Les p’tits papiers

Edito du 7 novembre pour La France Insoumise

Après les « Panama papers », voici donc les « Paradise Papers ». En attendant des révélations sur notre Caste nationale, et bien qu’il faille faire avec le tamis que le journal Le Monde et France-Inter jugeront utile d’imposer, notez dès à présent qu’un seuil a été franchi : là où les précédents mettaient en lumière des pratiques délictueuses d’évasion fiscale, les derniers en date se concentrent essentiellement sur « l’optimisation fiscale ». Terme générique véhiculé par la société bien pensante pour valoriser la légalisation de l’évasion fiscale. A moins que ce ne soit pour promouvoir l’évasion fiscale légalisée.

Là où il y a deux ans encore les hommes (et femmes) de main politiques de ceux-là faisaient mine de dénoncer des pratiques individuelles répréhensibles, c’est aujourd’hui un effet de système qui est mis à jour. Il repose sur l’organisation méthodique de la soustraction au peuple d’une part sa richesse (8% !) pour engraisser les mieux lotis. La théorie du ruissellement ne saurait trouver de meilleur contre-exemple : les premiers de cordée si chers au Président Macron n’ont que faire de l’intérêt général. L’accumulation sans fin privatisée est leur seule quête et leurs dévoués dans les institutions sont leurs premiers gestionnaires de patrimoine.

Depuis avril 2016 et les « Panama papers », qu’est-ce qui a concrètement été fait ? Les échanges automatiques d’informations bancaires se sont améliorés nous dit-on. Très bien. Et ? La principale mesure du gouvernement auquel appartenait le ministre de l’économie Macron a été d’augmenter les effectifs pour permettre la régularisation fiscale des émigrés fraudeurs qui, pris de peur et non de remords, souhaitaient revenir au pays. Pour le reste ? La France s’en remet encore et toujours à ce que pourrait impulser l’Union Européenne, comme si celle-ci n’avait pas à la tête de sa commission un certain Jean-Claude Juncker, ancien Premier ministre du Luxembourg qui, comme l’ont révélé les « Luxleaks », a organisé l’évasion fiscale à grande échelle vers ce pays.

Seulement voilà. Plutôt que d’attendre faute de réelle volonté politique, la France pourrait et devrait agir. Elle le peut comme l’indiquait encore ce lundi sur France-Info le professeur d’économie à Berkeley Gabriel Zucman. Selon lui, la France pourrait, si elle le souhaitait, décider de taxer les multinationales sur leurs profits réalisés : « Ce qu’il est essentiel de comprendre, c’est qu’on peut taxer différemment les multinationales. On pourrait dire par exemple dire que si Apple fait 100 milliards de dollars de profit au niveau mondial et 10% de ses ventes en France, on peut considérer que 10 % de leurs profits, c’est-à-dire 10 milliards de dollars sont taxables en France et on appliquerait notre taux d’impôts sur les sociétés. Ça, c’est une réforme que la France pourrait faire demain toute seule et ça mettrait un terme à ce problème d’optimisation fiscale des multinationales qui coûte plus de 10 milliards d’euros par an à la France. Il y a un moment où il faut dire qu’on prend nos responsabilités et on réforme notre fiscalité, tout seul ».

La volonté, la capacité, et la décision à agir, sont au cœur de l’interpellation du Président Macron par Jean-Luc Mélenchon ce lundi 6 novembre, sous la forme de propositions concrètes et susceptibles d’être immédiatement mises en œuvre pour lutter contre le pillage de la France : la fin du « verrou de Bercy » qui empêche le parquet d’engager une procédure à l’encontre d’un fraudeur fiscal sans l’accord du ministère ; la mise en place de l’impôt universel qui, comme le font les Etats-Unis d’Amérique, oblige les contribuables se déclarant à l’étranger à s’acquitter en France du différentiel avec notre régime fiscal ; l’interdiction pour les établissements bancaires d’exercer dans les paradis fiscaux ; la création du délit d’incitation à la fraude fiscale et à l’évasion fiscale ; l’interdiction d’exercer un mandat social pour les dirigeants de société qui ont exercé dans des paradis fiscaux.

La communication et les belles paroles ça suffit ! Alors même que s’ouvre cette semaine la COP 23 qui devra prendre acte qu’est mort-né l’accord de Paris signé alors que M. Macron était ministre et tant vanté cet été quand il était déjà Président, il ne faudrait pas que M. Macron prolonge aussi son inaction depuis 18 mois pour ce qui concerne l’évasion fiscale, qu’elle soit illicite ou légalisée. Sauf à de témoin passif devenir complice.

François Cocq

« Faut pas s’leurrer
Papier doré
Celui qu’y touche
Papier tue-mouche
Est moitié fou
C’est pas brillant
Papier d’argent »

5 commentaires sur “Les p’tits papiers

  1. Dominique BOUCHERY dit :

    Bonjour François Cocq,
    Merci de vos papiers fréquents et toujours intéressants. J’ai une remarque sur la conclusion de celui-ci. Je suis surpris de la tonalité de ce dernier paragraphe, qui laisse entendre que Macron serait simplement laxiste, et qu’il pourrait, qu’il devrait intervenir, sauf à passer pour complice. En effet, pour moi, il n’y a aucune équivoque : Macron est non seulement complice, mais acteur de ce système. C’est pour ça qu’il est là. C’est ce que nous confirme ce nouvel épisode, si nous en avions besoin : le capitalisme financiarisé a besoin de cette « optimisation fiscale » pour fonctionner, et un Macron est en place pour garantir la pérennité de ce fonctionnement. L’idée qu’il pourrait réellement prendre des mesures vigoureuses contre les paradis fiscaux me semble empreinte, pardonnez-moi,,d’une certaine candeur.
    Cordialement,
    Dominique Bouchery

    Aimé par 2 people

    • francoiscocq dit :

      Merci Dominique pour ce commentaire.
      Pas de candeur dans mon analyse. Je suis comme vous et comme beaucoup d’autres convaincu de longue date de la perspective politique dans laquelle s’inscrit M. Macron. Je n’ai donc que bien peu d’attentes à son endroit et je rejoins vos propos sur son rôle dans la prolifération de ce système et même dans sa mise à disposition d’une Caste.
      Par contre, si celui-ci a malgré tout su rassembler 8,6 millions de suffrages, c’est bien plus sur sa personne que sur son programme. Or pour convaincre celles et ceux qui, de bonne foi, ont voté pour lui en avril et mai dernier, je pense contre-productif de dire « on vous l’avait bien dit ».
      D’où cette graduation qui vise à montrer que celui qui se présente comme un homme neuf est en réalité rattrapé par son passé et qu’il ne peut plus aujourd’hui s’y soustraire.
      Bien amicalement
      Fc

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  2. pierre dit :

    Et la droite, de droite, parle d’assistanat, mais ne vise que les chômeurs, les SDF, le RSA … Quant aux Riboud et autres retraités (140.000 euros mensuels à vie), circulez, il n’y a rien à voir !
    Quand est-ce que les gens vont comprendre que le « diable de confort » a permis l’accès au pouvoir de cette équipe « ni de gauche, ni de gauche » afin de satisfaire les exigences du MEDEF et des grandes fortunes ?
    Quand est-ce que les syndicats vont comprendre que seule la lutte unitaire permettra de bloquer la marche en avant vers le retour au 19ème siècle ?
    Les opérateurs dans les banques devraient aussi s’y mettre pour bloquer le système, mais là …
    Les médias sont au « charbon » pour essayer de déminer le terrain et présenter Jupiter comme le sauveur, mais ça coince de tous côtés. Lorsque JLM dit que Macron, pour le moment, marque le point, la médiacratie chante en choeur et jubile … quelle misère !

    Aimé par 1 personne

  3. henthouarn dit :

    Ne dites pas que Macron a été élu, que les Français ont voté pour lui alors que la vérité est qu’ils ont voté CONTRE qui vous savez. Mais l’oligarchie a imposé son dévoué serviteur et la bande de larbins couchés à ses pieds.

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  4. henthouarn dit :

    Evasion ou optimisation fiscales? C’est l’occasion de remarquer que les ultra-riches dictent des règles du jeu favorables à leurs seuls intérêts. Ils promulguent une légalité antidémocratique et antirépublicaine. Leurs décisions sont prises hors d’atteinte des peuples. Ils accaparent tout ce qu’ils peuvent, leur Union européenne implose, les nations s’étiolent.
    Pour la FI et ses alliés, c’est clair: il faut substituer nos règles du jeu aux leurs, notre légalité à la leur. Tant que ces objectifs ne sont pas atteint, ne pas hésiter à recourir à un mélange de légalité et d’illégalité. Par exemple, déclarer que les entreprises appartiennent autant sinon plus aux
    salarié-e-s qu’aux capitalistes, et exercer un droit de préemption systématique en faveur du Peuple. Cela coûterait moins cher que les « plans sociaux ». Ne disons donc pas qu’on n’a pas les moyens. Face aux fonds de pensions et autres prédateurs que sont la plupart des « repreneurs » réservons nos scrupules aux petits patrons qui ont à coeur de faire vivre leurs PME/TPE. Quant aux petits paysans on doit leur assurer une juste rémunération afin qu’ils vivent de leur travail au lieu d’être transformés en chasseurs de primes. Celles-ci sont d’ailleurs surtout versées à ceux qui n’en ont pas besoin. Au passage mettons fin partout au productivisme, à ses ravages et pollutions.

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