Du simulacre des suspensions de campagne

La campagne doit être menée à son terme. La démocratie est un bien trop précieux pour que nous acceptions que l’obscurantisme nous la confisque. Mais prémunissons-nous aussi contre ceux qui veulent la manipuler. Ceux qui quelques minutes après les événements des Champs Elysées annonçaient la suspension de leur campagne ont été les premiers à instrumentaliser le sujet. Ce n’est pas acceptable. Face aux uns et malgré les autres, plus que jamais, le vote de dimanche devra être un vote de raison et non d’émotion.

Ainsi, M. Fillon croyait-il utile d’annoncer à l’antenne que d’autres « événements graves » se produisaient aux quatre coins de Paris, faisant en l’espèce preuve  de bien peu d’esprit de responsabilité : non Paris n’était pas à feu et à sang et le président qu’il prétend être n’avait certainement pas à susciter la crainte des gens pour mieux jouer de celle-ci. Le lendemain, le voilà qui préconisait l’enfermement de tous les fichiers S, s’affranchissant alors du droit pour transformer la suspicion en culpabilité.

Mme Le Pen suivait la même ligne : réaffirmant que nous étions « en guerre » sans pour autant qualifier matériellement l’ennemi, elle essayait dès son passage sur le plateau de renverser l’idée de « projet peur » dont elle se disait l’instant d’avant la victime : sans scrupule, la voilà qui alimentait la crainte collective en signifiant qu’il y aurait une menace sur l’action de vote elle-même. L’acte démocratique par excellence se ferait selon elle pour chaque citoyen-ne avec le glaive des terroristes au-dessus de la tête. Autant dans ces conditions leur donner le point…ou nous autre faire mentir celle-ci en assumant jusqu’au bout par la force du peuple notre citoyenneté. Mais ce n’est pas tout. Mme Le Pen en profitait aussi pour développer sa litanie de stigmatisations, voulant là expulser les fichés S étrangers, plus loin expulser les étrangers condamnés pour un simple délit, pour finir comme de bien entendu par la remise en cause du droit du sol qui est pourtant ce qui fonde notre patrie républicaine non sur l’ethnie, la religion ou la communauté mais en tant que corps politique constitué et souverain.

Quant à M. Macron, lui se lançait dès hier soir dans un numéro de prestidigitateur pour se poser en protecteur alors même qu’il jouait les « va-t-en-guerre ». Sur le plateau de France 2, il répétait ses gammes :« Présider c’est protéger » (x2), « Je suis un guerrier » (x2). Et le pire est qu’il promettait de passer de la parole aux actes s’il était élu : « Il nous faudra prendre nos responsabilités, plutôt dans le cadre d’une coalition » pour des frappes en Syrie qui viseraient à détruire les stocks d’armes chimiques du régime. Incroyable déclaration où celui-là non seulement juge une intervention militaire pertinente alors même que l’expérience prouve le contraire, mais où il s’apprête même à la mener « plutôt dans le cadre d’une coalition ». Qu’est-ce à dire ? Si le contour de la coalition n’est pas fixé, il est à parier qu’en ce cas elle soit  sous le patronage des Etats-Unis de M. Trump. ou alors M. Macron envisagerait-il de mener de telles frappes de manière unilatérale ? Ce qui est clair, c’est que bombant le torse, il entend répondre au fait que Bachar El-Assad ne respecte par le droit sur les armes chimiques en s’asseyant lui-même sur le droit international et sur la pourtant nécessaire réaction dans le cadre de l’ONU !

Depuis hier, Mme Le Pen et MM. Fillon et Macron mènent une campagne suggestive en conférant au fait terroriste non pas simplement une centralité mais une exhaustivité dans le champ du débat public. Or nous sommes payés pour savoir ce qu’il advient lorsqu’on abandonne celui-ci à ces questions. A l’automne 2015, après les terribles attaques du 13 novembre, la campagne pour les régionales avait été suspendue, laissant le champ libre à l’état d’urgence permanentisé, à la déchéance de nationalité pour les binationaux, à l’armement des polices municipales…Pour quel résultat ? Un mois après, le Front national déferlait dans les urnes tandis que deux ans plus tard les politiques déployées ont fait la preuve de leur inefficacité.

Nous ne pouvons de la sorte laisser confisquer le débat public. Dimanche, chacun-e devra aller voter pour dire ce qu’il juge bon pour soi et pour les autres. Et pour cela il devra non par regarder à travers le seul prisme sécuritaire mais penser une politique globale. Une politique de sûreté ferme et républicaine, une réorientation de notre géopolitique pour une France souveraine et indépendante, sans maîtres ni ennemis, une refondation de notre peuple pour réécrire un avenir en commun. Face à ceux qui abaissent le débat public, Jean-Luc Mélenchon a lui fait le choix de la cohérence et de la dignité. Son programme en matière de sécurité non seulement est jugé par quelqu’un comme Alain Bauer, ancien conseiller sécurité de Nicolas Sarkozy, comme « le plus cohérent, le plus structuré, le plus travaillé », mais celui-ci trouve surtout sa place dans un projet global de transformation de la société fondé sur l’émancipation individuelle et collective et dont l’universalisme propage autour de lui l’aspiration à la paix.

Dimanche, face à ceux qui veulent terroriser et malgré ceux qui cherchent à en profiter, le peuple français montrera une fois encore qu’il est un peuple de Raison et non d’émotion. Comme toujours dans notre histoire, la force du peuple s’exprimera dans son unité et son inébranlable pulsion de vie, dans la confiance et la détermination qu’il mettra une fois encore pour un avenir en commun.

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