LREM : un congrès aux airs de déjà vu

Cette fin de semaine, La République en marche (LREM) tient son premier congrès à Lyon. L’enjeu n’est pas neutre pour M. Macron. Celui-ci a en effet durant sa campagne fait de l’image renvoyée par son mouvement un marchepied vers la fonction élyséenne. Au point d’afficher encore pour slogan de son mouvement : « Tout commence par la rénovation de l’engagement politique ». Mais si la politique de M. Macron n’a été permise que parce que celui-ci a d’abord convaincu d’une forme de renouveau dans l’engagement, qu’advient-il alors de l’assise de cette politique lorsque grandit et se propage la déception sur l’implication populaire permise au sein de LREM ?

A l’occasion de la campagne présidentielle, beaucoup se sont fait une image de la politique qui serait suivie en fonction de l’image que renvoyait le mouvement de M. Macron. La modernité était d’abord attendue sur la forme. Or elle ne se concrétise pas dans le champ institutionnel, où les débats suivent le cours ancien des choses, avec plus de brutalité et de verrouillages encore sans doute. C’est donc vers le mouvement de M. Macron que les yeux se tournent. Et là point la même désillusion.

On se souvient bien sûr de la polémique qui a émaillé l’adoption des statuts du mouvement le … 17 août dernier (!). Logiquement ce vote a très peu mobilisé et avait été prolongé de deux semaines, faute de participation, mais aussi suite à un recours de certains adhérents qui n’ont pas pu participer au vote. Il est notamment reproché que les statuts qui déterminent toute l’organisation du mouvement et les modalités de vote, n’aient pas été soumis au préalable à consultation. Seul un vote sur le texte final, à prendre ou à laisser, a eu lieu.

Plus récemment, on pense à la tribune d’une centaine de membres de LREM qui quittent le parti ce week-end en dénonçant l’absence de liberté d’expression et d’opinion, considérant que LREM « offense les les principes fondamentaux de la démocratie avec un mode d’organisation digne de l’Ancien régime ».

Mais ce week-end, c’est bien un congrès version grand-messe qui confirme cette impression. Voyez un peu. Il s’agit pour cette première réunion du Conseil de LREM ce 18 novembre d’élire les 20 membres du bureau exécutif, les délégués généraux du parti et d’adopter une charte des valeurs.

Dans le détail, ce sont donc 800 personnes qui doivent se réunir ce samedi. 45% sont des membres « citoyens engagés et non élus ». Ce qui signifie donc que 55 % soit sont non-engagés, offense que je ne me permettrais pas, soit sont donc des élus : 45 élus locaux tirés au sort complètent les membres de droit, du gouvernement, parlementaires, référents et élus des grandes collectivités territoriales. Décidément les réflexes de reproduire à l’ancienne les partis d’élus ne s’évanouissent pas si facilement…

Mais ce n’est pas tout : cette proportion d’élus induit une distorsion en termes de parité : seulement 45% de femmes composent ce conseil. Entre les élus et la parité, LREM a choisi. Les 200 membres tirés au sort (soit 25 % du conseil) dont 40 animateurs locaux ne suffisent pas à rétablir la parité. A titre de comparaison, je glisse là que La France insoumise qui tiendra le week-end suivant sa convention à Clermont-Ferrand réunira 1500 insoumis-es, à parité, dont 1200 tirés au sort (80%).

Le conseil de LREM devra également élire le délégué général du parti pour un mandat de 3 ans. Notez que seul le conseil est appelé à se prononcer et non tous les « marcheurs ». On sait que l’ordination de M. Castaner comme grand prêtre de LREM par le chanoine de Latran Macron a causé moult remous en interne. Ajoutez-y qu’il fallait pour pouvoir se présenter au poste être parrainé par 60 adhérents membres du Conseil dont 30 députés, 3 sénateurs, 10 référents territoriaux et 5 élus non parlementaires et vous comprenez mieux pourquoi M. Castaner était le seul candidat pour ce scrutin censitaire cornérisé par l’entre-soi des élus du parti.

Le bureau exécutif qui « aux côtés du délégué général, assure la conduite et l’animation du mouvement » sera lui composé de 20 membres élus…et de 10 membres cooptés par les précédents sur proposition du délégué général… Quant à la charte des valeurs, elle devra elle aussi être adoptée par le seul Conseil, sans être pour autant soumise au vote de l’ensemble des membres du mouvement. Dont acte. Si celle-ci a nous dit-on fait l’objet de 6000 contributions, celles-ci ont été analysées « avec l’aide d’un outils d’analyse sémantique et d’intelligence artificielle ». Là où la sollicitation de l’outil technologique fait sens lorsqu’elle permet à l’humain d’ouvrir de nouveaux horizons (voyez l’hologramme), la substitution de l’humain par le recours à un tel process pour prétendre faire du commun dans les rapports entre individus interroge pour le moins…

Il est jusqu’à la cérémonie de ce week-end qui fleure le bon vieux temps. Prendront ainsi la parole à la tribune : M. Castaner, futur délégué général, le Premier ministre, Mme Schiappa et M. Collomb, ministre, mais aussi M. Bayrou. Une grand messe avec ses apôtres en somme.

Tout cela, c’est bien les affaires de LREM me direz-vous. Oui mais non. Comme je l’évoquais au début de ce papier et dans ma chronique hebdomadaire publiée ce vendredi sur L’Heure du peuple, la promesse durant la campagne présidentielle du renouveau dans l’implication politique avait entraîné la croyance dans un renouveau des politiques. Or la perception de la ligne politique Macron surgit quand la nouveauté du mouvement politique disparaît. En surjouant la rupture démocratique à travers son mouvement plutôt que la conviction sur un programme, M. Macron n’a su construire ni une conviction ni une assise populaire à l’occasion de son élection. Dès lors, on voit enfin apparaître la politique menée par M. Macron pour ce qu’elle est, un melting pot de mesures du passé déjà essayées par ses prédécesseurs comme les emplois francs. Avec pour corollaire le retour du renoncement en politique comme en atteste par exemple la reculade sur la baisse de la part du nucléaire dans le mix énergétique. La perception de la ligne politique Macron surgit quand la nouveauté du mouvement disparaît.

3 commentaires sur “LREM : un congrès aux airs de déjà vu

  1. Michel Truquet dit :

    Hollywood a un nouveau concurent

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  2. Bruno RATEZ dit :

    C’est fort bien dit comme d’habitude

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  3. […] Alors que se profile pour ce week-end le 1er congrès de LREM, une tribune d’une centaine de membres de LREM était mardi publiée dans la presse. Les signataires expliquaient pourquoi, déçus par la reconduction des vieilles pratiques, ils quittaient le mouvement qui affiche encore pour slogan : « Tout commence par la rénovation de l’engagement politique ». Il faut dire qu’après les promesses d’horizontalité,  la verticalité de la structure s’est matérialisée jusque dans l’ordination de M. Castaner comme grand prêtre de LREM par le chanoine de Latran Macron (pour plus de détails sur le fonctionnement de LREM, je vous renvoie à la note publiée ici). […]

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