Madame Le Pen salit l’école de la République

le-pen-pop« Si vous venez dans notre pays, ne vous attendez pas à ce que vous soyez pris en charge, à être soignés, que vos enfants soient éduqués gratuitement, maintenant c’est terminé, c’est la fin de la récréation ! » Les déclarations de madame Le Pen ce 8 décembre alors qu’elle était invitée par l’institut de sondage BVA pour un de ses petits-déjeuners « POP 2017 » méritent qu’on s’y arrête tant elles vont au-delà de la simple et malveillante « préférence nationale » portée par la candidate du FN et qu’elles remettent en cause les fondements mêmes de l’école publique et républicaine.

Madame Le Pen a beau essayer d’atténuer le choc en sollicitant dans la foulée l’AFP pour apporter des précisions, elle s’enfonce : « Je parlais des enfants de clandestins […] Plus de scolarisation des clandestins. Et contribution au système scolaire de la part des étrangers sauf s’ils cotisent en situation légale ». On avait compris. Ainsi donc, les enfants présents sur le territoire ne seraient plus acceptés dans l’école de la République. Le droit à l’éducation, reconnu constitutionnellement en France depuis 1946,  serait ainsi bafoué. Celui-ci concerne, et c’est heureux, les enfants de 6 à 16 ans, sans condition de régularité de séjour de leurs parents ou de leurs responsables légaux, ni de condition d’entrée dans le cadre du regroupement familial. Car avant que d’être « clandestins », les enfants sont des individus à part entière qui, du fait de leur âge et de leur place dans le double processus d’émancipation individuelle et collective, n’ont pas à être comptables de l’histoire, la plupart du temps douloureuse, de leurs parents. C’est pourquoi les droits ont un caractère universel car ils s’attachent à l’individu et non à des situations. L’Ecole de la République parce qu’elle est celle de la patrie des droits de l’Homme se grandit d’être une école en Humanité. Madame Le Pen la rabaisse ne serait-ce qu’en envisageant qu’elle puisse demander un ticket d’entrée et fermer ses portes à celles et ceux qui en ont besoin, lui ôtant ainsi sa double vertu d’être une école de l’égalité et de l’émancipation

Mais les précisions de madame Le Pen vont plus loin encore que la soustraction scolaire aux « clandestins ». La même propose également de se servir de se coin enfoncé pour remettre en cause le principe de gratuité scolaire. Voilà donc que les étrangers qui ne cotiseraient pas « en situation légale » se verraient imposés une « contribution au système scolaire ». Qu’est-ce à dire ? De quelle situation légale parle donc madame Le Pen ? De celle du travail ? Et que les étrangers qui seraient « coupables » de ne pas avoir d’emploi ne pourraient plus mettre leurs enfants à l’école ? Des sans-papiers, qui cotisent de manière légale, mais verraient s’appliquer un principe de transitivité qui fait que la négation de leurs droits s’appliquerait aussi à leurs enfants ? Quelle est la finalité d’une telle préconisation ? Etablir une hiérarchie entre les enfants en rompant l’égalité de traitement et l’égalité entre les êtres humains ? Son ambition est-elle plus prosaïquement d’accroître la concurrence entre les travailleurs en y ajoutant le chantage à la scolarité de leurs enfants ? Le capitalisme du XIXème siècle s’en chargeait sous un autre mode et madame Le Pen propose de nous y ramener. Dans un cas comme dans l’autre, madame Le Pen préparerait en faisant cela un monde à feu et à sang.

Ce n’est pas un hasard si l’offensive de madame Le Pen s’effectue sur le double terrain de la gratuité et de l’obligation scolaire. Gratuité et obligation scolaire sont deux principes consubstantiels de l’école de la République. Le premier a permis la mise en place effective du second. Le second n’existe que parce que le premier l’y autorise. Dès 1792 Condorcet proclamait l’extension de la gratuité, qui était ensuite confirmée en 1793 dans le rapport parlementaire sur l’éducation gratuite, obligatoire et nationale, avant que les lois Ferry de 1881 et 1882 réaffirment cette double ambition face aux réactionnaires de tous poils. Lorsque madame Le Pen propose donc d’interdire l’accès au savoir dans l’école à certains et qu’elle parle de « contribution » pour d’autres, elle définit la même chose : la rupture avec le fait que l’école de la République est l’école commune. Le privé s’en frotte déjà les mains.

La haine et le rejet de l’autre conduisent on le voit à la remise en cause en profondeur de l’édifice républicain, à commencer par l’Ecole elle-même. Le projet de madame Le Pen ne se contente donc pas d’être répugnant sur le plan moral, il est aussi nocif pour tout ce qui fait société, ce qui est la grandeur de la France.

 

7 commentaires sur “Madame Le Pen salit l’école de la République

  1. Ricardo dit :

    De grâce François ne tombe pas dans le piège de Lepen et du FN .
    Lepen à quand à elle a bien retenue la leçon de communication de son papa consistant à :
    Ne rien dire pendant un certain pour se faire désirer par les médias , puis lâcher une phrase bien ignoble pour que les médias et toute la classe politique se saisissent de son propos outrancier et que l’on ne parle que d’elle et de son parti pendant ses jours voire des semaines .
    Et voilà que défilent quotidiennement dans les médias les Philippot Collard , Racheline. Lepen nièce …histoire d’occuper l’espace médiatique et de faire parler d’eux à 5 mois des élections .
    Ils font le coup à chaque grande élection en 2012, c’était la viande halal et tout le monde tombe dans le piège . Ils doivent bien se marrer au FN , ça marche à tous les coups , il suffit de mettre une pièce !

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    • francoiscocq dit :

      Il ne t’aura pas échappé Ricardo que j’évite justement l’angle des « clandestins », des « étrangers » sur lequel madame Le Pen voudrait attirer le débat. Au contraire, je crois démontrer qu’au-delà de cet aspect, répugnant, ses propos sont une atteinte profonde au service public et en particulier à l’école de la République.
      En cela, la mise en lumière ne saurait la servir mais je l’espère contribuer à ouvrir les yeux du plus grand nombre sur les conséquences réelles des politiques proposées par le FN. Tu as tort je crois de considérer qu’il suffirait de détourner les yeux ou nous même de nous taire pour ne plus entendre parler du FN. C’est nier la prégnance de son discours dans notre société et son implantation dans beaucoup trop d’esprits. Le combat doit être mené mais tu as raison, en gardant la main et en parlant de ce qui participe d’un avenir en commun, ici l’école, et non en nous laissant entraîner sur les terrains où elle souhaite nous mener, ici la stigmatisation des « étrangers », et où elle attire avec facilité les médias pastoraux.
      Amicalement
      fc

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  2. Ricardo dit :

    Tu cites 10 fois le nom de madame Lepen dans ton article , c’est elle qui a gagné, elle a fait parler d’elle ! C’était son but et en même temps elle a réveillé ses supporters qui s’endormaient et probablement ralliée à elle quelques haineux de plus qui n’ont rien dans le ciboulot !

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  3. BRETON Daniel dit :

    Je ne voudrais pas m ‘immiscer dans votre échange ,n’étant pas un intellectuel . Pour autant il me semble que ce que dit François au sujet de Mde Le Pen doit être dit . Perso , j’en ai retiré un intérêt évident .Les gens de mon acabit ont besoin de lire et comprendre ce que vous, êtes en mesure de porter à notre connaissance. On se bonifie tout les jours à la lecture de vos analyses , ou commentaires (je parle pour moi « la France d’en bas » ).
    Oui ! Ricardo tu as aussi raison ,parler d’elle , parler d’eux , c’est » implicitement » leur faire de la promo.

    Merci à vous deux . D.BRETON

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    • Ricardo dit :

      Cher Daniel je ne me considère pas comme un intellectuel, je donne simplement mon avis. Petite précision dans la France insoumise, il n’y a pas de « France d’en bas » ni France d’en haut , il n’y a que des citoyens libres et égaux en droit !
      Pour moi le souci ce sont les médias qui font la promotion de l’héritière et de ses sbires dès qu’ils ouvrent la bouche ! Je pense que c’est par la « petite lucarne » que se répande le plus ses idées nauséabondes et ils le savent .

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  4. […] Nous avions déjà noté en décembre en quoi la proposition de Mme Le Pen est régressive en ce qu’elle nie la dimension universelle des droits qui s’attachent à l’enfant en tant qu’individu à part entière dès lors qu’est reconnu le droit à l’éducation, pour mieux le replacer sous la tutelle parentale et étendre les interdits des uns aux autres. L’éducation ne saurait alors prétendre être une émancipation dès lors qu’elle est d’abord une aliénation des droits. Nous avions également soulevé en quoi la remise en cause du principe de gratuité scolaire a pour corollaire immédiat la fin du principe d’obligation scolaire qui y est consubstantiellement lié depuis les lois Ferry des années 1880. Mais il s’avère qu’ayant ouvert la boîte Pandore, Mme Le Pen, entre deux contradictions, étend déjà les mesures de restriction scolaire qu’elle propose au-delà de ce qu’elle annonçait en décembre. […]

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  5. […] Nous avions déjà noté en décembre en quoi la proposition de Mme Le Pen est régressive en ce qu’elle nie la dimension universelle des droits qui s’attachent à l’enfant. Le droit à l’éducation le considère en tant qu’individu à part entière quand Mme Le Pen le replace sous la tutelle parentale et étend les interdits des uns aux autres. L’éducation ne saurait alors prétendre être une émancipation dès lors qu’elle est d’abord une aliénation des droits. Nous avions également soulevé en quoi la remise en cause du principe de gratuité scolaire a pour corollaire immédiat la fin du principe d’obligation scolaire qui y est consubstantiellement lié depuis les lois Ferry des années 1880. Mais il s’avère qu’ayant ouvert la boîte Pandore, Mme Le Pen, entre deux contradictions, étend déjà les mesures de restriction scolaire qu’elle propose au-delà de ce qu’elle annonçait en décembre. […]

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