Sondages : de la sûreté du choix et des plafonds de verre

bulleUn élément est désormais de plus en plus fréquemment mis en avant par les instituts de sondage lorsqu’ils rendent leurs enquêtes : la « sûreté du choix », autrement dit la certitude, si tant est que cela soit quantifiable, que la décision de l’électeur est définitivement arrêtée. Et là, les chiffres varient du tout au tout, un Macron ne s’appuyant par exemple sur un socle que d’à peine un tiers de son estimation quand Jean-Luc Mélenchon a dès à présent convaincu en profondeurs près des deux tiers ce ceux qui annoncent qu’ils voteront pour lui. Par-delà ces données, ce sont des plafonds de verre qui apparaissent pour certains tandis que de larges perspectives s’ouvrent pour d’autres. C’est aussi un puissant révélateur sur les dynamiques et les façons de mener campagne.  Pas d’angélisme sur la nature des sondages. Si les instituts s’amusent à (essayer de) façonner l’opinion à coups de « redressements » fictifs des intentions de vote pour dessiner le paysage qu’ils voudraient voir se décanter, ils sont aussi de plus en plus emmenés à être prudents à trop s’être vu démasqués le jour du scrutin. La plupart des sondages s’accompagnent donc désormais d’un indice de « sureté du choix », histoire d’ajouter à la marge d’erreur une soupape supplémentaire sur le compte de laquelle rejeter la responsabilité entre la prédiction et la réalité. Ne nous en laissons pas conter et examinons ce qu’il en ressort réellement.

Tenez, prenons l’IFOP par exemple, organisme bien peu complaisant à l’endroit de Jean-Luc Mélenchon qui mettait en lumière ses méthodes de redressement récemment dans un post FacebookCe 13 février, l’IFOP nous donne pour son sondage « rolling » quotidien, en plus des intentions de vote supposées, un indice de « sûreté de choix ». Ainsi M. Macron est-il crédité de 19,5 % mais avec une sûreté de choix de 36 % seulement. Autrement dit 36 % des sondés qui annoncent vouloir voter pour M. Macron (est-ce en valeur brute ou redressée nul ne le sait !) considèrent qu’ils ne changeront pas d’avis d’ici l’élection. 64 % peuvent donc a priori le faire. Cela ramène le socle de M. Macron, et nonobstant les redressements dont on doute qu’ils lui soient défavorables, à tout juste 7% des intentions de vote assurées. A titre de comparaison, Jean-luc Mélenchon crédité de 11,5 % des intentions de vote mais avec une sûreté de choix de 62 % dispose d’une assise déjà ancrée de 7,1%.

Au-delà, c’est le volant des indécis qui doit être pris en considération. Ceux de Macron, Hamon et Mélenchon réunis représentent une volatilité d’intentions de vote de 21,5 % ! Et ceux qui disposent dans leurs bagages du plus fort tôt de « Oui peut-être » grossissent en réalité le potentiel électoral des autres candidats. Car les 12,5% entre le socle de M. Macron et les intentions de vote pour lui affichées sont autant de perspectives dont d’autres candidats pourraient se nourrir. De même, Benoît Hamon met bien malgré lui plus de 6% d’intentions de vote au pot commun quand Jean-Luc Mélenchon ne prend un risque de déperdition que de 3,5 %. C’est donc lui qui a le plus à gagner au sortir de cette séquence d’instabilité et qui au final dispose de la perspective électorale la plus engageante quand M. Macron s’avère plus friable que fiable.

Macron touche déjà à son plafond de verre. L’électorat de droite, malgré les déboires de M. Fillon, est désormais stabilisé avec un ancrage de choix de 70% sur les 18% d’intentions de vote indiquées pour le candidat LR soit une base de 12,6% et donc une volatilité négative de 5,4%. Les marges de croissance de M. Macron du côté de LR sont pour donc le moins réduites d’autant que le candidat ni gauche ni gauche a déjà largement préempté ce champ. Par ailleurs son différentiel gains-pertes potentiels s’avère négatif.

Du côté de Benoît Hamon, le potentiel électoral s’avérerait semble-t-il plus important. Sauf que celui-ci réside dans le flot des électeurs incertains de M. Macron dont on a pu constater ces dernières semaines qu’ils sont apparus conjointement à l’effondrement de M. Fillon. Il n’y a donc sans doute pas grand-chose à attendre pour lui de ce côté-là empêtré qu’il est dans le bilan du quinquennat Hollande qu’il se doit d’assumer au regard des soutiens qui désormais l’entourent.

Surtout, par-delà les chiffres de ces sondages, les estimations de « sûreté du choix » reflètent les dynamiques et formes de campagne à l’œuvre. Si Jean-Luc Mélenchon accroche de la sorte son électorat, c’est qu’il a fait le choix de partir de loin, depuis un an désormais, pour convaincre ; c’est aussi que la manière dont la France Insoumise déploie sa campagne s’apparente à un travail de conviction et de bouton de veste, en ayant par exemple organisé plus d’une centaine de caravanes pour l’égalité des droits dans les quartiers populaires depuis l’été ; c’est surtout qu’il s’adosse à un programme cohérent de 357 mesures, rendu public en octobre dernier et qui est le fruit d’un lent travail collaboratif avec tous les Insoumis via une plateforme participative et des auditions. L’objet de la campagne est de la sorte de faire progresser la pensée de l’humanisme émancipateur en s’adressant à l’intelligence de chacun et au bon sens de tous pour faire se déplacer le sens commun. A l’inverse M. Macron a beau faire les Unes de tout ce que la presse compte de titres, il n’a toujours pas révélé l’esquisse d’un programme à désormais deux mois de l’élection : ce n’est donc pas à un travail de conviction qu’il s’atèle mais à un rôle d’autopromotion.

Par rebond, cette « sûreté de choix » permet aussi pour partie de mesurer la capacité de chaque candidat à ramener au vote des électrices et des électeurs qui s’en étaient éloignés. Ce travail de reconquête démocratique porte d’autant plus lorsqu’il peut se diffuser par capillarité dès lors que les citoyens convaincus deviennent eux-mêmes des émetteurs pour toucher et convaincre celles et ceux auxquels les politiques ne parlent plus. De ce point de vue également, la France Insoumise apparaît en la matière comme une puissance autrement agissante que les marches solitaires qui confondent curiosité et adhésion.

Les sondages passent mais les campagnes restent. Tout juste peuvent-ils attester que plus que jamais le résultat qui sortira des urnes les 23 avril et 7 mai prochains  sera le fruit de dynamiques populaires. C’est la conviction par la raison qui fera l’élection et non les bulles qui une fois atteint le plafond retombent et s’éparpillent en fines gouttelettes .

 

8 commentaires sur “Sondages : de la sûreté du choix et des plafonds de verre

  1. sylecri dit :

    le sondage n’est pas mûr, c’est à dire qu’il est adolescent car pour la réalité il faut attendre le vote qui seul à être vrai donnera encore une fois l’échec de Marine Le Pen

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  2. Gunbird dit :

    Très bonne analyse, par contre les chiffres bruts de 17 et 12 pour l’étude IFOP sont bidons et ne reposent sur rien sauf une personne du salon discord de JLM qui dit avoir appelé le standard de l’IFOP qui lui aurait donné ces valeurs. On mesure le ridicule de ce scénario.

    Je serais vous je retirerais cette reprise d’information qui n’enlève rien au développement mais jette le doute sur la fiabilité globale du billet.

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    • Christian dit :

      Dans l’affaire en question, ce n’est pas tant le chiffre en lui-même qui est intéressant que le fond de l’affaire. Deux articles de la cellule désintox de Libération n’y auront rien changé puisqu’ils n’auront eu de cesse qu’à détourner l’attention par des circonvolutions de prestidigitateur sans jamais présenter la seule chose qui était demandée : les chiffres bruts.

      Tant que les prestigieux « instituts » de la sondocratie ne révèlent pas les chiffres bruts avant redressement au doigt mouillé en fonction des résultats électoraux les plus divers, de la météo ou de l’âge du capitaine, leurs chiffres sont tout autant ridicules, sinon plus, que celui obtenu de manière triviale par des gens qui n’ont même pas prétention à faire œuvre de journalisme…

      Et c’est d’autant plus triste que ce sont les chiffres de ces guignols qui détermineront l’« équité » de temps de parole des candidats. Heureusement que certains pourront compter sur la famille pour avoir un bon mot pour eux.

      http://www.lemonde.fr/election-presidentielle-2017/article/2016/12/22/damien-philippot-rejoint-l-equipe-de-campagne-de-marine-le-pen_5053020_4854003.html

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  3. FERNANDEZ Alfred dit :

    Il y a des le départ un travestissement de la réalité. Ainsi ces entreprises en se nommant  » institut  » s’accaparent le prestige qui est naturellement attaché à ce genre d’institutions. Les esprits peu méfiants accordent par conséquent automatiquement du crédit à leurs élucubrations. Il faudrait rappeler que ce ne sont tout bêtement que des entreprises. Des entreprises qui vendent le produit sondage essentiellement à un tas d’autres entreprises ou activités diverses.

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  4. Nous avons tort de prendre ces questions relativement à la légère, et même de jouer les jeu des subtilités, fiabilité, socle, plafond de verre, etc.
    Nous devrions dénoncer le scandale antidémocratique des sondages qui produisent, dans un cadre commercial, ce qui est considéré par les citoyens comme une information.
    Il n’y a aucune raison pour que les « instituts » gardent secrètes leur cuisine. Il faut livrer ces commerçants au jugement des mathématiciens : le redressement « socio-démograhique » est une foutaise et tous les statisticiens le savent. Le redressement politique est la porte ouverte au n’importe quoi. Nous devons CONTESTER la situation présente, EXIGER des sondages sérieux, obligatoirement en « face à face », et non « en ligne », et non redressés.
    D’autre part, il est dommage que nous n’ayons pas notre propre organisme de sondage. Nous serons fatalement obligés de nous y mettre…

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  5. Lunesoleil dit :

    C’est la dance des Derviches tous ces chiffres, ca vous donnerais le tournis.
    A qui sert véritablement les sondages ?, certainement pas à ceux auquel ils sont envoyés, des chiffres trompeurs, frappeurs, les esprits influencés par de fausses rumeurs.
    Il faut s’ en remettre au Ciel et à l’étoile Regulus qui aura son mot a dire.
    Marine Le Pen avec ces casseroles n’est plus vraiment crédible, François Fillon qu’on l’accepte ou non reste le chouchou, mais avec un handicap ces révélations fracassantes, Melenchon aurait mérité de naître 3jours plus tard, mais il peut l’emporter en se plaçant devant hamon qui représente l’étiquette de la gauche par un PS qui a perdu les ailes de l’ange …. j’ai bossé pour un article … et Oh la surprise ?, parfois pas celle qu’on attendait car cette campagne que de rebondissements ….

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  6. Christophe D dit :

    En effet, les mesures de volatilités ne font que rajouter à la confusion, bien que je rejoigne volontiers vos conclusions. L’opacité des sondages est un vrai scandale démocratique et les biais de temporalité qui s’y attachent sont d’invraisemblables vecteurs de manipulation d’opinion. Sur le fameux sondage IFOP sorti par miracle le lendemain de la victoire de Benoit Hamon, quand bien même les chiffres seraient témoins d’une tendance, elle ne pouvait qu’être temporaire. Seulement, en encrant ainsi l’opinion il devenait inévitable que les sondages suivants viennent confirmer la tendance. Si un sympathisant de Mélenchon voit Hamon à 17 et JLM à 9, il peut éventuellement changer de réponse au prochain sondage rolling. En clair il suffit d’un sondage bidonné pour entrainer les autres dans la direction recherchée.

    http://www.politicoboy.fr/critique-medias/sondages

    Je me permet de citer cet article qui étaye mon point de vue (rédigé par mes soins)

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