebourg : de l’union des gauches à la fusion des gauches

  1. Les uns comme les autres peuvent jouer sur la forme en évitant de s’affronter sur le fond, en occultant tout droit d’inventaire sur leur bilan, pas certain qu’ils en soient pour autant quitte aussi facilement. Les manœuvres politiciennes ne vont pas cesser d’aussitôt. Cette situation redonne du souffle à toutes les combinaisons possibles dans le camp du PS et de ses alliés. On voit déjà s’organiser une tentative de rabibochage entre les divers courants du PS libéral et un PCF disposé de rembrayer la bobine malgré la décision des militants, décision aux forceps peut-on dire, d’en appeler à la candidature de Jean-Luc Mélenchon. La tentation de remettre à l’ordre du jour « une union de la gauche ou d’une troisième voie » susceptible de sauver cette gauche d’appareil, d’abord intéressée à sa seule survie, est vouée à l’échec. Cette gauche a trahi bien au delà de ses fondamentaux, n’étant plus que l’ombre d’elle même, a rendu l’âme en s’aliénant les classes populaires qu’elle a laissé sur le chemin. Pas certain non plus qu’une telle solution trouve grâce aux yeux des électeurs. Cette tentative désespérée de sauver ce qui peut l’être encore n’est tout au plus au plus qu’un sparadrap sur une jambe de bois.

    En face d’un Fillon dont le programme se résume à une nécrologie, qui nous propose de s’en remettre au dieu argent (et dieu tout court) et aux sacrifices nécessaires pour le bien de nos âmes (et surtout du capital), seule la candidature de Jean-Luc Mélenchon est susceptible d’affronter les uns et les autres, sans concession, sachant que ce chemin est des plus difficile. Nous n’avons ni le goût ni le temps pour les combinaisons politiciennes.

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  2. La clarté des débats , la fiabilité des positions voilà ce qu’attendent massivement les français, aussi les godilles de Montebourg ne sont-elles pas opportunes … Avec Hollande ils ont plus que leur compte de louvoiements et de finasseries filandreuses et autre ruses et manœuvres fumeuses : pour illustrer d’un seul exemple,(mais il en aurait tant d’autres à citer!), on se rappellera l’une des plus fameuses valse hésitation de Hollande, à propos du mariage pour tous, quand Hollande déclara que les maires pourraient en quelque sorte, selon leur conscience, refuser de célébrer des mariages entre personnes de même sexe. donc ne pas appliquer la loi ! Je fais une loi et je donne le mode d’emploi pour ne pas l’appliquer !

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