Macron, les médias, leurs étrennes

macronLa trêve des confiseurs approche et tout ce que le système compte de valets médiatiques s’empresse de dispenser ses étrennes à celui dont elle s’accommoderait parfaitement qu’il soit roi, Emmanuel Macron. Du Monde à Radio-France, les faiseurs d’opinion, parés du sempiternel masque de l’objectivité journalistique conquise par d’autres, ont multiplié cette semaine les articles promotionnels à la gloire du nouveau fils prodigue comme autant de gages de bonne foi. A l’heure de basculer dans la nouvelle année, on n’est en effet jamais trop prudent et le favori Fillon ne saurait aller sans sa roue de secours Macron.

L’article du Monde dans son édition datée du 20 décembre est une caricature de propagande journalistique vide de tout contenu. Intitulé « Emmanuel Macron se prend au jeu de la campagne », l’article digne de Gala (le décalage assumé en moins) vante l’homme. « La mue est spectaculaire » nous livre Cédric Pietralunga, découvrant apparemment les ressorts d’une campagne électorale. A moins que le portrait qu’il dessine d’Emmanuel Macron ne soit que le décalque de l’esquisse qu’Emmanuel Macron veut bien faire de lui-même : «J’ai un naturel empathique, cela ne me pose pas un problème d’aller vers les gens, au contraire », « Je ne triche pas, je ne calcule pas, je n’ai même jamais fait de media training. Il y a chez moi une extrême cohérence entre la personne publique et la personne privée. » Arrivé à ce stade, on s’attend alors une remarque du journaliste mais non, l’article vire à la tribune : « Il y a un racisme ordinaire dans la vie politique qui considère que vous n’avez pas le droit de vous présenter à l’élection présidentielle si vous n’avez pas respecté un certain parcours. Mais le général de Gaulle avait bien accédé à l’Elysée sans avoir été élu auparavant ! » poursuit Emmanuel Macron. Peut-être eût-il pu alors être utile de noter que la comparaison en légitimité entre celui qui a lancé l’appel du 18 juin et celui qui se dit victime de « racisme », rien de moins, pour avoir préféré les alcôves du pouvoir au suffrage des électeurs était un brin osé ? Mais non. Silence vaut acquiescement. Et même mieux, Cédric Pietralunga d’enchaîner en rapportant : « Au contraire, le candidat dit faire de la sobriété sa marque de fabrique ». Emmanuel Macron, peut en effet bien se taire, d’autres parlent pour lui.

La veille, le même journal consacrait déjà un article à l’ex de chez Rothschild, « Emmanuel Macron fait la chasse aux signatures aux Antilles », s’esbaudissant du parrainage promis par le président du conseil régional de Guadeloupe. Et dès le lendemain 21 décembre, Le Monde remettait le couvert, en cherchant à installer Macron comme l’adversaire en chef de François Fillon. L’article était sans ambiguïté : « Fillon s’inquiète de la dynamique Macron ».  Au point que la droite, qui est bien sûr est elle aussi dépourvue de toute arrière-pensée et qui n’oserait certainement pas choisir le candidat qu’elle souhaite affronter parce que le plus commode pour elle, au point que la droite donc fasse le panégyrique dudit Macron : « J’ai sous-estimé son potentiel » lâche le président du conseil national de LR Luc Chatel, par ailleurs ex de l’Oréal et communicant éprouvé.  « Macron réunit beaucoup de qualités : il est brillant, intelligent, pas sectaire… Et, en plus, il est très sympa, car il sait créer de l’empathie » lance un autre.  Bref, Le Monde joue les idiots utiles en relayant la stratégie du choix de la droite pour promouvoir son clone. Une stratégie qui se veut pour Le Monde aussi celle du qui perd gagne.

Ce même 21 décembre, France culture prenait le relais et faisait de ce dernier article le fil rouge de son journal de la mi-journée. Tout l’argumentaire déployé à l’écrit se répandait sur les ondes. Jusqu’à la séquence invité au cours de laquelle Emmanuel Maurel, soutien d’Arnaud Montebourg dans la primaire du PS, était tenu de se positionner en fonction du chouchou des commentateurs, non sans avoir dû auparavant subir la scandaleuse mise en perspective par Ludovic Piedtenu de celui qu’il soutient avec le FN (pour avoir vu Jean-Luc Mélenchon subir tant de fois le même vandalisme idéologique qui détruit le débat politique, la remarque à l’encontre d’Arnaud Montebourg du chien de garde du système qui tient le micro à France culture ne saurait être gardée sous silence).

La chaussette d’Emmanuel Macron est bien pleine. La Caste médiatique lui a offert ses étrennes en temps et en heure. Pas simplement comme « un pronostic, un présage, un signe » comme l’indique l’usage ancien du terme tiré du latin strena. Mais carrément comme le glissement vers ces « cadeaux pour servir de bon présage[i] » que les gardiens du temple journalistique se croient tenus de délivrer. Ah oui, au fait, Macron est l’anti-système parait-il.

[i] Dictionnaire historique de la langue française, Le Robert

3 commentaires sur “Macron, les médias, leurs étrennes

  1. Torrey Canyon dit :

    Il se pourrait que Macron réalise le rêve de Hollande : devenir le meilleur candidat de la droite. Toute la stratégie de Hollande au cours de son quinquennat était d’occuper largement le centre droit pour pouvoir en 2017 se présenter en fait comme le meilleur candidat de cet espace politique espérant coincer la droite »sarko » entre lui et Le Pen, pour cela il avait le « soldat  » Macron. Tandis qu’Hollande se méfiait de Vals qui avait le même projet que lui, et que ces deux là se regardaient, Macron en a profité pour les doubler l’un et l’autre, laissant Hollande sur place, quant à vals il aura bien de la peine à remonter dans la roue de Macron..
    Macron pense sans doute plus à 2022 qu’à 2017, mais avec le concours assidu de la « bonne » presse et l’essouflement prévisible de Fillon (qui inquiète même dans son camp), Macron pourrait être, plus tôt que prévu, propulsé en tête de la droite …
    A part Mélenchon qui peut barrer la route à la droite, qu’elle soit celle de Fillon, de Le Pen ou de Macron ?

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  2. Villanova dit :

    « Les médias sont un contre pouvoir »
    Vanessa Burgraff dans ONPC

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  3. Ricardo dit :

    Les chiens de garde veillent !

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