Ceci n’est pas la fin, c’est le commencement

Appeler dès le début de l’été et pour la rentrée à une grande « Marche contre le coup d’état social de M. Macron » pouvait pour beaucoup s’avérer un pari risqué. Ceux-là se trompaient sur la nature de l’exercice. On ne parie pas sur la mobilisation populaire. On propose et le peuple dispose. Et chacun-e doit ensuite, en matérialiste, en tirer les enseignements.Appeler dès le début de l’été et pour la rentrée à une grande « Marche contre le coup d’état social de M. Macron » pouvait pour beaucoup s’avérer un pari risqué. Ceux-là se trompaient sur la nature de l’exercice. On ne parie pas sur la mobilisation populaire. On propose et le peuple dispose. Et chacun-e doit ensuite, en matérialiste, en tirer les enseignements.

La marche du 23 septembre a donné à voir la disponibilité des gens et la force vive qui les anime. Par la force du nombre bien sûr : 150.000 personnes qui se déversaient sur la place de la République tandis que la queue de cortège piétinait encore à la Bastille. Par la résolution, ferme et sereine, des gens : chacun-e est venu porteur de ce qu’il est et de ce qu’il vit, les pancartes, innombrables et individualisées, en témoignaient. Par la dignité de ces « fainéants » et « abrutis » qui, en se retrouvant si nombreux, exprimaient le mépris que peut leur inspirer ceux qui se croient autorisés à les insulter tandis qu’ils revendiquaient leur fierté de citoyen-ne-s. Par l’enthousiasme, communicatif, des marcheurs en famille au côté des militants politiques, des syndicalistes aux côtés des étudiants et des lycéens, des réseaux associatifs aux côtés des retraités, des salariés aux côtés des fonctionnaires. Par la tranquillité de tous ceux-là pour défiler dans le calme et l’ordre. C’est une force d’ensemble, l’aile marchante de la société, qui s’est donnée à voir à elle-même et au pays tout entier.

Cette marche a également été l’occasion de matérialiser l’agglomération politique qui s’épaissit par la convergence autour d’un sens commun de plus en plus partagé. Benoît Hamon, Emmanuel Maurel, la sénatrice EELV Esther Benbassa, des militants Nouvelle Donne, d’autres du POI, la présence du NPA, et même un passage furtif de Pierre Laurent qui finalement n’aurait pas pu manquer cela, tous se sont rangés derrière la bannière de l’humanisme émancipateur et de la transformation radicale de la société en mettant un coup d’arrêt à la politique de M. Macron. Là où M. Macron s’isole et exerce une force centrifuge, la force du peuple est centripète.

Moins attendue était la fébrilité du pouvoir qui s’est manifestée à l’occasion de cette marche. Non contents d’avoir essayé en amont de diviser le front de l’insoumission, non contents d’avoir jeté de l’huile sur le feu en déclamant sur CNN et en anglais dans le texte s’il vous plaît « la démocratie ce n’est pas la rue », M. Macron et les siens ont eu du mal à encaisser le coup du grand nombre ce samedi. Ils ont d’abord manœuvré pour feindre d’officialiser un chiffrage extrêmement minorant de la marche, avant de lancer dès après le discours par la voix du porte-parole du gouvernement une polémique grotesque et sans fondement sur les propos qu’aurait tenu Jean-Luc Mélenchon pour expliciter que c’est justement « la rue » qui dans notre pays est la source des sursauts et des grandes conquêtes pour la liberté et l’égalité. Peine perdue : la communication spectacle des uns bute sur la démonstration argumentée de l’autre.

Car s’ils se sont de la sorte rués à l’assaut, c’est que comme à son habitude, Jean-Luc Mélenchon a dans son discours traduit la cohérence d’action de cette foule immense tandis qu’il lui ouvrait une perspective : les ordonnances ont beau avoir été signées, elles devront repasser par la case parlementaire : « Ceci n’est pas la fin, ce n’est que le commencement ! » annonçait-il devant une foule qui en était le témoin et le garant. La disponibilité est en effet immense car ce qui aujourd’hui unit les gens dans la lutte, c’est que c’est en citoyen-ne-s qu’ils la mènent en refusant cette « subversion de l’ordre social public républicain ». Alors face au chaos du modèle Macron, ceux qui étaient là rassemblés pouvaient s’enorgueillir d’être « les porteurs de paix dans les relations sociales ». Et parce que cette marche était celle du peuple en mouvement, Jean-Luc Mélenchon a annoncé être prêt à contacter les organisations syndicales pour « leur proposer de se mettre à notre tête […] mais pour une action forte et dense » pour agir tous ensemble à la fois parce que désormais les salariés savent après ce rassemblement qu’ils ne sont pas seuls et que tous ceux qui se retrouvent dans l’insoumission sont prêts à « se ranger derrière eux ».

Incontestablement, cette marche du peuple marque un tournant. Les gens ne s’y sont pas trompés eux qui quasi instantanément ont redéfini leurs mots d’ordre tout le long de cette marche et pendant le discours. Si la « Résistance » demeure un ciment nécessaire, la fin du cycle défensif et le passage à l’action ont été entendus dans la colère populaire qu’exprime le « Dégagez ». Plus loin, c’est le « Ensemble » qui appelait au rassemblement alors même que « La loi, la Loi, la Loi » signifiait la volonté de refondation du peuple par le contrat politique et social entre tous. La montée en fin de rassemblement du « Insoumission » était le réceptacle de cette fédération du peuple qui le porte vers l’émancipation lorsqu’il se refonde.

Placé sous ces auspices, il est certain que ceci n’est pas la fin. Ce n’est que le commencement.

2 commentaires sur “Ceci n’est pas la fin, c’est le commencement

  1. romaneyoctave dit :

    Ramassez les scories du printemps 2017, genre Hamon et sa barbe de huit jours, me fait douter de l’avenir en commun. L’avenir, mais pas avec des vieilles canailles rompues à toutes les trahisons européistes. Quant aux militants POI, dès qu’ils sont visibles, les manifestations perdent leur cohérence.

    Aimé par 1 personne

  2. Coueronnades dit :

    @ romaneyoctave On aime aussi les grognons. L’essentiel est dans ce qui fait peuple et pas dans ce qui le divise.

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