Terraformation politique

fillon-2Des anathèmes jetés le dimanche par François Fillon à la face de ses collègues de parti au Trocadéro, en passant par la mise en accusation politique du candidat le lendemain par l’ex-successeur désigné Alain Juppé, c’est au tour de LR, Les Républicains, d’imploser durablement avant même que la campagne présidentielle ait entamé son sprint final.  Après EELV, le PS, le Modem et l’UDI, LR est l’ultime vestige du temps ancien à se disloquer en quelques semaines. On aurait tort d’y voir une coïncidence. Et de penser que tout pourrait continuer comme avant. Car l’offre électorale s’en trouve instantanément redistribuée autour de trois pôles qui vont désormais structurer le débat public jusqu’au jour du scrutin et au-delà : la préférence nationale de Mme Le Pen, l’individualisme libéral de M. Macron, et l’humanisme émancipateur propagé par Jean-Luc Mélenchon. 

En choisissant le passage en force épaulé par le seul noyau de ses fidèles, François Fillon a fait éclater son parti. Il l’assume jusque dans ses propos, stigmatisant sa famille politique, dénonçant la « désertion assumée sans honte » ou encore « ceux qui fuient le navire », et en rejetant par avance sur eux la responsabilité de l’échec annoncé et intériorisé. Sans plus d’élégance mais avec le même constat en partage quant à l’issue du scrutin, Alain Juppé lui a répondu ce lundi en parlant de « gâchis », « d’impasse », mais surtout en considérant que « le noyau des militants et sympathisants LR s’est radicalisé» du fait de ceux qu’il qualifie de « démolisseurs ». Bref, la rupture est consommée et le parti qui avait organisé la primaire aux 4 millions de voix en novembre prestement désintégré. Cadres et électeurs s’éparpillent, qui chez Macron, qui chez Le Pen, qui pour enoyer tout balader…

Cet épisode n’est jamais que l’ultime avatar d’une réaction en chaîne. Le PS subit lui aussi pareille distorsion interne et, par la plaie béante de ses désaccords, laisse filer ses militants chez Mélenchon et ses cadres chez Macron pour ne conserver au PS que l’héritage de François Hollande ; EELV avait de son côté initié l’exercice de dynamitage interne avec sa primaire avant de clore en apothéose son existence propre en repassant sous les fourches caudines électorales du PS, nourrissant le désarroi de sa base qui file là aussi chez Mélenchon et l’opportunisme de ses vieux cadres professionnels de la politique qui derrière Daniel Cohn-Bendit rallient aujourd’hui Macron. L’UDI de son côté s’est d’abord répartie entre Fillon et Macron avant que la structure officielle qui avait pris fait et cause pour le premier ne lui enlève son soutien le 2 mars, interrogeant désormais l’opportunité d’une candidature autonome, ce qui répartirait de la sorte en trois cohortes les maigres légions de la petite formation ; quant au Modem, immobilisé d’abord par son soutien à un non-candidat, Alain Juppé, puis par l’attente du Godot béarnais, il ne peut même plus prétendre à représenter un cadre, fût-ce sans militants.

On pourra toujours si on le souhaite trouver pour chaque cas des raisons spécifiques à l’effondrement des partis du système au cours de cette campagne présidentielle. La conjonction des faits appelle pourtant à se rendre à l’évidence : depuis l’automne, chacun d’entre-eux, engagé à sa manière dans l’élection présidentielle s’est fracturé et s’est dispersé. Chacun d’entre-eux. On est alors fondé à s’interroger sur les forces magmatiques qui traversent la société au point de rendre caducs dans cette présidentielle les cadres intermédiaires que représentent les partis. Ce n’est pas le moindre des paradoxes que les partis qui ont misé sur le processus de primaires pour désigner leur candidat soient les premières victimes de leur propre dispositif : EELV, PS, LR et UDI, trois primaires qui ont débouché sur un champ de ruines et qui laissent exsangue le candidat qui en est sorti. Là où les partis prétendaient chevaucher la vague mobilisatrice supposée des primaires, ils se retrouvent désarçonnés dès le lendemain de l’élection. Même l’organisation qui avait attiré à elle plus de 4 millions de Français il y a 3 mois n’aura pas résisté à l’écartèlement interne. C’est donc qu’une pression s’opère de l’extérieur qui rend les partis inopérants, non pas certes dans l’absolu, mais dans cette séquence.

Cette campagne présidentielle est un moment populiste par excellence : celui où le peuple n’entend pas s’en laisser conter et porte donc haut et fort l’exigence de sa souveraineté, quitte à passer par-dessus bord ceux qui se mettraient en travers de son chemin. Les partis apparaissent alors, d’autant plus que cela a été suggéré avec les primaires, comme des interfaces révolues entre les citoyens et la décision, des obstacles à l’exercice direct de la souveraineté populaire. Les citoyen-ne-s exercent en retour leur pouvoir de décision et de contrôle comme jamais auparavant en mettant sous pression les appareils politiques qui, incapables d’absorber le choc, éclatent sous leurs propres contradictions à la moindre poussée : quand Fillon dégoûte les Français et que Hamon suscite leur indifférence polie, leurs partis ne peuvent plus faire bloc pour imposer celui qui leur a été imposé. La boucle est bouclée.  Conjointement ébranlés par les dynamiques populaires et par l’effondrement de leur propre architecture interne, les partis du vieux monde ne peuvent plus prétendre à exprimer une issue dans le scrutin à venir. Ils sont à leur tour balayés.

Et tandis que les partis qui régissaient l’ordre ancien implosent, une nouvelle galaxie politique se forme autour de trois pôles qui, qu’on le veuille ou non, entrent directement en résonance avec des attentes populaires pour structurer le débat public : Mme Le Pen, qui en remettant en centralité sa proposition de « préférence nationale » et son inscription dans la constitution, réaffirme son projet identitaire et ethnique ; M. Macron, qui  représente la quintessence de l’individualisme philosophique et du libéralisme économique comme en attestent sa volonté d’ubérisation de la société ou sa récente proposition de passer à la retraite par points qui s’affranchit du principe de solidarité et rend chacun comptable et responsable de son propre parcours de vie ; et le projet d’humanisme émancipateur pour un Avenir en commun incarné par Jean-Luc Mélenchon. Le premier doit être combattu, le second mérite d’être défait, le troisième est la seule solution positive qui vaille pour y parvenir.

3 commentaires sur “Terraformation politique

  1. BRETON Daniel dit :

     » le PS subit ………. laisse filer ses militants chez Mélenchon » . Je veux bien ! mais pour autant les intentions de vote (sondages) ne précisent rien de spectaculaire à l’endroit de JLM .Le « laisse filer ses militants chez Mélenchon » me semble légerement exagéré ? .

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    • Jean-Marie Liégeois Belgique dit :

      Un reportage ce jour dans le JT de RTL Belgique montrait l’engouement des meetings de la FI par comparaison à ceux des autres, ce même reportage plaçait JLM en 4ieme place dans les sondages, devant le candidat du PS.

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  2. romaneyoctave dit :

    Les transferts de traites, venant du PS cela va de soi, ne sont pas des renforts mais des boulets que les insoumis doivent refuser, comme toute alliance ou désistement pour un socialiste.

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