Journal de grève ordinaire sur le service public

Allez, parce qu’il ne faut pas s’habituer au traitement partisan des complices du pouvoir qui se cachent derrière un masque artificiel d’objectivité et de neutralité dites journalistiques, un petit retour sur le journal de 13h de France-Inter en ce jour de mobilisation des salariés contre la réforme du code du travail.

Le choix éditorial a étéfait d’opposer ceux qui étaient mobilisés et ceux qui ne l’étaient pas. Choix discutable s’il en est car l’information du jour ne résidait pas a priori dans une quelconque action de ceux qui sont favorables aux ordonnances Macron mais bien dans les manifestations organisées par ceux qui s’y opposent.

Partant de là, le sujet a été traité en tant que tel pendant 9 minutes et 33secondes (de 1’36 à 11’07).

Les manifestants ont eu la parole au sein d’un reportage qui a duré 1’33’’ (de 2’27’’ à 4’) et Jean-Luc Mélenchon a pu défendre la mobilisation pendant 56’’ (de 4’54 – 5’48’’). Ont été ajoutés au rang des anti-casse du code du travail les forains : ceux-là ont eu droit à 1’43’’ d’expression (de 7’28’’à 9’11’’) quand bien même il est dit dans le reportage…que leur mobilisation n’est pas en lien avec les ordonnances organisant la casse du code du travail.

Dans l’autre sens, la CFDT est présentée comme ceux « qui sont contre la stratégie de la CGT, contre la stratégie de la manifestation » avec 15’’ accordées à Laurent Berger. M.Gattaz, président du Medef, aura lui eu la parole durant 50’’ (de 6’10’’-7’). Avant que soit lancé un reportage sur des militants d’En marche qui ont été tracter en faveur de la loi travail dans le XXème arrondissement de Paris. Un reportage de 1’48’’ (9’12-11’) leur est consacré bien que selon les dires mêmes de la journaliste ceux-là n’étaient qu’ « une petite dizaine ».

Voilà comment le traitement médiatique de la mobilisation syndicale permet au final de donner plus de temps d’antenne (2’53’’) aux pro-loi travail qu’à ceux qui la combattent (2’29’’), la grosse des ficelle des forains servant à masquer la manœuvre de journalistes militants.

Voilà pour la forme. Mais le pire est à venir lorsqu’on décortique les incises des journalistes qui ont fait haro sur la CGT. On a vu plus haut que la stratégie de la CGT a été réduite à celle de « la manifestation » pour mieux la décrédibiliser. Mais notez à présent l’infect : « La préfecture de Paris a quelques inquiétudes d’éventuelles violences : 150 gros bras de la CGT auraient été mobilisés pour encadrer le cortège contre 400 à 500 l’an dernier ». Passons sur le fait que le service d’ordre soit réduit de manière péjorative à des « gros bras ». Mais ce que sous-entend de manière grossière cette phrase, c’est que si violences et affrontements il devait y avoir, la responsabilité en incomberait à la CGT ! Chacun sait pourtant que si les manifestations de 2016 contre la loi travail ont été victimes de violence, en amont et en aval des cortèges, c’est le fait d’éléments extérieurs à ces manifestations et dont la gestion relève dès lors des forces de l’ordre et non du service d’ordre. Mais sans doute est-ce là l’objectivité journalistique que de tenter de manipuler l’opinion sur un évènement, des violences, qui au final n’ont d’ailleurs pas eu lieu. Honteux !

Si la CGT était visée, Jean-Luc Mélenchon ne pouvait pas lui non plus échapper à la vindicte journalistique et ses piques gratuites. Avant de lui donner la parole, Bruno Duvic, puisque c’est notamment à lui que l’on doit ce spectacle affligeant, y allait de son commentaire « Il y a ceux qui comptent sur ce premier tour de chauffe pour lancer leur propre mouvement. C’est le cas de Jean-Luc Mélenchon ». Voilà comment en deux coups de cuillère à pot le dit journaliste cherche à faire croire que La France Insoumise instrumentalise l’action syndicale dans la perspective de la marche contre le coup d’état social de Macron qui aura lieu le samedi 23 septembre à Paris. Cette marche servirait selon lui à « lancer [leur] propre mouvement », bref serait une action strictement partisane, alors même que c’est le peuple qui déferlera pour rejeter la politique de M. Macron. La tentative du journaliste en service commandé pour essayer d’opposer deux initiatives qui sont pourtant de nature différente et qui ont chacune leur légitimité est grossière.

A l’inverse, les pro-macron eux n’ont pas eu droit au même traitement. Eux sont « des militants positifs. Oui, plus que positifs. Ils ont la foi chevillée au corps » et avec eux « tout est dit avec rondeur, bienveillance ». N’en jetez plus…Et pourtant si. Refermée la parenthèse sur la « mobilisation », voilà le gouvernement qui apparaît, comme s’il n’était pas concerné par les éléments précédents dans lesquels il n’a pas été évoqué une fois. Et lorsqu’il apparait, on apprend que « le gouvernement se veut très serein. Son équipe répond à la grogne par la multiplication des annonces et des réformes ». Et les journalistes de citer Bruno Lemaire annonçant que la fiscalité du diesel convergera vers celle de l’essence ou de développer, invité à l’appui et durant plus de 6 minutes, l’ouverture de la PMA à toutes les femmes françaises, ce qui est effectivement une bonne nouvelle. Voilà qui contrebalance pour le moins ces satanées manifestations avec lesquelles le gouvernement n’a effectivement rien à voir…Alors bien sûr tant qu’à informer sur les annonces du gouvernement, on aurait aussi pu avoir l’annonce de Bruno Lemaire ce même jour qui signifiait la fin de la défiscalisation du PEL, dont les intérêts seront soumis à la flat tax de 30% dès la première année. Mais il faut croire que cette mesure qui va frapper de plein fouet les braves gens qui, sans être riches pour autant, essaient d’épargner pour devenir propriétaires, est porteuse de trop de colère populaire pour être rendue publique à cet instant.

Voilà un journal ordinaire de jour de grève sur le service public. C’est malheureusement tellement coutumier qu’on pourrait presque s’y accoutumer. Mais en fait non, on ne le doit pas. Ces arrogants là, cachés derrière une pseudo-objectivité, sont des journalistes militants. Qu’il le soit n’est pas un problème en soi ; Qu’ils le cache est par contre malhonnête.

6 commentaires sur “Journal de grève ordinaire sur le service public

  1. Robes Pierre dit :

    Lorsque nous prendrons le pouvoir la tâche sera immense !
    Tous ceux qui aujourd’hui nous jettent des pierres seront à notre place dans la rue contre les « réformes » Mélenchon Ruffin Autain Bompard ou autres, avec pas grand monde pour prendre leur défense !

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  2. DEDOU 15 dit :

    Ce que nous constatons au 21ème siècle à propos des informations destinées au Peuple était de même aux siècles passés. Seuls changent les moyens utilisés, aujourd’hui bien plus vastes qu’autrefois. Les Anciens n’avaient pas les smartphones, la radio, la télévision, Internet. Des systèmes modernes pour informer le Peuple, tant dans le bon sens que dans le mauvais. Lorsque nous revoyons l’histoire en quelques pays dans le monde, plus spécialement en France, il s’est toujours trouvé des commentateurs, des journalistes, des rapporteurs pour désinformer, sciemment ou non ! Par contre, nous les syndicalistes sur le terrain, nous avons bien mesuré l’ampleur des mobilisations. Je dis constamment à mes correspondants, par billets Facebook interposé, qu’il nous faut être conscient de la réalité, à savoir que Emmanuel MACRON et ses sbires au gouvernement, aidés par le MEDEF et Compagnie, ne vont pas lâcher du lest parce que nous avons manifesté une première fois. Les prochaines manifestations pourraient être plus dures – USR CGT / Groupe CGT Retraité(e)s en mouvement / Marseille Nord / Bouches du Rhône /

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  3. Jean-Alain dit :

    « Ces arrogants là, cachés derrière une pseudo-objectivité, sont des journalistes militants. Qu’ils le soient n’est pas un problème en soi ; Qu’ils le cachent est par contre malhonnête. »Les mêmes qui sont clairement des propagandistes du pouvoir en place, au pire, et au mieux des admirateurs de Macron, reprochent à Raquel Garrido de s’être présentée comme chroniqueuse à C8 et non comme une militante de la FI, quand elle a posé sa question au premier sinistre, lors de sa conf de presse de présentation des ordonnances !!! Autre manipulation médiatique entendue hier toujours sur France Inter dans un flash info : « grève demain et manifestations prévue, blabla … Quant à lui, Jean-Luc Mélenchon appelle à une manifestation à Paris le 23 septembre. » Comme s’il n’avait pas appelé à soutenir l’action du 12 septembre, présentation trompeuse qui signifierait que la FI et les syndicats sont en compétition !!!!

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  4. Marc Legrand dit :

    Excellente analyse de la misère de l’information sur le service public ! Il faudrait qu’à la France insoumise se constitue un groupe faisant, comme vous venez de la faire, une analyse critique des articles de presse, émissions radio ou télé, etc. ce serait une bonne façon de dénoncer toutes ces pratiques de désinformation scandaleuses et un moyen pédagogique d’éducation populaire contre les manipulations. On trouve sur les discord insoumis un catalogue de liens ou d’extraits de ce genre mais sans analyses critiques.

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    • DEDOU 15 dit :

      Ce n’est pas impossible, Marc Legrand, mais cela demande une stratégie particulière, un encadrement spécifique. Ce n’est pas à écarter, plutôt à étudier dans les moindres recoins.

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  5. […] impressionnante entreprise de mauvaise foi se met ainsi en branle pour accompagner les réformes que d’aucuns jugent insuffisantes, […]

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