Mimétisme du vieux monde

Chronique hebdomadaire du 15 septembre 2017 à retrouver dès le vendredi sur L’Heure du peuple

En voilà un qui promettait de changer les pratiques et qui à la première occasion décalque les méthodes du vieux monde : confronté pour la première fois à un mouvement social appelé à prendre de l’ampleur, Emmanuel Macron use des mêmes artifices grossiers que ceux qui l’ont précédé pour se soustraire à la demande populaire.

En amont, le Président Macron a ainsi tenté de diviser pour mieux régner : les rencontres bilatérales comme méthodes de « dialogue social » ont cela d’efficace qu’elles permettent de promettre l’on ne sait trop quoi à l’un ou à l’autre pour fissurer le front syndical, ce dont François Fillon avait abusé lorsqu’il était premier ministre. Macron a repris la méthode à son compte.

Puis, quatre jours avant la journée de mobilisation du 12 septembre contre la casse du code du travail, M. Macron jouait de la provocation, depuis l’étranger s’entend, lançant à la volée à l’adresse des Français-es des « fainéants », « cyniques » et autres « extrémistes ». On croyait Sarkozy revenu d’entre les morts de l’UMP ! La veille des manifestations, Macron enfonçait le clou en assurant assumer ses propos. A n’en pas douter puisqu’ils constituent autant une stratégie de clivage qu’une pente naturelle que dégringolent ceux qui s’isolent du peuple dans une pratique du pouvoir oligarchique, autrement dit réservée à un petit groupe.

Vinrent ensuite les manifestations, massives. Comme aux plus beaux jours de Manuel Valls ministre de l’intérieur, les services de la place Beauvau annonçaient 223.000 manifestants dans toute la France, soit très exactement 1000 de moins que les 224.000 manifestants dénombrés lors de la première journée de mobilisation contre la loi travail version El Khomri le 9 mars 2016. Décompte millimétré pour donner un chiffre inférieur à la fois précédente… Peu importe, pour notre part, nous nous en tenons aux 500.000 manifestants effectifs recensés par les syndicats.

Il était l’heure alors pour le premier ministre Edouard Philippe de rester « droit dans ses bottes » comme son mentor Alain Juppé avant lui. Et de ressortir une fois encore la « légitimité des urnes » devant laquelle devrait s’effacer toute revendication démocratique. Allons bon, une fois ces gens gens-là élus, ils auraient carte blanche pour faire ce que bon semble aux puissants ? Prenons la rupture conventionnelle collective. Les électrices et électeurs en avaient-ils entendu parler en mai dernier ? Non, celle-ci avait d’autant moins été annoncée par le candidat Macron qu’elle ne figurait même pas dans premier texte présenté au début de l’été devant l’Assemblée ! Mais pour Macron et Philippe, élection vaut muselière. Comme leurs prédécesseurs, avec ceux-là aussi c’est : « Elis moi et tais-toi »

Rajoutez-y un ou deux contrefeux tels la généralisation de la PMA brandie le jour de la mobilisation, le choix éditorial des medias dominants de traiter les manifestations non comme un fait qui appelle information mais comme une césure dans la société pour donner à voir ceux qui sont favorables aux ordonnances Macron Pierre Gattaz en tête, au moins autant que ceux qui les dénoncent, et vous aurez la palette quasi complète de ce à quoi nous ont habitués les décideurs-manipulateurs d’hier. Macron prétend avoir réinventé le dialogue social mais comme les autres, il est surtout sourd à tout dialogue populaire.

S’il est un élément nouveau dans le paysage, c’est bien la marche contre le coup d’état social qui aura lieu à Paris le 23 septembre. Voilà un apport singulier en ce qu’il propose, au sein du mouvement global de riposte populaire, une perspective politique pour répondre à la disponibilité de tous ceux qui refusent de succomber au désordre social résultant de la politique du Président. Après le succès de la mobilisation des salariés le 12 septembre, après celui à venir du 21 septembre, le 23 septembre sera une marche commune et rassembleuse pour fédérer le peuple, un déferlement populaire de submersion des vestiges du vieux monde. Comme celles de ses prédécesseurs, la politique de M. Macron pourrait bien y finir noyée.

François Cocq

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