Le château de cartes du renouveau macroniste

Chronique du 17 novembre pour L’heure du peuple

Voyez M. Macron. Bien que sa place dans la cabine de pilotage de la caste ait été établie de longue date, que ce soit en tant que banquier d’affaires au service des futurs premiers de cordée, ou comme secrétaire général adjoint de l’Elysée ou encore ministre de l’économie, cela ne l’a pas empêché d’incarner le renouvellement, voire le renouveau, chez un nombre suffisant de nos concitoyens pour se qualifier au premier tour de l’élection présidentielle.

Mais après six mois d’exercice du pouvoir en première ligne, non seulement le renouveau a disparu, mais la modernité qu’elle devait porter disparaît avec lui. Il n’est pas inintéressant de constater comment en l’espèce le retour des vieille pratiques politiques au sein du mouvement de M. Macron a ouvert la voie à la mise en lumière du recyclage de vieilles propositions politiques.

Macron a en effet d’abord été élu sur cette illusion du renouveau et non sur son programme, sorti si tardivement dans la campagne et si peu mis sous le feu des commentaires par des medias par trop bienveillants. Beaucoup se sont fait une image de la politique qui serait suivie en fonction de l’image que renvoyait le mouvement de M. Macron. La modernité était attendue sur la forme. Elle ne se concrétise pas dans le champ institutionnel, où les débats suivent le cours ancien des choses, avec plus de brutalité et de verrouillages encore sans doute. C’est dès lors sur le mouvement de M. Macron que les yeux se tournent avant d’être confrontés à la même désillusion.

Alors que se profile pour ce week-end le 1er congrès de LREM, une tribune d’une centaine de membres de LREM était mardi publiée dans la presse. Les signataires expliquaient pourquoi, déçus par la reconduction des vieilles pratiques, ils quittaient le mouvement qui affiche encore pour slogan : « Tout commence par la rénovation de l’engagement politique ». Il faut dire qu’après les promesses d’horizontalité,  la verticalité de la structure s’est matérialisée jusque dans l’ordination de M. Castaner comme grand prêtre de LREM par le chanoine de Latran Macron (pour plus de détails sur le fonctionnement de LREM, je vous renvoie à la note publiée ici).

Dès lors, un tabou est tombé : non, M. Macron ne peut prétendre incarner la rupture avec l’ancien monde, certificat qu’il s’était auto-délivré. Et comme la promesse du renouveau dans la forme avait entraîné durant la campagne la croyance dans un renouveau des politiques, la désillusion du retour des vieilles pratiques entraîne avec elle la révélation du recyclage des sempiternelles mêmes vieilles mesures politiques. La lecture des mesures annoncées a brusquement commence ainsi à évoluer dans le landernau médiatique après qu’elle a infusé pendant six mois chez les citoyens.

Cette semaine, le retour des emplois francs dans les quartiers populaires est apparu pour ce qu’il est : une mesure lancée sous le quinquennat précédent, abandonnée faute de résultat, et ressortie des fagots faute d’idée neuve. Comme la loi travail est la resucée de la loi El Khomri, comme la suppression de l’ISF a été pêchée chez Sarkozy ou le bac en contrôle continu récupéré chez Fillon.  Ajoutez-y le retour dans le giron de M. Macron de figures tutélaires telles que le « parrain » Sarkozy, le sniper Valls ou encore l’ami européen Juppé, et l’ancien monde est ramené sur le devant de la scène par le Président.

Tout cela dessine un panorama nouveau : celui du retour du renoncement en politique. L’abandon de l’objectif de passer en deçà des 50% d’énergie nucléaire en 2015 a de ce point de vue été désastreux. Comme est désastreuse la séquence internationale de M. Macron qui a été courir en Arabie Saoudite au moment même où ce pays organisait depuis son sol une déstabilisation de l’ensemble du Proche et Moyen-Orient en faisant annoncer la démission du premier ministre libanais M. Hariri. Quant àl’Europe, M. Macron n’a de cesse depuis quelques jours de tenter de ressusciter l’Europe allemande au moment même où pourtant la chancelière Merkel se trouve dans une impasse politique. Caresser la main qui vous étrangle…

Quand les cartes qui soutiennent la structure commencent à s’étioler, c’est toute l’édifice qui peut bien vite se retrouver à terre. La perception de la ligne politique Macron surgit quand la nouveauté du mouvement disparaît. En surjouant la rupture démocratique à travers son mouvement plutôt que la conviction sur un programme, M. Macron n’a pas su construire une assise populaire à l’occasion de son élection. Celle-ci ne s’est dès lors pas faite au présent mais au futur. Or quand celui-ci ne tient ses promesses ni sur la forme, ni sur le fond, le principal protagoniste commence à être renvoyé à ce qu’il est : un conservateur impénitent qui à défaut de renouveau ne propose qu’un melting pot du passé.

2 commentaires sur “Le château de cartes du renouveau macroniste

  1. henthouarn dit :

    La magouille des très fortunés en amont du scrutin, favorisée par le pilonnage médiatique, a provoqué une abstention record de + de 50% et un vote plutôt contre MLP que pour ce dangereux psychopathe. La suite est cohérente avec de telles prémices. Songeons que la Révolution de 1789 n’aurait pas eu lieu si la légalité de l’Ancien Régime avait été respectée.

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  2. costantini dit :

    on attend la chute du château pour tous ceux qui mènent la vie de château sur le dos des fainéants ..

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