Ralliements : Macron tient salon

Macron engrange les ralliements. De gauche comme de droite. C’est incontestablement orchestré tant ceux-ci sont cadencés et rythment sa campagne pour la relancer chaque fois qu’elle est menacée. Mais user d’un tel artifice a son contrepoint : là où Jean-Luc Mélenchon fédère le peuple, là où Benoît Hamon tente d’aligner les sigles, M. Macron préfère lui tenir salon dans l’entre-soi des beaux parleurs d’hier et d’aujourd’hui.

Souvenez-vous. Début janvier, la primaire du PS commence à saturer l’espace médiatique tandis que monte contre M. Macron  les récriminations devant son absence de programme. La première salve de débauchage ne tarde pas : le 11 janvier, c’est Jean Pisani-Ferry qui quitte France-Stratégie pour mimer l’ébauche d’un début de travail sur le programme à  tout juste trois mois de l’élection. Il a dans ses bagages la journaliste Laurence Haïm pour s’assurer que les grandes bouches de l’establishment médiatique commenteront en long, en large et en travers le transfert vers Macron, en pleine lumière cette fois, de l’une des leurs. Quant à Corinne Lepage et Jean-Marie Cavada, ils débarquent à point nommé pour couper l’herbe sous le pied de François Bayrou qui hésitait encore à être candidat.

Deuxième épisode avec le 1er tour de la primaire. M. Macron use cette fois des ralliements pour réduire l’espace de Valls et ainsi forcer la décision : à la veille du scrutin, il donne à voir Jean-Paul Huchon et Jean-Paul Delevoye à son meeting lillois, avant d’afficher au lendemain du vote l’arrivée de Bernard Kouchner, ex-ministre et ancien membre du PS qui, dans un entretien au journal Le Parisien-Aujourd’hui en France, estime que M. Macron incarne « l’espoir ». Mais c’est surtout dès après le second tour et la désignation de Benoît Hamon comme candidat du PS que M. Macron lance une opération débauchage pour dynamiter le parti et apparaître comme le seul héritier de François Hollande : le 30 janvier, Christophe Caresche publie immédiatement une tribune dans le journal Le Monde dans laquelle il invoque un « droit de retrait » de la campagne de Benoît Hamon. Le député PS Alain Calmette le suit tandis que le grand argentier du PS Pierre Bergé fait de même.

Fin février, Benoît Hamon espère engranger une dynamique en s’attachant pour quelques circonscriptions Yannick Jadot et EELV. Peine perdue. Non seulement l’accord est perdant-perdant et ne fait pas d’additions, mais M. Macron lui grille l’herbe sous le pied en annonçant deux jours avant que François Bayrou le rejoint. Pour assurer son effet, M. Macron appelle aussi à lui François de Rugy qui avait pourtant concouru à la primaire du PS et Daniel Cohn Bendit le 26 février, histoire d’achever de mettre la zizanie au sein d’EELV et donc désormais du PS, sans oublier Patrick Braouezec, l’ex communiste invertébré qui vient apporter une pseudo caution de gauche.

Début mars, la campagne est suspendue à l’affaire Fillon : de conférences de presse en mises en examen, l’espace médiatique est saturé. Mais le papillon de nuit Macron est trop attiré par la lumière pour s’y soustraire plus longtemps : il casse la chape de plomb médiatique avec les sorties de Bertrand Delanoë le 8 mars, de Jean-Marc Ayrault le 10 mars, et du sénateur LR Jean-Baptiste Lemoyne le 15 mars. Le débat télévisé entre les candidats le 20 mars marque un tournant. Si Benoît Hamon et François Fillon s’effacent, Jean-Luc Mélenchon fascine tandis que M. Macron tourne à vide. Les médias viennent dans un premier temps à sa rescousse mais la dynamique autour du candidat de la France Insoumise rebat les cartes. Aux côtés de la règle ethnique de Mme le Pen et de sa propre règle d’or et d’agent, M. Macron voit débouler la règle humaine de Jean-Luc Mélenchon. Il lui faut réagir par un tir de ralliements : la secrétaire d’Etat Barbara Pompili dès le lendemain du débat, suivie du ministre des sports Thierry Braillard. Il faut aussi donner à voir les hollandais pour tenter de retenir l’électorat de 2012 : Bernard Poignant, l’autre homme de l’ombre de l’Elysée après que M. Macron lui eut cédé la place, franchit  le pas le 21 mars. Sans compter le ministre de la défense Jean-Yves Le Drian le 23 mars. Pour faire bon ménage, ça bouge aussi à droite avec l’arrivée de l’ex-ministre de la justice Dominique Perben. On est curieux de savoir ce qu’en pense le juge Eric Halphen avec qui il va cohabiter…

Le séquençage des ralliements autour de M. Macron s’inscrit dans un plan de communication millimétré. Certains d’entre-eux durent d’ailleurs des semaines, les signes annonciateurs de l’arrivée d’un Ayrault, d’un Borloo, ou d’un Le Drian auprès du candidat d’En Marche étant distillés au compte-goutte avant l’avènement. C’est donc un choix stratégique assumé. Héritier de François Hollande, M. Macron a dû laisser pour la campagne le parti de celui-ci à Benoît Hamon. Forcé de se lancer hors parti, M. Macron ne pouvait dès lors viser à rassembler ceux-là. Pas plus que lui le candidat de l’establishment ne pouvait prétendre à fédérer le peuple après avoir traité les employées de Gad « d’illétrées », après avoir stigmatisé tout une région  Nord avec « l’alcoolisme qui s’est installé », ou après avoir fracturé le pays avec la loi travail dont il est l’instigateur. Ne lui restait plus qu’à se rabattre sur les effets d’entre-soi de la Caste dont il est issu, celle qui prétend par la mise en lumière de ses faits et gestes susciter l’intérêt de la piétaille populaire. Les ralliés qui se pressent autour de M. Macron sont ses corps intermédiaires à lui, pas issus du pays réel mais devant lui servir d’interface avec les Français par l’audience médiatique qu’ils renvoient. La méthode a finalement tout du mépris.

Mais il n’en demeure pas moins que passé l’effet de souffle, M. Macron doit bien faire avec celles et ceux qu’il a rassemblés autour de lui. La méthode de campagne a vocation à devenir méthode de gouvernance et de gouvernement : « Depuis 30 ans, on assiste à l’alternance de la droite et la gauche qui balaye tout de manière automatique. Là ce sera la véritable alternance, celle d’une nouvelle méthode de gouvernement, parce que je vais réunir pour être efficace des femmes et des hommes de bon sens qui veulent dans notre pays des réformes justes et efficaces ». Arguer du renouvellement quand on agrège à soi tous ceux qui depuis 20 ans se sont succédé aux responsabilités est une gageure. M. Macron s’y risque pourtant, affirmant même au journal de 20 heures sur TF1 le 12 mars qu’il pourrait compter à la fois sur un gouvernement ouvert à toutes les tendances politiques : « Ce sera la différence complète et radicale, on ne va pas continuer les mêmes politiques. Ce sera l’alternance véritable » assène-t-il. La mise en commun des dépositaires de tous bords de l’ordre ancien devrait ainsi produire du neuf. Une gageure ou un mensonge ? Les gouvernements de grande coalition appliquent toujours la synthèse de l’esprit dominant de la période. Ceux qui rassemblent les coalisés ne sauraient faire autre chose. Si M. Macron peut dès lors parler de « cohérence » , c’est celle de poursuivre les mêmes objectifs que ceux de ses prédécesseurs. La preuve ? Les mots volent d’une bouche à l’autre : libérer / protéger / réconcilier, de celle de M.Fillon le 13 mars : « Mon programme tient en trois objectifs : Libérer, protéger, réconcilier », à celle de M. Macron en novembre dernier : « Je veux libérer l’énergie et dans le même temps protéger les plus faibles. Nous avons des France aujourd’hui à réconcilier ».

Construire une campagne sur les débauchages est en soi une alternative pour qui ne peut prétendre à fédérer le peuple ou rassembler les corps constitués mais dispose de l’outil médiatique pour valoriser et faire vivre le procédé. Mais tenir salon n’est pas gouverner et M. Macron à son tour se brisera sur l’écueil de la présidentialité.

2 commentaires sur “Ralliements : Macron tient salon

  1. BRETON Daniel dit :

    Je ne me pose pas de question sur Macron (ce qui est un tort certainement ?) je sais de toute façon qu’il s’agit simplement d’un « enfoiré » donc je laisse tomber. J’apprécie les analyses de François qui fait beaucoup mieux que ce que je ne saurais faire . Suis sur les marchés du Samedi et Dimanche distribuant inlassablement tracts et commentaires à ceux qui veulent un mot du programme de la FI et de son candidat -dézinguant le Macron à la demande s’il le faut -. Et je peux dire que ça « marche » pas mal les tracts et le dèzingage en supplément .

    .

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