La laïcité n’est pas un entre-deux

La laïcité n’a rien à gagner à la polémique orchestrée par Manuel Valls. Au contraire. L’outrage des propos et les anathèmes servent ceux qui veulent circonscrire la laïcité à la neutralité ou comme un simple point d’équilibre des forces, lui niant ainsi sa capacité propulsive propre en tant que principe d’organisation politique et sociale de l’ensemble de la société.

Comme s’il n’était pas suffisant que la laïcité subisse depuis quelques années les assauts continuels de ceux qui ne croient pas en l’idéal républicain : ceux qui confondent la République et l’influence chrétienne ; ceux qui espèrent assigner les citoyens à la religion de leurs parents ou de leurs prétendues origines. L’extrême droite et l’islamisme politique mènent ici un même combat. Laurent Wauquiez lui ne cache pas ses liens avec les intégristes chrétiens et finance l’enseignement privé bien au delà des obligations légales.

Il faudrait maintenant que la laïcité en soit réduite à servir d’interface entre « les tenants d’un laïcisme intégral et ceux qui, en face, accusent ces derniers de vouloir mener une supposée « guerre aux musulmans » » comme l’y conduit le député LREM Aurélien Touché dans une interview au journal Le Monde le 20 novembre. Bref que la laïcité soit un pis-aller entre deux maux renvoyés dos-à-dos.

Ne sous estimons pas le recul que cela entraînerait, d’autant que cette assignation restrictive faite à la laïcité est largement portée dans l’entourage du Président Macron. À peine élu, son délégué général Christophe Castaner affirmait ainsi au micro de France-Inter qu’il n’avait rien à en dire. Le mouvement du président Macron s’en remet à Gérard Collomb, ministre de l’intérieur, qui, depuis sa ville de Lyon, confond laïcité et œcuménisme en distribuant des subventions aux représentants des communautés religieuses. Quant au député Aurélien Touché, il dit se réclamer de la loi de 1905, mais ouvre immédiatement le débat sur « le financement des lieux de culte », point central de la loi de 1905 qui ne reconnaît ni ne subventionne aucun culte.

Lors de la campagne présidentielle Emmanuel Macron ne s’est aucunement engagé pour la laïcité. Tout chanoine de Latran qu’il accepte d’être, il fait mine aujourd’hui de jouer « l’apaisement », mais précisément, cet apaisement là renie le combat de la laïcité qui doit s’affirmer contre tous ceux qui refusent l’émancipation individuelle.

La loi de 1905 doit au contraire être mise en avant en ce qu’elle accorde la liberté de conscience et la liberté de culte à chacun et à chacune. La laïcité ne se lève pas contre une communauté particulière, elle trace les frontières de la vie publique et de la conscience privée. Ce faisant, elle organise la vie commune de tous, non croyants ou croyants. Elle n’est pas « faite pour permettre à chacun de s’intégrer » comme l’évoquait M. Macron dans son livre Révolution (sic), postulant par là une extériorité liée à l’appartenance à quelque communauté que ce soit. Non la laïcité fait de la communauté des citoyens un corps indivisible et premier.

La République ne reconnaît et ne salarie aucun culte. Elle laisse libre leur exercice, il suffit qu’elle pourchasse tous ceux qui se réclament d’eux pour commettre des crimes, qu’elle empêche toute institutionnalisation de discriminations, entre citoyens selon leurs cultes présumés, entre hommes et femmes selon les archaïsmes quels qu’ils soient. Par conséquent elle doit empêcher que des prières envahissent l’espace public, qu’elles soient musulmanes ici, ou chrétiennes là, devant les centres IVG ou ailleurs. Elle ne peut financer aucun lieu de culte, car c’est assigner à une pratique privée des fonds publics, et obligerait l’État à choisir des options cultuelles.

La laïcité n’est pas un entre-deux. Elle doit être assumée pour ce qu’elle est et non définie par ce qu’elle n’est pas. Elle est une construction politique consubstantielle à la République car c’est le principe qui assure le plus haut degré de liberté pour tous. En cela elle reste aujourd’hui encore un combat. Avec certes ses adversaires déclarés et ses thuriféraires, mais aussi avec ses faux-amis.

Benoît Schneckenburger, philosophe, secrétaire national du PG à la laïcité

François Cocq, orateur national de La France Insoumise, auteur de La laïcité pour 2017 et au-delà, De l’insoumission à l’émancipation (Eric Jamet éditions, 2016)

4 commentaires sur “La laïcité n’est pas un entre-deux

  1. henthouarn dit :

    Les prières qui « envahissent » l’espace public relèvent du droit de manifestation et des libertés de conscience et d’expression. Sauf si des croyants cherchent à imposer aux autres hommes leurs croyances. Interdire ces prières porte en germe l’interdiction de toutes manifestations syndicales ou politiques.

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  2. Marco dit :

    La laïcité est le moyen de vibre ensemble, donc l’attitude que nous portons sur « la religion » est conditionné par le milieu culturel de chacun d’entre nous et par le regard personnel que chacun rencontre le long de son existence. Une appropriation de l’espace publique est une confiscation identitaire qui remet en cause nos libertés et notre bien commun. Nous avons le droit de croire ou ne pas croire nous n’avons pas besoin de l’ostentation religieuse dans l’espace publique.

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