Le Foll ou la démocratie bunkérisée

Je m’étais promis de cesser de répondre ici aux polémiques agitées par ceux qui n’existent plus que par elles. Mais enfin, la bêtise des propos de Stéphane Le Foll est par trop irrésistiblement tentatrice. Et même s’il n’est plus personne à convaincre de la vacuité de ses paroles, elles donnent au moins l’occasion de revenir sur les fondement de la souveraineté populaire.

Voilà donc l’ancien porte-parole des gouvernements Hollande qui assénait  sans coup férir ce lundi 28 août à propos de la  » Marche contre le coup d’état social de Macron » du 23 septembre prochain :  « Qu’un parti politique en appelle au peuple pour descendre dans la rue… Ça veut dire que le jour où on est au gouvernement, on en appelle encore au peuple pour descendre dans la rue ? » Stupeur ! Euh, ben oui, évidemment.

Si elle prête à sourire, la phrase révèle tout le rabougrissement démocratique du vieil appareil PS incapable de revisiter son logiciel de pensée. Entendons Le Foll : pour lui, la démocratie s’arrête aux élections et le peuple cesse non seulement d’être acteur mais a fortiori le souverain une fois le scrutin passé. C’est là une vision exclusivement et entièrement délégatrice de la souveraineté. Elle va jusqu’à en exclure toute forme de représentation dès lors que le peuple est exclu en tant que puissance agissante durant la mandature. La démocratie devient de fait intermittente ce qui contribue à la réduire en spectacle.

Notons qu’il s’agit aussi là d’une vision très oligarchique du pouvoir. Celui-ci se cristallise pour Le Foll dans le gouvernement. Le pouvoir est un objet qui peut donc se circonscrire, s’approprier … et pour ce faire être soustrait au peuple. C’est dans cette séparation du pouvoir de la souveraineté populaire, son accaparement en tant que stock plutôt que propagation en tant que flux,  que réside aujourd’hui le hiatus démocratique qui hante nos sociétés.

Pour mémoire, Le Foll est celui qui a cogité tout l’été pour proposer de changer le nom du Parti socialiste en… « Les socialistes ». La rupture est pourtant manifeste avec les traditions du camp progressiste. Chaque fois que ce dernier a fait un pas en avant, il a dû s’appuyer sur le soutien et la mobilisation populaire. Même porté au gouvernement comme en 36, c’est le peuple en mouvement qui impose ensuite l’intérêt général. A défaut, la volonté générale se réduit trop souvent et dans le meilleur des cas à l’auto-censure des gouvernants. Dans les autres, les loups déguisés en agneaux lors des élections profitent de la résignation populaire pour travestir les engagements sur lesquels ils ont été élus.

Ce qui nous amène à nous interroger sur le sens de la charge de M. Le Foll. Le voilà en effet qui monte en ligne…pour voler au secours de M. Macron. On savait le groupe PS, pardon Nouvelle gauche (sic), s’être divisé lors du vote de confiance au gouvernement Macron/Philippe avec des Pour (5), des Contre (3) et des abstentions. On voit déjà pourtant où penche l’intérêt d’un abstentionniste comme Le Foll : dans la perpétuation d’une même politique.

Et puisqu’il faut parler vrai, à quoi fait donc référence M. Le Foll par sa remarque ? Au Venezuela ? Mais dans ce cas quel est l’objet de son reproche ? Sa mise en accusation porte-t-elle sur le fait que dans ce pays lorsqu’il faut trancher une question on en appelle au peuple en le faisant voter ? M. Le Foll reproche-t-il aux vénézuéliens qui se reconnaissent dans le gouvernement Maduro de le soutenir dans la rue quand l’opposition a créé les conditions de la guerre civile ? Ou à ceux, plus nombreux encore, qui refusent l’ingérence de l’impérialisme étatsunien et qui, à ce titre, se portent à l’avant de leur patrie ? Que M. Le Foll ait des remarques à faire sur le Venezuela, c’est entendable. Que celles-ci se situent expressément sur le recours à la mobilisation populaire, c’est une hérésie pour qui prétend parler au nom de la »démocratie ».

Il faut au moins reconnaître à Stéphane Le Foll un mérite : celui de percevoir que la marche du 23 septembre contre le coup d’état social de Macron sera la marche du peuple, un de ces moments où les gens se fédèrent non pas seulement pour défendre leurs conquis sociaux mais aussi pour affirmer leur refus de voir l’organisation de la vie en société mise à mal par les politiques de petits intérêts des puissants. On comprend qu’au regard de la perception démocratique qui est la sienne, il y voit une menace pour les intérêts de la petite clique à laquelle il se raccroche.

5 commentaires sur “Le Foll ou la démocratie bunkérisée

  1. Robes Pierre dit :

    Quand on est responsable du slogan « Eh oh la gauche » on est capable du pire comme du meilleur mais c’est dans le pire qu’on est le meilleur !

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  2. henthouarn dit :

    S. LE FOLL tient un propos digne de la Droite: « ce n’est pas la rue qui gouverne ». Les urnes non plus, souvenons-nous que les collusions du PS et de la Droite sont monnaie courante.

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  3. JeanLouis dit :

    Je ne reconnais aucun mérite à Le Foll, aucun ni dans ses paroles ni dans ses actes de gouvernement. De plus bien que le droit de manifester ne soit pas constitutionnel,contrairement au droit de grève, il est implicitement garanti par l’article 11 de la Convention européenne des droits de l’Homme sur la liberté de réunion et l’article 10 de la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen qui énonce: « Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la Loi ». Le Foll a donc une conception simpliste de a démocratie.

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  4. romaneyoctave dit :

    Le Foll a brillé comme port-parole d’un gouvernement Valls qui a ouvert les brèches dans le code du travail. Les français ont jugé les représentants socialistes responsables de ce recul sans précédent face aux intérêts capitalistes et patronaux. Le Fall a été épargné, son passé et ses trahisons lui assurent une avenir Macron compatibles, avec 26.000 euros de maquillage pour 3 mois. Les trahisons des élus sont de l’histoire ancienne chez les élus issus du parti socialiste, n’oublions pas le Congrès de Versailles en 2007 qui a permis le traité de Lisbonne et le fonctionnement actuel de l’UE, après le NON au référendum de 2005. Le Foll peut pointer quelques temps à Pôle Emploi, personne ne le regrettera. Qu’il dégage pour de bon.

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  5. Le Foll, Le Guen, LeRoux, etc. n’ont eu continuellement que mépris pour Le Peuple. Ces rats d’appareil ne savent plus sur quel bateau monter, pourvu qu’on leur offre gamelle pleine et livrée seyante, en échange de quoi ils défendront avec application les intérêts des oligarques.

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