Quand M. Macron perd ses nerfs

Fragilisé par l’érosion du socle sondagier sur lequel il avait construit toute sa campagne, M. Macron perd ses nerfs. Après avoir tant vanté son refus d’attaquer ses adversaires, le voilà qui se livre désormais à des saillies aussi fallacieuses que colériques. Et dont, en vieux roublard de la politique, il exempte curieusement Mme Le Pen. Les fins de campagne sont ainsi : les masques tombent et les caractères se révèlent.

C’était à Lyon il y a un mois. Une éternité. A l’époque, M. Macron se drapait des habits du « rassemblement » et invitait ses militants à ne pas huer ou siffler à l’évocation de leurs adversaires politiques. Il faisait même de la méthode un bouclier pour ne pas lui-même subir le courroux des assemblées qu’il lui était impossible de maîtriser. Ainsi, auditionné comme les autres candidats par l’Association des maires de France, il demandait, dans une posture très balladurienne (« Je vous demande de vous arrêter ! »), aux maires qui lui reprochaient la perte d’autonomie fiscale des collectivités locales avec la suppression de la taxe d’habitation pour 80% des foyers, de cesser de le siffler au motif justement que lui se serait refusé à de telles pratiques.

Depuis, M. Macron voit ses courbes sondagières s’effriter et la panique gagne. Ce lundi 10 avril, il tenait ainsi une conférence de presse sur le terrorisme dans laquelle il s’en est pris…au discours sur la paix de Jean-Luc Mélenchon. C’est de bonne guerre même s’il est curieux d’attaquer sur un tel terrain. Mais ce sont surtout la nature des arguments avancés pour s’inscrire en faux par rapport à Jean-Luc Mélenchon qui surprennent. Faisant fi du débat raisonné, M. Macron s’est livré à une médiocre caricature, comme s’il avait été chercher les éléments chez M. Pujadas ou auprès de ses relais de BFM-TV.

Ainsi, en réponse à l’ode à la paix de Jean-Luc Mélenchon, M. Macron lançait : «Je ne partage pas sa vision. Ce que M. Mélenchon propose, ce n’est pas la paix mais de nous désarmer et de penser que tout va bien se passer. Au mieux c’est de l’angélisme, au pire de l’irresponsabilité [] Si la paix que propose Jean-Luc Mélenchon, c’est de désarmer la France de manière unilatérale devant celles et ceux qui nous attaquent, très peu pour moi. La paix ne se décrète jamais d’elle-même, sinon c’est la paix des autres ». Mais où M. Macron a-t-il vu que Jean-Luc Mélenchon entend désarmer le pays de façon unilatérale ? Se prononcer pour la dénucléarisation, pour la destruction des stocks d’armes chimiques est au contraire indiquer un chemin nécessaire à emprunter. Mais jamais Jean-Luc Mélenchon n’a ne serait-ce qu’évoqué le fait que la France puisse l’emprunter de manière unilatérale ce qui de fait serait une faute lourde. Il a même dit explicitement le contraire. Quelle est donc cette façon de faire malsaine et fausse, faite d’insinuations à laquelle se livre M. Macron ? Ne faut-il pas comme le fait Jean-Luc Mélenchon élever le débat et dire qu’elles sont les perspectives géopolitiques sur lesquelles se positionnera notre pays, comme un acteur pour construire la paix à venir ? Ou faut-il comme s’inscrire dans la continuité du suivisme et de l’alignement atlantiste que nous propose M. Macron ?

Plus loin, M. Macron revenait à la charge sur Vladimir Poutine, jetant l’anathème gratuite que Jean-Luc Mélenchon serait « fasciné » par M. Poutine avec pour tout développement argumenté : « Si la paix que défend Jean-Luc Mélenchon, c’est la paix de Vladimir Poutine, très peu pour moi.» Ainsi donc, que Jean-Luc Mélenchon développe sur France 2 le vendredi et encore le dimanche en meeting à Marseille sa vision de l’indépendance et de la souveraineté de la France et ce qu’en retient M. Macron c’est… « la paix de M. Poutine ». Dont on ne sait d’ailleurs pas ce qu’elle recouvre, sinon peut-être la résolution adoptée à l’unanimité par l’ONU et défendue de longue date par Jean-Luc Mélenchon pour trouver une issue démocratique au bourbier syrien. Mais peut-être est-ce là en contradiction avec la vision belliciste de M. Macron qui encore ce jeudi 6 avril se disait sur France 2 favorable à « une intervention militaire » en Syrie. Sous quelle forme ? Avec qui ? Pour quels objectifs ? La géopolitique est décidément pour M. Macron une question bien théorique…

Tant qu’à verser dans le grossier, le candidat d’En marche ! estampillait Jean-Luc Mélenchon de « candidat de la gauche communiste », pour mieux ignorer le mouvement puissant de La France Insoumise qui s’est levé. Etonnante façon de faire pour qui se réclame d’avoir lui-aussi construit un mouvement au-delà des partis que de ne pas reconnaître les processus citoyens à l’œuvre dans notre pays. Il y revenait d’ailleurs le lendemain. Invité de Territoires d’Infos, sur Public Sénat et Sud Radio, M. Macron lançait : « J’entends ses accents communistes ». Que celui-là même qui expliquait hier encore que le soutien à sa candidature de M. Valls et autres ministres du gouvernement Hollande ou celui dans le même temps par 11 ministres chiraquiens ne valait pas engagement  auprès de lui vienne reprocher à Jean-Luc Mélenchon le soutien des communistes, la belle affaire. M. Macron n’en est décidément pas à une contradiction près. D’autant que M. Macron juge que le projet de Jean-Luc Mélenchon « serait dramatique pour les classes moyennes et les classes laborieuses ». Jean-Luc Mélenchon serait donc un candidat « aux accents communistes » mais dangereux pour « les classes moyennes et les classes laborieuses »…Comprenne qui pourra

Lancé dans la dénonciation de ses adversaires plus que dans la déconstruction programmatique qui pourrait être à son honneur, M. Macron glisse sur une pente dangereuse. Ainsi, ce mardi, sur Public-Sénat, si François Fillon et Jean-Luc Mélenchon ont eu droit à leur lot d’incartades, M. Macron s’est bien gardé de s’en prendre à Mme Le Pen. Car M. Macron est déjà dans le calcul : il se rend bien compte qu’il faut qu’il lutte pour accéder au second tour, ce qui semble de moins en moins évident, et que même s’il devait y arriver, il lui faudrait se retrouver face à la seule adversaire qui, de par le clivage qu’elle suscite, lui permette de l’emporter. Ainsi donc, c’est reconnaître implicitement que faire reculer le FN n’est pas un objectif en soi pour M. Macron mais aussi que face à M. Fillon ou à Jean-Luc Mélenchon, il se retrouverait en situation de grande fragilité. Fidèle à la tradition nauséabonde de la Vème République agonisante, M. Macron cherche à jouer à plein du rôle d’idiot utile du FN et de Mme Le Pen. Comme un ultime témoignage de sa fidélité aux vieilles méthodes et un nouvel indicateur de la perte de sens et de contrôle qui gagne sa campagne.

4 commentaires sur “Quand M. Macron perd ses nerfs

  1. […] que copier M. Macron qui a la primeur de la médiocrité insulteuse en la matière, lui qui dès mardi 10 avril au matin sur Public-Sénat lançait à propos de Jean-Luc Mélenchon : « J’entends ses accents communistes ». […]

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  2. Le produit Macron est en train de montrer ses limites. Ses propriétaires, ceux qui l’ont fabriqué, tremblent : il faut qu’il tienne encore dix jours, pour qu’ils soient tranquilles cinq ans.
    https://prototypekblog.wordpress.com/2017/02/28/pistes-de-lecture-the-making-of-president-macron

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  3. Coement dit :

    Excellente analyse Monsieur Cocq, comme toujours!

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  4. […] que copier M. Macron qui a la primeur de la médiocrité insulteuse en la matière, lui qui dès mardi 10 avril au matin sur Public-Sénat lançait à propos de Jean-Luc Mélenchon : « J’entends ses accents communistes ». […]

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