De la stature à la nature d’un président : le révélateur syrien

Ce n’est pas le moindre des paradoxes et il mérite qu’on s’y arrête pour que la cohérence d’ensemble soit bien entendue. Dans le match à quatre auquel se résume désormais l’élection présidentielle pour ce qui est de l’accession au second tour, le seul qui à même d’incarner la fonction présidentielle, et la crise syrienne vient encore de le démontrer, est celui qui veut la supprimer à savoir Jean-Luc Mélenchon.

Sarkozy et Hollande présidents ont pu s’arroger la fonction bien qu’il n’en aient jamais eu la stature. C’est donc bien la fonction elle-même et la nature du régime qu’il faut aujourd’hui changer. Et pour qu’un nouveau passe-partout ne profite de cette faille institutionnelle pour devenir un nouveau perce-muraille, il faut paradoxalement que le futur président ait la stature suffisante pour pouvoir assumer de mettre fin à la Vème République agonisante et permettre au peuple de reprendre le pouvoir. La fonction s’est affranchie de la stature du président. Mais seul un président avec une stature d’homme d’Etat peut affranchir la France de la fonction.

Cette discussion n’est pas théorique. Jean-Luc Mélenchon propose de l’élire le 7 mai prochain pour être le dernier président de la Vème République. Cela ne veut pas dire qu’il n’exercera pas le pouvoir. Il devra le faire le temps que l’Assemblée constituante pour la 6e République se mettre en place et fasse son office, ce qui au regard des expériences qui ont eu lieu de par le monde prend entre 18 et 24 mois. Pendant ce temps ? Il faudra mettre en oeuvre les mesures d’urgence sociale, écologique, économique et démocratique. Et faire face au péril immédiat de guerre sur lequel alerte Jean-Luc Mélenchon depuis des mois et qui se voit non pas ravivé mais remis en lumière à l’occasion des frappes unilatérales sur la Syrie décidées par le président des Etats-Unis d’Amérique M. Trump.

Cet épisode est révélateur en ce qu’il interagit avec l’ensemble des dispositifs qui fondent la politique internationale. Le jeu des alliances défendu pas certains, la soustraction au droit international minorée par d’autres, le remplacement de la politique étrangère par les relations individuelles promu par d’autres encore sont autant de dangers qui guettent si l’on s’en tient aux réactions des principaux prétendants à l’Elysée.

Passons sur Benoît Hamon, il ne concourt plus pour cela. Le suivisme atlantiste dont il a fait preuve en reprenant in extenso la ligne et les mots de Mme Merkel et de M. Hollande pour justifier des frappes américaines l’inscriraient dans le prolongement des deux derniers présidents qui ont abandonné l’indépendance de la France en la plaçant sous la tutelle de l’OTAN et donc désormais directement des Etats-Unis d’Amérique.

Mme Le Pen a de son côté couru le risque de s’attacher aux personnes, à celle de M.Trump en particulier. Force est de constater que par-delà les rodomontades de l’intéressé, c’est la politique extérieure des néo-conservateurs américains qui continue à s’appliquer. Le problème n’est pas plus Trump que Poutine. Ils sont les présidents en exercice de nations vis à vis desquelles la France doit en toute circonstance affirmer son indépendance stratégique et sa souveraineté pleine et entière. En s’en tenant aux déclarations du personnage et non aux intérêts géostratégiques du pays qui l’a élu, Mme Le Pen a fait preuve d’une naïveté confondante. La géopolitique n’est affaire ni d’affects ni ne bons mots. Plus qu’en tout autre domaine en politique, c’est affaire de choix raisonnés.

Quant à M. Fillon, il  a refusé de condamner les frappes unilatérales américaines et estimait ce vendredi   » que l’on peut comprendre [cette riposte américaine] au vu de l’horreur des attaques chimiques ». « Comprendre » ? : un Président ne devrait pas dire ça. Là encore nul ne doit juger de l’action du président étatsunien en fonction des sentiments qu’il a pu éprouver. Car dès lors c’est la porte ouverte à la loi du Talion qui elle-même est la source d’un embrasement généralisé. Pas plus d’ailleurs que le terme « riposte » qui est tout aussi inapproprié en la matière. Allons ! Une riposte est « une action qui répond vivement à une attaque ». Or ici, ce ne sont pas les Etats-Unis d’Amérique en tant que tels qui ont été attaqués. C’est l’Humanité qui réside dans la vie de chaque être. Mais accorder le statut de « riposte » aux Etats-Unis d’Amérique, c’est aussi leur accorder la légitimité pour se prévaloir de la défense de l’humanité toute entière. M. Fillon peut dès lors demander que « le Conseil de sécurité des Nations-Unies mette tout en oeuvre pour trouver les voies d’un accord », celui-ci n’est au mieux qu’un complément de l’intervention américaine. Drôle d’ordre international qui se dessine alors.

Quant à M.Macron, il en est resté à son tissus habituel de généralités, la parole politique étant pour lui et par lui conçue comme un outil pour ne froisser personne. Ce jeudi, il jugeait nécessaire une « intervention militaire » en Syrie. Comment ? Sous quelle forme ? Pour quel résultat attendu ? Le vendredi, il disait simplement, voire de manière simpliste, « prendre note de l’intervention américaine ». Non sans également évoquer son « souhait qu’il y ait véritablement une action coordonnée sur le plan international en représailles du régime de Bachar el-Assad et aux crimes qui ont été commis ».  « Prendre note » et « souhaiter », comme autant de formes éprouvées de l’incantation.  « Un président préside » nous disait-il encore ce jeudi dans l’Emission politique sur France 2. En réalité et comme l’a dit avec à propos le grand de ma demeure « Oh, ben Macron, ce qu’il dit c’est tellement creux, on dirait moi quand je paraphrase dans mes disserts ».

Jean-Luc Mélenchon a au contraire développé ce vendredi lors du journal de France 2 dont il était l’invité une vision de l’indépendance de la France, refusant tant sa mise sous tutelle que les engrenages à même de conduire à l’escalade et de menacer la paix. Si les responsables doivent être traduits devant le tribunal pénal international, ils doivent l’être quels qu’ils soient. Le nouveau drame qu’a connu la Syrie ne peut être l’objet de suspicions de manipulations et c’est donc le droit international qui doit faire force de loi pour qu’in fine, les conditions soient réunies pour que les syriens puissent décider par eux-mêmes et dans une liberté démocratique garantie, de l’avenir de leur pays. C’est d’ailleurs la ligne que porte Jean-Luc Mélenchon depuis des mois et qui depuis a été reprise par l’ONU jusqu’à ce que M. Trump engage unilatéralement une stratégie alternative en réponse à l’attaque au gaz.

Il n’y a pas d’alternative à un tel procédé, et surtout pas l’OTAN sous bannière étatsunienne, premier stade de l’abandon du droit, dont on voit comment en le  chef de guerre américain peut désormais s’affranchir. C’est pourquoi Jean-Luc Mélenchon annonce la sortie prochaine de la France de l’OTAN et il est le seul parmi ceux-là.  Mme Le Pen envisage au mieux d’en quitter le commandement intégré et quand MM Fillon et Macron s’y sentent à leur aise débarrassés de toute prérogative de décision. Avec Jean-Luc Mélenchon, la France pourrait retrouver sa pleine et entière souveraineté et donc agir à la place qui est la sienne, notamment au sein du conseil de sécurité de l’ONU, pour une réponse négociée à ce conflit.

Une fois encore, la stature rejoint la nature de la fonction. Il faut pouvoir juger des choses pour oser vouloir les changer. Jean-Luc Mélenchon s’est clairement exprimé pour rejeter ces pouvoirs déraisonnables d’entrée en guerre que la Vème République octroie pendant quatre mois au Président sans même avoir à consulter le Parlement. Seule une 6e République éviterait que des colosses aux pieds d’argile soient confrontés à une telle décision.

On le voit, le drame syrien et les réactions des candidats éclairent quant à leur capacité de gestion future des crises mais aussi sur l’horizon géostratégique qu’ils tracent pour notre pays. Là où M. Macron bégaie, où M. Fillon hésite, et où Mme Le Pen se trompe, Jean-Luc Mélenchon rassure. La fonction ne ferait pas la stature pour les trois autres. Mais chez lui, la stature est la meilleure garantie pour que la fonction s’exerce sous une forme qui permette son propre dépassement, en garantissant la souveraineté du peuple et l’indépendance de la France. La force du peuple en somme.

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