Alliance Bayrou-Macron : à qui gagne perd

François Bayrou rejoint donc M. Macron. Là où beaucoup croient voir pour ce dernier une bonne affaire électorale, ce pourrait être une alliance en trompe-l’œil qui n’apporterait à M. Macron autre chose qu’il n’ait déjà, à savoir la légitimité libérale. Au contraire, voilà qui pourrait statufier autour de Benoît Hamon le vieux PS, gelant de la sorte tant la dynamique supposée de l’un (M. Macron) que celle escomptée de l’autre (Benoît Hamon).On ne s’étendra pas ici sur le retournement de veste de celui qui se veut le moralisateur de la vie publique pour passer une alliance avec celui dont il disait en septembre 2016 que « derrière Emmanuel Macron, il y a de des grands intérêts financiers incompatibles avec l’impartialité exigée par la fonction politique ».  Si M. Macron n’a toujours pas de programme, il a potentiellement des circonscriptions et le Modem de M. Bayrou a été suffisamment à la diète depuis 5 ans pour ne pas s’inviter à la table cette fois-ci.

D’un point de vue électoral, il n’y a là rien qui soit à même de bousculer les fragiles équilibres sondagiers actuels. François Bayrou était jusqu’ici crédité de maigres intentions de vote qui se répartissaient en son absence sur l’ensemble des candidats (voir le sondage Elabe du 21 février qui donnait +1 à chacun des autres principaux candidats).

D’un point de vue politique, c’est autre chose. L’alliance entre MM Macron et Bayrou attache la candidature du premier à un territoire et une histoire politiques, celle du centre-droit. Celui-ci a toujours eu son candidat sous la Vème République : Lecanuet en 1965, Poher en 1969, Giscard en 1974 et 1981, Barre en 1988, Balladur en 1995, et Bayrou en 2002, 2007 et 2012. Au tour de M. Macron. Lesté de M. Bayrou, il peut bien prétendre virevolter au gré des courants, il est ramené sur le sol électoral par M. Bayrou et finalement dans le paysage politique traditionnel dont il se vantait de pouvoir s’échapper. Si cela semble lui donner une assise, les bénéfices n’en sont pas pour autant évidents : depuis des semaines, M. Macron a donné force gages aux libéraux en étant le candidat de l’ubérisation de la société mais aussi de l’orthodoxie budgétaire en promettant par exemple 60 milliards de baisse de la dépense publique durant son quinquennat ! L’alliance avec M. Bayrou ne lui apportera en la matière rien qu’il n’ait déjà.

Elle conditionne par contre le déplacement – ou non- vers M. Macron d’autres courants de pensées et forces politique et notamment du PS. Celui-ci s’apprêtait à voler en éclat et se disloquer entre la candidature Hamon et celles et ceux qui allaient rejoindre M. Macron. Le pas est aujourd’hui pour ces derniers autrement plus difficile à franchir car ils ne peuvent plus prétendre à une simple escapade mais se verraient contraints à assumer un changement de camp.

Pour M. Macron, l’alliance avec M. Bayrou est donc à qui gagne-perd. Mais elle l’est pareillement pour Benoît Hamon. Si celui-ci comptait que le PS s’épure de lui-même pour pouvoir garder le logo sans les personnages, c’est raté, ceux-là sont donc désormais assignés à résidence. Enferré dans l’héritage du quinquennat et incapable de trancher et de rompre avec les politiques passée et ses dépositaires, Benoît Hamon va donc devoir gérer en plus l’effet rebond de l’ossification de l’appareil du PS autour de sa candidature. Plus que jamais le PS va être appelé à apparaître en tant que tel pour reconstituer des frontières. Et donc à s’immobiliser car incapable de recréer la moindre dynamique populaire.

Fillon-Macron-Hamon, le vieux monde reprend ses positions et se fige à nouveau. Vite, la révolution citoyenne !

3 commentaires sur “Alliance Bayrou-Macron : à qui gagne perd

  1. SamPABLO dit :

    De Rugy & Bayrou se retrouvent pour soutenir Macron qui discutera avec Hamon.
    À nous de proposer une alternative au peuple et pas une solution de sauvetage aux sortants!

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  2. Lunesoleil dit :

    Bayrou c’est un carriériste dans la politique, de la vieille école. Il était temps qu’il prenne sa retraite à 65 ans 1/2.
    Un peu trop tard qu’il prenne l’exemple sur Melenchon, le Modem ce n’est pas les insoumis de plus en plus nombreux sur les réseaux sociaux, comme une cocotte minute sous pression, mais ça les journalistes ne le disent pas …

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  3. Macron au centre droit, reste à » Gôche » Hamon équipé de tous PS affolés qui tentaient une sortie, L’espace dépollué devant lui, Mélenchon peut désormais se consacrer à tous les français désireux d’un véritable changement grâce à une nouvelle république.

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