Stratégies de combat macronistes

Veritas odium parit,  la franchise engendre la haine nous enseignait le poète Terence. Le tir de barrage des équipes de M. Macron et de ses affidés médiatiques  à l’occasion de la marche contre le coup d’Etat social en témoigne. Mais, parce qu’elles se répètent en se renforçant en termes de violence, il est utile de figer sur le papier les stratégies qui ont été déployées par l’adversaire de manière à se préparer au prochain assaut.

Parce qu’ils ont très tôt identifié dans ce rassemblement populaire son potentiel pour agréger autour de lui et participer à l’émergence d’un nouveau sens commun, les hommes et les femmes du pouvoir ont déployé en amont d’immenses efforts pour y faire obstacle. Cette façon de faire est somme toute tristement habituelle. Elle vise à créer une ambiance générale, un bruit de fond, comme ce fut le cas pour chacune des initiatives précédentes : le 18 mars 2012 à la Bastille, lors de la marche pour la 6ème République le 5 mai 2013, le 5 juin 2016, le 18 mars 2017 en pleine campagne présidentielle…

C’est d’abord une supposée division dans l’action qui a été politiquement et médiatiquement mise en scène depuis la rentrée : la France Insoumise versus la CGT, le 23 septembre versus le 12 septembre, le politique versus le syndical. Tout a été bon pour essayer de rompre le fil populaire qui unit dans un même processus la revendication citoyenne d’une société juste et équilibrée régie par la Loi commune et la lutte des salariés pour la défense des droits et d’un code du travail qui les protègent des excès des rapports de domination. Il s’en est même trouvé certains pour participer à ce petit jeu de l’émiettement lors de la Fête de l’Humanité qui avait lieu une semaine avant.

Comme cela ne suffisait pas, il fallait salir en personne le tribun du peuple. Cette fois ce fut d’abord en sortant la semaine qui a précédé le 23 septembre une grossière polémique sur les billets d’avion de Jean-Luc Mélenchon (diable la classe affaire !) pour se rendre en tant que député à La Réunion. L’objectif est clair : essayer de faire croire que celui-ci ne peut représenter les intérêts du peuple. En d’autres temps, les censeurs, piètres marxistes, cherchaient à nier la capacité à représenter une classe dont on ne serait pas issu. Cette fois, par leur incapacité à penser l’universel et donc l’intérêt général, ils font malgré eux du peuple une classe en soi. Dont acte.

Ce fut aussi, 48 heures avant la marche, la sortie d’un sondage Odoxa commandé et publié à point nommé, pour essayer d’amoindrir la crédibilité de Jean-Luc Mélenchon. Le titre se suffisait à lui-même, c’était d’ailleurs le but puisque tous les perroquets médiatiques se faisaient l’écho de celui-ci pour toute analyse : « Mélenchon, le meilleur opposant, ferait un mauvais président ». Qu’importe finalement que les chiffres prouvent au contraire une dynamique favorable puisque 34 % des gens interrogés (+8 points par rapport à octobre 2016) jugent qu’il ferait « un bon président », tout est dans le titre. Pour qui douterait de la manœuvre, on notera la troisième et dernière question qui tue : « Vous sentez-vous plus proche des positions de Jean-Luc Mélenchon ou d’Emmanuel Macron sur le Venezuela ? ».  Le voile se lève.

La veille de la marche, c’est de la peur que le système a enfin essayé de jouer pour dissuader de se rendre à la marche. Le journal Le Monde faisait ainsi la promotion d’un papier des « blacks blocks » qui circulait de manière relativement confidentielle sur les réseaux sociaux pour tenter d’effrayer les participants devant une casse annoncée. Le jour même, quand quelques dizaines d’entre eux se sont portés hors manifestation (et contre celle-ci) en avant de la marche sur la place de la République, le système médiatique a lancé une ultime salve via notamment les réseaux sociaux comme pour dissuader les marcheurs de se rendre sur place. Là encore, ceux-là étaient présents pour jeter de l’huile sur le feu, moins pour témoigner à la fois du travail remarquable du service d’ordre et surtout de l’action des gens eux-mêmes qui ont libéré la place des fauteurs de trouble.

Ainsi donc rien n’y a fait : la marche du 23 septembre fut un succès. La Caste des politiciens malfaisants s’est donc retournée sur le service après-vente pour ses basses-œuvres. La polémique sur les chiffres était attendue. Mais devant la marée humaine des 150.000 personnes qui se pressaient autour de la place de la République, elle n’a pas tenu bien longtemps. Ce n’est pourtant pas faute d’avoir essayé. Alors qu’aucun chiffre n’est donné d’ordinaire donné pour les manifestations à caractère politique, cette fois celui de 30.000 participants était annoncé…sans l’être. La préfecture de police de Paris confirmait qu’elle ne donnait pas de chiffre mais une âme bien intentionnée avait fait circuler en son nom et « en off » ce chiffre auquel aucun des journalistes présents sur place n’accordait de crédit au regard du spectacle qu’ils avaient sous les yeux. Pourtant, dépêches de l’AFP et de Reuters aidant, non vérification de l’information aussi, voilà ces 30.000 supposés manifestants rhabillés en « chiffre officiel » sur toutes les chaînes et dans tous les papiers. La diffusion progressive des images a au final permis de parer le coup et de renvoyer les instigateurs de la manipulation à leurs manœuvres.

Ils s’y sont immédiatement attelés avec d’autant plus de réactivité qu’ils avaient prévu le dispositif pour cela. Christophe Castaner, le porte-parole du gouvernement, tenait le rôle du porte-flingue sur les plateaux sitôt la marche terminée le samedi soir. Et puisqu’il ne pouvait s’en prendre à sa masse, il s’en est pris à l’esprit.  Mens agitat molem, l’esprit agite la masse ,nous dit Virgile.

Sa méthode : aller piocher une phrase du discours de Jean-Luc Mélenchon, en la sortant bien évidemment de son contexte, et créer une polémique sur le sujet que le buzz médiatique et la meute des seconds couteaux se chargeraient de relayer. Ce furent donc « les nazis » qui avaient été abattus par la rue. Effet assuré. Avant d’aller plus loin, ayons en tête que si ce n’avait pas été cela, c’eut été autre chose. Macron s’identifiait lui bien plus spontanément aux rois, au point de livrer à son entourage : «La rue a peut-être fait tomber des rois, mais rarement des rois élus quatre mois plus tôt », ce qui en dit long sur son narcissisme et l’image qu’il se fait de lui-même et de sa fonction.

Revenons donc à leurs « nazis ». L’instrumentalisation fût savamment distillée. Ainsi, Castaner a créé de lui-même l’amalgame entre … les nazis et Juppé qu’il prêtait aux propos de Jean-Luc Mélenchon. Son but ? Rallier la droite à sa cause et faire « front commun » des « républicains » contre les dangereux extrémistes. Manœuvre habile mais grossière et pourtant efficace. Car à sa suite ce fût un défilé : aussitôt les médias qui présentaient l’instant d’avant la marche comme un succès invisibilisait celui-ci pour faire la part belle à la polémique. Le lendemain, les plateaux fleurissaient de ministres et représentants d’En Marche en train de monter au créneau en cadence, accompagnés de prétendus experts ou de débauchés à qui ils confiaient la sale besogne comme Jean-Claude Mailly. Est-ce des éléments de langage ou la même inculture historique et le même piètre sens républicain, mais ceux là ânonnaient les mêmes absurdités qui en deviennent pour le coup éclairantes : « Le régime nazi, c’est pas la rue qui l’a abattu, ce sont les alliés, ce sont les Américains, les Russes » (Mailly),  « Mélenchon ferait bien de retourner à l’école : la rue qui renverse les nazis ne serait ce pas plutôt les alliés » (Jean-Baptiste Moreau, député En marche !). De Gaulle doit se retourner dans sa tombe, lui qui s’est battu non seulement pour que notre pays se libère mais pour que la place de la France dans ce processus soit reconnue à sa juste part et donc pour qu’elle puisse reprendre sa juste place dans le concert des nations : voilà ce sur quoi tous ceux-là, patriotes de pacotille, crachent allègrement. Pour d’autres, à l’instar de Thierry Mandon ou de la ministre de l’Europe Nathalie Loiseau, « la rue n’a jamais battu les nazis. En revanche elle les a fait (sic) » : ceux là, élites intellectuelles et bien-pensantes je suppose, cultivent une aversion ancestrale pour le peuple, objet indéfini et transnational s’entend, au point de lui faire porter, dans ce qu’ils feignent de croire être un mouvement spontané, la responsabilité et la culpabilité de l’arrivée au pouvoir des nazis. Et les mêmes sans vergogne de boucler la boucle en mettant Mélenchon et Le Pen sur le même plan comme l’a fait Gilles Le gendre, le porte-parole des députés de La République en marche : «En mettant dans le même sac Alain Juppé, les nazis et Emmanuel Macron, M. Mélenchon singe la famille Le Pen, le père plus que la fille ». Nous y voilà ! Passons sur la dédiabolisation de « la fille » que contiennent ces propos, le but est autre : redéfinir un échiquier politique dans lequel le centre Macron aurait absorbé tout le reste et renvoyer aux franges externes d’un côté le FN, de l’autre la France Insoumise mises sur le même plan.

Cet épisode laissera des traces. Mais dans leur camp; On ne peut pas impunément dénier à la France la part qui fut la sienne dans sa libération sauf à trahir notre Histoire. On ne peut pas impunément rendre « la rue » coupable de tous les maux et d’abord les pires. On ne peut pas impunément choisir de relégitimer l’extrême-droite en l’accolant au courant de humaniste écologique et républicain qu’incarne la France Insoumise sans avoir à répondre de manigance politicienne.

Si la charge fût cette fois si rude, c’est que M. Macron savait qu’il devait chercher à briser l’élan propulsif qu’a délivré la marche du 23 septembre. Et rendre inaudibles les deux propositions faites le 23 septembre par Jean-Luc Mélenchon ; celle  faite aux syndicats d’un grand rassemblement, fort et dense, tous ensemble, aux Champs-Elysées ; l’appel à la jeunesse pour que celle-ci se saisisse de la construction de notre devenir commun, devenir qui est d’abord le sien. M. Macron sait en outre qu’il lui faut affaiblir le leader de La France Insoumise avant le débat qui l’opposera ce jeudi à Edouard Philippe sur France 2.

Nous voilà renseignés sur les méthodes de combat de ceux-là. Cette connaissance nous sera utile pour la suite car l’épisode se reproduira à coup sûr. Mais pour l’heure, démonstration est faite que non seulement Veritas odium parit, la franchise attise la haine, mais désormais Vis populi quoque, la force du peuple aussi.

6 commentaires sur “Stratégies de combat macronistes

  1. DEDOU 15 dit :

    J’ai trouvé intéressant le document de François COCQ, relatif aux stratégies de combat macronistes. Et vous, qu’en pensez-vous ?

    J'aime

  2. Plog 77 dit :

    Excellent résumé et analyse des stratégies des macronistes et pas seulement d’eux !
    Voilà un article digne de figurer dans ce projet de site d’information « Le média » et sur une future chaine internet de la France insoumise !
    Les informations de ce type doivent pouvoir être diffusées le plus largement possible et bien sûr bien haut delà du cercle des insoumis qui connaissent sans doute le site et les billets de François Cocq. D’ailleurs, à ce propos, un lien sur la page permettant de transformer le texte en pdf faciliterait sa diffusion ensuite par mails vers d’autres personnes que l’on connait et aussi son impression comme support de discussions avec des personnes que l’on voudrait informer et convaincre ! Beaucoup de personnes que je connais n’ont pas conscience de toutes ces tentatives de manipulations de l’opinion et du poids de la petite musique orchestrée savamment par les médias contre La France Insoumise et Jean-Luc Mélenchon !
    En tous les cas, bravo pour cet article.

    J'aime

    • DEDOU 15 dit :

      Les propositions de Plog 77 pourraient être mises en pratique, si elles sont retenues par une majorité de personnes issues du milieu politique, syndical ou sans étiquette.

      J'aime

  3. hericher dit :

    bonne réponse à la meute médiatique au service du pouvoir, dommage que Mailly les rejoigne

    J'aime

  4. henthouarn dit :

    Les principaux médias d’aujourd’hui se prennent inconsciemment pour le « Radio Paris » de l’Occupation mais il leur manque un Philippe Henriot. Nul ne se risquerait de nos jours à exécuter un quelconque de ces minables perroquets.

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s