Les primaires en cale sèche

indexTandis qu’Armel Le Cléac’h franchit la ligne d’arrivée du Vendée-Globe, la primaire du PS et de ses satellites se voit elle remisée en cale-sèche. Comme pour les autres primaires qui l’ont précédée ces dernières semaines, la dynamique électorale qui résulterait du processus vient de voler en éclat. C’était là le dernier argument des gardiens de l’ordre établi pour tenter de justifier de l’utilité du procédé et imposer leur champion. La prophétie se voulait auto-réalisatrice. Tout démontre désormais que non seulement l’effet attendu a disparu mais qui plus est que l’essorage préliminaire nuit à la mise en mouvement populaire.

On connaissait les travers usuels des primaires : la violence de la confrontation interne, l’entre-soi de la discussion, le tamis social que représente le vote à ce type de scrutin, la falsification des programmes entre ce qui a été promis aux votants de la primaire et ce qui sera vendu à l’ensemble de l’électorat, la désignation in fine d’un-e candidat-e systémo-compatible… Restait aux promoteurs des primaires comme argument ultime l’effet de dynamique que celles-ci promettaient et qui devait servir de rampe de lancement aux candidats à l’élection présidentielle. Seulement en trois mois, trois élections viennent de démontrer le contraire.

A l’heure où Donald Trump investit cette semaine la Maison blanche, il n’est pas inutile de se remémorer que son élection doit plus à l’effondrement du vote démocrate en faveur de Mme Clinton qu’à la capacité du nouveau président à mettre en oeuvre une dynamique populaire autour de sa campagne. La primaire républicaine avait fracturé le camp du futur président au point de ne pas même lui permettre de récolter autant de voix que ses homologues républicains (et donc perdants) en 2008 et 2012. La primaire démocrate avait elle anesthésié le camp de son adversaire : la victoire volée à Bernie Sanders s’était payée d’un manque à voter de 10 millions d’américains par rapport à 2008 et encore 7 millions par rapport à 2012. Des primaires, il n’était ressorti de dynamique ni d’un côté ni de l’autre. Pire, les dynamiques potentielles avaient été contrecarrées par les primaires elles-mêmes.

Plus près de nous, fin novembre, François Fillon avait lui réussi à créer une dynamique. Mais celle-ci prenait corps au sein même de la primaire de la droite. Dynamique interne gagnante puisqu’il fut désigné. Mais dynamique qui s’était déjà émoussée alors que le second tour n’était pas encore passé. Le retour au pays réel se payait là aussi comptant sur la sécurité sociale, la santé, la fonction publique…L’enquête Cevipof publiée dans le journal Le Monde ce 19 janvier et dans laquelle François Fillon est en net repli, à défaut de prédire l’avenir, montre les dynamiques à l’oeuvre. La sienne est négative.  L’emballement de l’automne n’était rien d’autre qu’une bulle spéculative médiatique et une flambée militante que les citoyens qui feront la décision en avril n’entendent pas se voir imposées.

La primaire du PS entérine cette réalité nouvelle de l’absence de dynamique post primaire. Au grand dam des candidats qui, comme Manuel Valls, se réfugient dans la dynamique qu’ils voudraient voir naître de la joute entre ex-ministres. Quel que soit le résultat au soir du 29 janvier, fût-ce même avec une participation plus haute qu’attendue (on a vérifié avec la primaire de droite que l’effet dynamique dans la population n’était pas corrélé au nombre de votants à la primaire), le vainqueur ne pourra pas prendre appui sur cette victoire car elle reposera sur le sable du bourbier du quinquennat passé. Le futur qualifié de la primaire du PS est déjà discrédité au yeux des françaises et des français par sa simple participation au cadre qui sert à justifier le quinquennat : voter à la primaire, c’est amnistier le PS pour la politique passée, que ses dirigeants désormais candidats aient été en responsabilité et/ou qu’il l’ait laissée aller par leur inertie dans la majorité. Pire, l’absence de perspective (l’enquête Cevipof du jour place le candidat du PS, quel qu’il soit, à moins de 10 %, loin derrière Jean-Luc Mélenchon par exemple) et de dynamique ultérieures rend la candidature du PS au mieux inutile, au pire néfaste au camp de l’humanisme émancipateur en gelant au mois d’avril quelques centaines de milliers de voix. Au début de la primaire, on cherchait au PS qui est Brutus. A la fin, on saura qui est Pyrrhus.

Les primaires ont perdu les derniers arguments qui leur restaient dans la généralisation du processus aux deux bords du spectre politique. Non seulement les citoyens dans leur grande masse s’en tiennent à distance, mais en se multipliant et se faisant face, les primaires annulent les effets dynamiques attendus. Les objets de contournement démocratiques qu’elles représentaient se sont auto-anesthésiés. Participer à la primaire devient secondaire. Le seul rendez-vous qui vaille pour renverser la table est alors plus que jamais fixé aux 23 avril et 7 mai prochain directement dans les urnes.

2 commentaires sur “Les primaires en cale sèche

  1. Je suis réservé sur l’expression « le sable du bourbier ». « Le bourbier » aurait suffit.

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  2. BRETON Daniel dit :

    Rôle des primaires = amuser les c.ns , et faire vivre les instituts de sondages . Pas besoin d’avoir un bac + pour comprendre ça !.

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