Les missions politiques de Mme Salamé

On se souvient de l’Emission politique sur France 2 du temps de M. Pujadas. La politique spectacle, la recherche permanente du buzz pour faire de l’audience façon Paul Amar, le côté assumé en moins. Voilà donc désormais Mme Salamé aux manettes. Et c’est un autre créneau dans lequel elle s’inscrit : l’étouffoir politique, l’émission politique qui dépolitise la politique.

Jeudi 30 novembre, c’était au tour de Jean-Luc Mélenchon d’être l’invité de l’Emission dite politique. Sans doute eût-il souhaité donner à voir que La France Insoumise est non seulement le premier opposant à la politique de M. Macron, mais aussi le premier proposant pour développer une alternative crédible et raisonnable.

Il eût sans doute pu le faire si le service public avait accompli sa mission démocratique qui vise à éclairer le débat pluraliste en permettant aux citoyens de se forger en conscience leur propre appréciation de ce qu’ils jugent bon pour eux et pour tous. Après tout, Jean-Luc Mélenchon était le troisième invité de l’année seulement précédé des représentants de ceux qui l’ont juste devancé lors de l’élection présidentielle, à savoir M. Philippe d’abord, qui a l’avantage de pouvoir représenter en même temps M. Fillon et M. Macron, et Mme Le Pen ensuite.

Mais la ligne éditoriale n’est pas celle-ci. Mme Salamé l’a elle-même explicitée en défendant un énième débat sur le Venezuela. Quel est l’intérêt géopolitique de traiter une fois encore de cette question ? Interrogée sur le sujet, Mme Salamé a été bien en peine de le justifier sinon par le fait de la princesse. D’autant que le choix de l’invitée, Mme Debray, réduit encore le champ d’intérêt de la discussion. Dans le contexte de l’émission dépolitique, il fallait que la caricature du propos se pare des atours de la déracinée éplorée qu’a cherché à revêtir Mme Debray. La « Fille de révolutionnaire » (titre de son dernier ouvrage) est ainsi venue « régler ses comptes avec sa petite famille » comme le notait L’Obs, en s’en prenant à tout ce qui entend faire œuvre révolutionnaire dans le paysage politique. Hier, c’est Jean-Luc Mélenchon, figure trop charismatique à son goût de la révolution citoyenne, qui, victime du processus de transfert négatif bien connu des psychanalystes, fit les frais de ce complexe d’Oedipe mal réglé. Trader à Wall Street, banquière à HSBC, admiratrice de la monarchie espagnole, Mme Debray s’auto-labellise toutefois madone des misérables – ceux du Venezuela s’entend. Apparemment, l’opuscule intitulé « Révolution » de M.Macron lui sied mieux puisqu’elle se revendique de ses soutiens.

Il a aussi fallu occuper le temps avec Danièle Obono pour ne pas avoir à laisser s’exprimer les propositions de La France Insoumise. Répéter inlassablement une même question n’en changera pas la réponse. Pourtant Mme Salamé, M. Val, Mme Saint Cricq, ont ânonné comme en écho les mêmes phrases sur Danièle Obono. Jean-Luc Mélenchon y a répondu, une fois, deux fois, trois fois, dix fois. Il eût alors pu être temps de passer à la suite. Mais non. Ceux-là répètent encore et encore la question jusqu’à obtenir la réponse souhaitée, un peu comme l’Union européenne fait revoter si les réponses au vote ne lui conviennent pas (pas étonnant dès lors que l’U.E. s’appuie sur le soutien bienveillant des précédents dans ses manoeuvres…).

Venezuela, Obono, voilà qui nous a presque bien fait une heure. En fait, ces journaleux sont sans imagination. Ils sont malveillants aussi parce qu’ils sont feignants et que la facilité les pousse à recycler à l’infini toujours les mêmes sujets.

Et quand enfin on pensait pouvoir aborder le fond de l’affaire, le détournement d’attention était appelé à la rescousse. Voyez M. Lenglet qui réduit le Contre-budget de La France Insoumise à un chiffre, faux par ailleurs, de hausse d’impôts supposée de 120 Mds d’euros. Tout a alors dû tourner autour de cet aspect sans qu’il soit possible d’exprimer la cohérence d’ensemble. Voyez M. Castaner, invité pour un face-à-face sur l’Europe qui devait permettre d’exposer deux stratégies radicalement opposés pour remédier à la paralysie européenne : la souveraineté européenne prônée par M. Macron d’un côté, la souveraineté populaire dont le cadre premier d’expression démocratique est la Nation pour M. Mélenchon. Mais M. Castaner a biaisé. Ce débat, il n’en voulait finalement pas. Alors il a détourné l’attention, commençant par modifier sciemment les propos de Jean-Luc Mélenchon en début d’émission. Même M. Marteau ne l’avait pas fait, il s’était « contenté » de les falsifier en les tronquant au journal de France 2 ! M. Castaner lui n’en a cure. Il savait qu’en procédant de la sorte il tuait le débat dans l’œuf, Mme Salamé se gardant bien de remettre la confrontation sur le fond au cœur de l’échange, trop contente de l’anesthésie prodiguée.

Alors bien sûr on pourrait revenir sur les manipulations et mensonges. Ce n’est pas rien normalement pour un.e journaliste de mentir sur une antenne du service public. Mais sur celui-ci, tous les coups sont permis. M. Lenglet prend des exemples qui n’en sont pas comme avec sa voiture miniature dont la TVA est en réalité acquittée en France. Ou comme M. Salamé venant à la rescousse de Mme Debray après une réaction ulcérée de la salle devant tant de pantomime et affirmant que 80% du public était acquis à la cause de Jean-Luc Mélenchon. Mais ce que ne dit pas Mme Salamé, c’est que le quota de places réservé aux invités de Jean-Luc Mélenchon était d’une vingtaine sur les 200 personnes installées dans les gradins et qu’avant le début de l’émission, elle est venue demander aux gens qui était insoumis, voyant des doigts se lever à proportion de ce que représente actuellement La France insoumise dans le paysage politique. Mais non. Avec l’aplomb et l’arrogance de ceux pour qui le mensonge et le travestissement de la vérité est une seconde nature, Mme Salamé lâchait ce 80 % d’insoumis dans la salle pour mieux maquiller la faillite de son dispositif.

Devant un tel arsenal de mesures visant à parasiter l’émission, il nous faut donc nous interroger. Hors période électorale comme en ce moment, Jean-Luc Mélenchon ne saurait représenter une cible médiatique à atteindre. Sauf à ce que ce qu’il incarne représente actuellement une menace pour la Caste dans son ensemble. Celle-ci a pris peur durant la présidentielle quand L’Avenir en commun a progressivement gagné les consciences. Désormais, alors que la position de premier opposant à la politique de  M. Macron est acquise, Jean-Luc Mélenchon et La France Insoumise s’attellent à démontrer qu’ils sont aussi les premiers proposants. Cette fois s’en est trop. C’est que la crédibilité représente un franchissement de seuil décisif que le système n’a que trop bien compris. Celui qui permet de s’affranchir de l’inévitable reflux ou à tout le moins du tassement qui intervient dans la dernière semaine de campagne quand la Caste médiatique fait son office à coups d’Alba ou autres photos détournées.

Ainsi donc, la stratégie des diversions appliquée à l’Assemblée pour éclipser le travail et les propositions sur le fond de La France Insoumise a trouvé sa déclinaison dans l’émission de Mme Salamé. Il fallait réduire la force de proposition au silence, quitte à la renvoyer avec plus de force encore à son rôle d’opposant. Telle était la mission politique de Mme Salamé. Telles étaient les missions politiques de l’émission politique. Un aveu de faiblesse qui donne de la force.

11 commentaires sur “Les missions politiques de Mme Salamé

  1. Jean-Marie Liégeois Belgique dit :

    Résistance!
    En décembre 1944, Bastogne a tenu bon face à la dernière offensive des boches;
    La caste rameute tous ses larbins pour espérer inverser le cours de l’histoire que propose la France Insoumise.
    Résistance et en avant pour le progrès humaniste!

    J'aime

  2. Martine dit :

    JLM aurait dû franchir ce pas d’apparence infranchissable de preciser comme condition à sa présence : je ne repondrai à aucune question sur le Venezuela, ni sur O’Bono, ni sur les prétendus usurpateurs de HLM !!! Je ne plaisante pas. Je pense que c’est ce qu’il aurait dû poser en préalable.

    J'aime

  3. Martine dit :

    Et tant qu’il ne s’y rendra pas, il se fera « plier » par ceux grassement payer pour ces basses œuvres. Voir par exemple un torchon publié des le lendemain matin sur le net par un infâme de l’OBS : je n’en ai pas cru mes yeux !

    J'aime

  4. […] lien ici: https://francoiscocq.fr/2017/12/04/les-missions-politiques-de-mme-salame/ […]

    J'aime

  5. pierre dolivet dit :

    Jean-Luc Mélenchon a un peu fait preuve de naïveté, malheureusement. Il l’avoue d’ailleurs sur le blog. Avec un peu de chance, le jour où il y aura un raz de marée en Bretagne ou encore dans sud de la France, si par hasard il se trouve sur place, ça sera aussi de sa faute avec des journalistes de cette engeance ! Martine et d’autres ont raison de dire que J.L.M. doit se mettre à poser des conditions, comme il l’avait fait un temps au club des dézingueurs professionnels de France-Inter avec le sinistre Cohen et sa bande de « brosses à reluire », Macron-compatibles. Léa Salamé y officiait déjà et y officie encore. Nicolas Demorand a pris le relais de P. Cohen, avec le dézinguage en moins pour le moment. Cela donne l’impression qu’il y a un peu d’air frais qui arrive dans les tuyaux, mais ce n’est qu’une impression. Charline, Alex, Ferroni, Morel … qui ne disposent que de quelques minutes d’humour caustique pour contre-balancer la radio de révérence nous font respirer. Tant mieux. La radio fournit quand même une bonne émission le soir à 17 heures avec l’équipe des saltimbanques au grand complet et c’est assez agréable de les entendre. Nous sommes toutefois encore très loin de l’excellente émission de Daniel Mermet, mais c’est toujours ça. A défaut de tanche, nous avons du goujon … pour paraphraser La Fontaine. Sur le site de la France Insoumise, il est question d’une pétition … il faudrait qu’elle soit mis en ligne rapidement, si ce n’est déjà fait. Mais nous avons aussi d’autres moyens de contre-carrer ces « missionnaires » de radio-télé-Macron, heureusement d’ailleurs.

    J'aime

  6. Ricardo dit :

    Au lieu d’aller boire un pot avec ces gens là à la fin de l’émission les insoumis auraient mieux fait de quitter le plateau immédiatement sans un mot et ne plus jamais y remettre les pieds !
    En tout cas c’est ce que j’aurais fait après avoir été traité comme l’a été Jean Luc !

    J'aime

  7. Nicolas pascal dit :

    Bonne analyse, Merci !!

    J'aime

  8. Domi J dit :

    Tout à fait d’accord !!
    .. sauf la p’tite faute d’inattention : Cette fois C’en est trop. (clin d’œil)

    J'aime

  9. Laurent dit :

    Cette émission a été un véritable crachat sur JLM et FI, comme jamais vu pour d’autres leaders politiques . Même si ça ne sert à rien, j’ai envoyé une protestation à France 2 et au CSA, tant le débat bidon était imposé avec de faux invités lambda . Parole confisquée, tronquée, déformée : on mesure le résultat dans les élections :  » vous êtes arrivé (que) 4ème à la présidentielle  » a bien insisté L.Salamé : elle n’est qu’une voix mais bien représentative de l’audiovisuel dit public, avec à sa direction une compètence telle que celle de D.Ernotte. Il faudra sans doute que le niveau d’écœurement augmente encore pour trouver quoi faire pour changer ça !

    J'aime

  10. Castelnau dit :

    Facile de dire  » faut pas y aller  » ! Mais alors on fuit ? On laisse la place aux autres ? Non, faire face, c’est lutter , c’est être en résistance . Ignoble que sur le service public les journalistes se préoccupent du besoin du P Q de la mère de Laurence , plutôt que de faire de l’investigation et de rechercher les remèdes aux causes sociales !

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s