Les Gémonies des uns, l’hégémonie des autres

Chronique du vendredi 22 septembre publiée dans L’heure du peuple             

Il est des mots qui volent au vent et que se croient tenus de prononcer certains quand bien même ils n’en mesurent pas le sens. Voyez le terme d’hégémonie. Le week-end dernier, à la fête de l’Huma, il s’est trouvé quelques dirigeants mal inspirés, mais heureusement isolés, pour le dégainer devant le premier micro venu. Soit qu’ils l’emploient à tort et à travers. Soit, et ce serait plus ennuyeux, qu’ils cherchent à en falsifier le sens : « Quiconque prétend à l’hégémonie se casse les dents » tonnait celui-ci, « il faut fuir tout ce qui peut relever d’une volonté d’hégémonie » lançait celui-là.

Les cibles vouées à leurs gémonies ? Jean-Luc Mélenchon et la France Insoumise bien sûr. Leurs contempteurs, dans une vision très autocentrée, racornissent le concept d’hégémonie à celui des dirigeants et des organisations. L’hégémonie prend alors de fait un caractère péjoratif pour dénigrer ceux qui sont en mouvement et est utilisée comme un repoussoir pour s’accrocher à ce qu’il reste du vieux monde.

Ceux-là se trompent d’analyse et sont anachroniques. L’hégémonie dont il est question n’a rien à voir avec la suprématie sur un camp. Non seulement cette question là a été tranchée avec la double élection présidentielle-législatives mais il n’y a plus de force dynamique à tirer de l’effondrement des anciennes organisations. Le seul combat pour l’hégémonie qui vaille passe par la diffusion majoritaire d’une pensée humaniste et émancipatrice pour en faire par imprégnation le sens commun de la société. Et si la France Insoumise renforce ses positions auprès du grand nombre, c’est parce qu’elle répond sur deux fronts à la crise de l’hégémonie actuelle de l’individualisme libéral : en apparaissant comme un point d’appui sûr pour le changement réel, et en insufflant une cohérence d’ensemble pour un horizon d’harmonie. Autrement dit parce qu’elle apparaît comme un vecteur de rupture pour aller vers une nouvelle hégémonie culturelle.

Ouvrez les yeux, tendez l’oreille, le mouvement qui intervient dans le peuple déplace les positions jusque dans la superstructure. Voyez Guillaume Peltier. Invité mardi 19 septembre dans la matinale France-Inter, le fondateur des « Populaires », député LR, est imprégné malgré lui du sens commun naissant de la période au point que le journaliste lui a dit retrouver dans ses propos le discours de La France Insoumise. Cette hégémonie naissante conduit dès à présent à une refonte des grilles d’analyse qui touche jusqu’à ceux qui hier encore étaient les thuriféraires des politiques du passé. Alors bien sûr ceux-là ne sont pas la cible, ils sont l’indicateur. Mais le fait qu’ils bougent témoigne que l’air du temps est en train de changer.

Parce que la France Insoumise ne vise pas l’hégémonie sur un camp, elle n’organise pas sa propre marche ce samedi 23 septembre à Paris. Elle a au contraire appelé à une marche du peuple contre le coup d’état social de M. Macron. En cela, elle se porte à la hauteur de son devoir en désignant à la fois l’obstacle à lever et en contribuant à la propagation d’une volonté collective émancipatrice qui se fortifie lorsqu’elle se donne à voir en force matérielle. Les combats pour l’hégémonie ne sont décidément pas ceux auxquels quelques uns voudraient les réduire.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s