Investitures : En marche vers la grande duperie

Macron promettait le renouvellement des pratiques en politique. Il se contente en réalité de maquiller les anciennes méthodes. Les investitures du rassemblement en marche (REM) sont à cet égard éclairantes : la grande lessiveuse pour rendre plus blancs les artisans du quinquennat Hollande d’un côté, et l’impasse électorale en n’investissant pas de candidats face aux futurs comparses de la droite de l’autre. Chez les politiques c’est tambouille à tous les étages et pour les électeurs un vrai marché de dupes.

A défaut de neuf, on change l’étiquette. Ainsi, les plus ardents députés PS défenseurs de la politique Hollande dans l’hémicycle durant le quinquennat sont rhabillés en candidats du REM : François Pupponi dans le Val-d’Oise, Stéphane Travert dans la Manche, Monique Iborra en Haute-Garonne, Frédéric Barbier dans le Doubs, Jean-Michel Clément dans la Vienne, Jean-Louis Touraine dans le Rhône, Sophie Errante en Loire-Atlantique, Isabelle Boscher dans l’Orne, Jean-François Cesarini dans le Vaucluse ou encore Antoine Pavamani dans l’Essonne. Sans compter les fidèles comme Richard Ferrand dans la 6e circonscription du Finistère, Christophe Castaner dans la 2e circonscription des Alpes-de-Haute-Provence ou Jean-Jacques Bridey dans le Val-de-Marne.

La continuité avec le quinquennat Hollande s’affiche à tous les étages. Ainsi Gaspard Gantzer, conseiller de François Hollande, est investi par En marche! à Rennes.

Les tireurs dans le dos écologistes sont aussi récompensés. La secrétaire d’Etat Barbara Pompili retrouve une investiture dans la somme tandis que François de Rugy, le fugace candidat à la primaire du PS qui battu s’était empressé de passer chez M. Macron, se voit adoubé en Loire-Atlantique.

Et quand la ficelle est trop grosse, on prend une corde. Voyez Manuel Valls. Impossible pour le symbole que M. Macron reprenne directement l’ancien premier ministre. Alors il préfère un grossier tour de passe-passe : ne pas lui mettre de candidat En marche ! en face. Manuel Valls n’est finalement pas traité différemment de ses comparses de droite qui au final souhaiteraient eux-aussi venir grossir les effectifs macronistes.  Dans ce jeu d’ombres sur la liste de candidatures rendue publique mais opportunément incomplète, on ne distingue à dessein aucun candidat du REM face à Nathalie Kosciusko-Morizet dans la 2ème circonscription de Paris, pas plus de candidat face à Bruno Lemaire dans la 1ère de l’Eure ou face à Edouard Philippe dans la 7ème de Seine-Maritime. Les potentiels ministrables sont mis à l’abri.

Les futurs ralliés de la droite sont plus largement protégés encore : Thierry Solère, l’ancien directeur de campagne d’Alain Juppé, ne se verra pas opposé d’adversaire du REM dans la 9e des Hauts-de-Seine. Gilles Boyer non plus dans la 8e. Quant à Franck Riester (5e de Seine-et-Marne), au juppéiste Pierre-Yves Bournazel (18e de Paris) ou Laure de la Raudière (3e d’Eure-et-Loire), ils sont eux-aussi épargnés en contrepartie de remerciements à venir. La tentative de former une grande coalition à l’allemande est en marche.

Mais la pétaudière ne s’arrête pas là : voilà que l’on découvre que le REM a annoncé des candidatures…déclinées par les intéressés. Comme Mourad Boudjellal, le président du Racing club toulonnais, victime d’un mauvais copier-coller. Stéphane Saint-André en est lui réduit à carrément mettre les pieds dans le plat, refusant tout bonnement l’investiture inquiet de la politique à venir et de la possible nomination d’Edouard Philippe à Matignon : « Je refuse cette investiture car je n’ai pas pour l’instant une parfaite information des engagements que je devrai prendre et je suis inquiet d’une éventuelle nomination au poste de premier ministre d’Edouard Philippe qui est un opposant farouche au canal Seine Nord. Cette nomination serait pour moi, président de Voies Navigables de France, une nomination VNF incompatible ». Des candidats contre leur gré, on croyait la pratique limitée au FN…

Annoncées en mars, puis durant l’entre-deux tours de la présidentielle, les investitures du REM sont une vitrine du renouvellement qui masque l’arrière-boutique des vieilles pratiques. On comprend dès lors  l’empressement à enjoliver la liste des candidatures d’En marche ! à coups de chiffres pompeux : cachez-ces candidats que je ne saurais voir semblent dire l’effarouché. Tartuffes !

6 commentaires sur “Investitures : En marche vers la grande duperie

  1. BRETON Daniel dit :

    Oui ! c’est « du pareil au même « . Quitter celui là , mettez en un autre (Macron) vous aurez sensiblement le même résultat . Ne soyons pas étonnés .

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  2. Richard Letawe dit :

    vu les soutiens financiers de Macron, ce n’est pas la « société civile » qui est En Marche, c’est la Société Générale
    http://www.liberation.fr/elections-presidentielle-legislatives-2017/2017/05/11/comment-en-marche-a-resolu-sa-question-de-fonds_1568975

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  3. mallaret dit :

    La fin de « l’argent-roi » ce n’est pas pour demain

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  4. romaneyoctave dit :

    La situation changera quand ceux d’en bas ne supporteront plus ce que leur imposent ceux d’en haut. Patience, cela viendra, et peut-être de façon imprévue.

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  5. GLM dit :

    Un exemple : Antoine Pavamani

    Face à Nicolas Dupont Aignan, député-maire sortant de Yerres, ville de 29000 habitants, La République En Marche, dans la huitième circonscription de l’Esonne, a préféré investir Antoine Pavamani, collaborateur de divers hommes politiques et conseiller municipal de Crosne, ville de 9000 habitants.

    Le début de sa carrière en politique est marqué, en 2001-2002, par son choix de devenir l’attaché parlementaire du député-maire d’Evry, Jacques Guyard, alors empêtré dans des affaires de corruption et trafic d’influence.

    Il devient ensuite, l’attaché parlementaire de Manuel Valls et est élu conseiller municipal d’Evry.
    Mais la collaboration entre Manuel Valls est Antoine Pavamani à l’Assemblée Nationale s’achève dès 2006. Michel Berson, Président du Conseil Général de l’Essonne, lui offre alors un poste de conseiller à ses côtés. Les deux hommes entrent en vaine dissidence, vis-à-vis du PS en 2010. Le futur Sénateur de L’Essonne, Michel Berson, perd son fauteuil à la tête du département et est exclu du PS en 2011.

    Dès lors, les deux hommes ne se quittent plus. Fidèle conseiller et collaborateur de Michel Berson, Antoine Pavamani quitte Evry et déménage, à Crosne, fief du Sénateur, dont il devient même le conseiller municipal. Il n’arrête pas pour autant son activité parlementaire. Il devient, en 2012,chef de cabinet de Bruno Le Roux à l’Assemblée nationale et intègre, en 2016, le cabinet de Jean-Marie Le Guen, au ministère des Relations avec le Parlement pour enfin redevenir, en 2017, le collaborateur, à temps plein, de Michel Berson.

    En mars 2017, Michel Berson offre son parainnage à Emmanuel Macron et Antoine Pavamani intègre les équipes de terrain d’En Marche. A cette occasion une lettre du Sénateur, soulevant une polémique locale concernant son financement, est envoyée aux habitants de Crosne et de Yerres. De nouveau à l’initiative du Sénateur et, en présence de Jean-Jacques Bridey, une réunion de soutien, annoncée par un nouveau tract, réunit, à Crosne, quelques dizaines de personnes, en avril.

    Pour moi, on doit voir dans l’investiture d’Antoine Pavamani, collaborateur parlementaire issu de Science-po, les soubressauts de pratiques d’une politique « à la papa », une nomination de complaisance vis-à-vis d’un sénateur se cherchant un successeur…

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