Politique de gros sous : le changement c’est maintenant…ou pas

Le candidat Macron s’était drapé des habits de la nouveauté et prétendait rompre avec son passé, y compris son passé immédiat. Peine perdue : Macron 2017 restaure ce que Macron 2015 avait fait adopter. Ici l’allègement de la fiscalité sur les actions gratuites adopté ce jeudi par le Parlement après que le ministre Macron l’a déjà imposé il y a deux ans.

C’est au détour d’un amendement (amendement 646) déposé par les députés LREM et soutenu par le gouvernement que la fiscalité qui règlemente l’attribution d’actions gratuites a été abaissée. La cotisation patronale, qui s’applique sur la valeur des actions à leur date d’acquisition, est désormais ramenée de 30% à 20%, le taux restant nul pour les PME n’ayant jamais versé de dividendes.

C’est la très exactement le taux auquel le ministre Macron avait fixé ces cotisations en 2015 par l’article 135 de la loi à son nom. L’expérience immédiate a montré que ce n’étaient pas les salariés qui profitaient au mieux de cette mesure mais bien les plus gros patrons. Le PDG de Renault Carlos Ghosn a par exemple aussitôt profité de l’aubaine pour se verser par ce biais une rémunération faramineuse de 7,2 millions d’euros en se distribuant une moisson de ces actions gratuites (60% de l’ensemble de sa rémunération) qui venaient d’être sous-imposées. En 2016, ce sont pas moins de 6,4 milliards d’actions gratuites qui ont été distribuées non par les PME mais par les seules entreprises du CAC 40 ! Fort de ce retour d’expérience, et profitant du départ en campagne de l’extrême-financier Macron, le Parlement a abandonné la mesure en 2016, revenant à la situation antérieure.

Mais M. Macron a le souci de l’intérêt des siens tenace. L’expérience pèse chez lui de peu de poids à côté du dogmatisme et de sa volonté de servir celles et ceux qui le servent en retour. Sa cavalerie de députés aux ordres a donc donné satisfaction à son mentor en rétablissant la loi Macron. Olivia Grégoire, porte-parole du groupe LREM peut bien chercher à se cacher derrière le terme « d’entreprises » pour justifier la mesure (« Une telle mesure renforcerait le message positif que cette majorité souhaite porter à l’égard des acteurs économiques de premier plan que sont les entreprises »), ce sont bien les « premiers de cordée » qui en tirent les principaux bénéfices et non le collectif humain qu’est ladite « entreprise » et à laquelle au contraire ceux-là coûtent si cher par la ponction qu’ils opèrent.

La mesure a un coût : 100 millions d’euros. Celui-ci s’ajoute à ceux révélés le même jour : 1 % des ménages profiteront de 44 % du gain lié à la mise en place du prélèvement forfaitaire unique (PFU). Ces foyers bénéficieront donc d’un allégement de 572 millions d’euros en 2018 et de 836 millions en 2019. Quant aux cent premiers contribuables à l’ISF, ils bénéficieront chacun en moyenne d’une ristourne de 582.380 euros par an avec la flat tax. Bref, « la récréation continue » comme le notait si justement mon ami le député insoumis Adrien Quatennens.

Cette politique de Caste ne trouve son sens et son fondement que dans l’entre-soi des puissants. Car au-delà, tout corrobore non seulement son injustice mais aussi son inefficacité. Voyez l’étude du cabinet de conseil Price Waterhouse Coopers et de la banque UBS rendue elle aussi ce jeudi. Elle estime la fortune des milliardaires à 6000 milliards de dollars ! Trois fois le PIB de la France. Et cette fortune cumulée a augmenté de… 17% en 2016 ! Pourtant, le nombre de milliardaires reste constant. C’est donc bien que ce sont les fortunes déjà acquises qui grossissent de manière indécente. Car enfin, imaginez un instant une croissance de votre revenus de 17% l’an. Vous en rêveriez n’est-ce pas ? Halte ! Ce n’est pas pour vous ! Ni même pour ceux auxquels M. Macron avait fixé un horizon lui aussi indécent, en renversant l’échelle des valeurs qui font société, lorsqu’il déclarait dans le journal Les Echos du 7 janvier 2015 « qu’il faut des jeunes français qu’ils aient envie de devenir milliardaires ». Pour qu’il y ait ruissellement il faudrait qu’il y ait fonte préalable du glacier. Or les riches prennent bien soin de cryogéniser le monopole de leur fortune.

On se souvient qu’en 2012 le slogan de campagne du candidat Hollande s’était transformé sitôt élu en ode à la continuité des politiques libérale de son prédécesseur Sarkozy. En 2017, on a eu beau rappeler que M. Macron était secrétaire général adjoint de l’Elysée et conseiller économique de François Hollande de 2012 à 2014, puis son ministre de l’économie jusqu’en août 2016, celui-là a réussi à se refaire une virginité et apparaître comme un homme sans passé. Le voilà pourtant qui lui aussi, sitôt élu, court après celui-ci pour parachever l’œuvre qu’il a largement contribué à initier pendant le quinquennat précédent. Pour un peu celui-là aussi nous dirait que son ennemi c’est la finance.

 

3 commentaires sur “Politique de gros sous : le changement c’est maintenant…ou pas

  1. pierre dit :

    Et les médias, les « belles personnes », continuent à reprocher à Jean Luc Mélenchon de ne pas avoir appelé à voter Macron … Jupiter s’imagine vraiment qu’il a été élu, non par défaut, mais par adhésion.Qui peut vraiment adhérer à un non-programme ? Plutôt à un programme de casse de l’outil de travail, de soumission à la finance internationale, d’abandon de souveraineté nationale …
    Je ne sais pas si je verrais encore un changement qui aille dans le bon sens, mais je l’espère du fond du coeur car, depuis Mai 68, où nous avions 20 ans et de bonnes idées constructives, les choses sont toujours allées à reculons. De plus en plus de pauvres et des riches de plus en plus riches. Le roi Midas est mort de faim, parce que tout ce qu’il touchait se transformait en or. Faut-il attendre que le roi Midas meure ? Nous serons morts avant lui !

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  2. henthouarn dit :

    Et ces gens-là ont le culot de parler d’ « impôt confiscatoire » ! Il est vrai que ça ralentit l’énorme accroissement de leur indécente fortune. Comme si leur larbin à l’Elysée ne confisquait rien aux dizaines de millions de gens qui survivent avec des salaires ou pensions (beaucoup) trop faibles. OUI, confisquons ces fortunes scandaleuses qui ne leur servent à RIEN sinon à appauvrir le Peuple par toutes sortes de magouilles.

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  3. Lichtensztein Combase dit :

    Quand sonne la fin de la récré, chacun doit se ranger avec sa classe. À nous (tous ensemble) de jouer.

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