Cazeneuve à Matignon : la provocation faite au camp laïque

couverture-laiciteComme une ultime provocation adressée par François Hollande au camp laïque, Bernard Cazeneuve vient d’être nommé à Matignon ce mardi 6 décembre, date anniversaire de l’adoption par le Sénat de la loi de séparation des églises et de l’Etat, ultime étape parlementaire avant sa promulgation le 9 décembre 1905. Celui qui était jusque là ministre de l’intérieur et qui avait donc à ce titre en charge le ministère des Cultes s’est en effet ces derniers mois tristement illustré en matière de laïcité. A l’heure où derrière François Fillon la droite réactionnaire refait la jonction avec sa frange catholique la plus traditionnaliste, Bernard Cazeneuve apparaît au mieux comme une porte-tambour qui laissera le religieux réinvestir l’espace de constitution des libertés.   

Depuis 1912 et la suppression définitive du ministère des Cultes, ce domaine est rattaché au ministère de l’Intérieur. Au sein de la sous-direction des libertés publiques, le Bureau central des cultes est chargé des relations avec les autorités représentatives des religions présentes en France et de l’application de la loi de 1905 en matière de police des cultes. L’article 4 de la loi de 1905 prévoit en effet que l’Etat prend en compte l’organisation interne de chacun des cultes dans la mesure où cette organisation n’entre pas en contradiction avec les règles républicaines. C’est donc à ce titre que Bernard Cazeneuve a officié d’avril 2014 à aujourd’hui.

Et force est de constater qu’en la matière, l’action et les préconisations de Bernard Cazeneuve ont largement dérogé avec le principe de laïcité. Pas plus tard qu’en juillet 2016, Bernard Cazeneuve tentait en effet d’ériger le concordat en modèle de substitution à la loi de 1905. Comme le rapporte le Canard Enchaîné dans son édition du 27 juillet, Bernard Cazeneuve envisageait alors rien moins que l’instauration d’un Concordat avec l’islam !

Il faut dire que Bernard Cazeneuve est constant dans sa volonté de substituer la contractualisation avec les religions au modèle républicain pour leur offrir une place de choix dans l’espace de constitution des libertés dont elles devraient au contraire être exclues. L’Ecole de la République était ainsi elle aussi en ligne de mire du ministre. Après que le PS a proposé, dans son rapport sur la cohésion républicaine présenté le 1er février 2015, de « développer les enseignements privés sous contrat », Bernard Cazeneuve enfonçait alors le clou et encourageait le recours à l’enseignement privé confessionnel : « L’enseignement privé confessionnel musulman doit pouvoir se développer dans le respect des principes républicains […] Ces établissements peuvent conclure des contrats d’association ».

Le 29 août 2016, c’est encore Bernard Cazeneuve qui précisait les contours de la Fondation pour l’islam de France revisitée avec un double volet culturel et cultuel, entretenant de fait l’ambiguïté qui permet de naviguer de l’un à l’autre. Surtout, si l’Etat demeure, et c’est heureux, absent du second pan de cette fondation, Bernard Cazeneuve préconisait qu’il y intervienne indirectement et participe de son financement, reprenant alors à son compte les préconisations du Conseil français du culte musulman (CFCM) de mettre en place des redevances spécifiques, que ce soit sur le halal ou le hajj (le grand pèlerinage à La Mecque), autrement dit en mettant en place des procédures publiques qui induisent une privatisation des fonds.

La dimension éphémère du gouvernement à mettre en place n’impliquait pas nécessairement que celui-ci soit un gouvernement de reddition. La nomination de Bernard Cazeneuve à Matignon en a pourtant les allures du point de vue de la laïcité. C’est là un contresens stratégique à l’heure où la droite déploie sur ce terrain toute la volonté de sa réaffirmation dans un héritage judéo-chrétien. Bernard Cazeneuve aura sans nul doute l’occasion d’en discuter avec François Fillon sur le banc d’une église et dans le cadre de leurs fonctions respectives, le premier ayant participé en tant que ministre de l’intérieur et des cultes à la messe de Noël célébrée à Notre Dame de Paris le 25 décembre 2015, le second s’étant ostensiblement rendu pour l’Assomption le 15 août 2015 à l’abbaye de Solesmes pour « retrouver nos racines chrétiennes et l’esprit des Béatitudes ». Hypocrites !

A retrouver dans La laïcité pour 2017 et au-delà, De l’insoumission à l’émancipation, par François Cocq et Bernard Teper chez Eric Jamet Editeur (8€)

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Un commentaire sur “Cazeneuve à Matignon : la provocation faite au camp laïque

  1. Je suis très méfiant concernant les croisades anti religieuses . Que les franc-maçons s’excitent là-dessus dans leurs loges, très bien. Mais qu’ils ne viennent pas nous gonfler avec leurs obsessions.

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