La politique spectacle comme cache-misère

Chronique du 8 décembre pour L’Heure du peuple 

Johnny est mort ! Voilà qui va occuper les Unes des gazettes et les ouvertures des journaux radio-télévisés pendant de longs jours. Relégués donc au second plan quelques sujets « mineurs » quand ils ne sont pas carrément passés totalement sous silence. Ainsi va la vie dans la société du spectacle que les médias ont désormais non seulement complètement intégrée mais dont ils assurent désormais la production.

Cette semaine, black-out médiatique donc sur l’ordonnance Macron qui s’attaque frontalement aux délégués syndicaux. Le 1er décembre, le gouvernement a en effet présenté aux partenaires sociaux une sixième ordonnance (avant sa publication prévue fin décembre) sur le droit du travail… qui vise à corriger les cinq précédentes. Parmi les nouveautés, on trouve le fait que les conseils d’entreprise (fusion du comité d’entreprise, du CHSCT, des délégués du personnel et des délégués syndicaux) qui s’étaient vu octroyer avec la première ordonnance la capacité de négocier des accords, y compris les plans de sauvegarde de l’emploi (PSE), s’il n’y avait pas de délégués syndicaux, verraient ce pouvoir étendu dans toutes les entreprises. Autrement dit les délégués syndicaux perdraient leur prérogative de négociation dans les entreprises. Rien de moins. C’est ainsi tout l’objet du syndicalisme et de l’affiliation syndicale qui en résulte qui se verrait affecté dans l’anonymat médiatique le plus complet. Black-out sur le projet de loi de « la société de confiance », dont le nom est à lui seul tout un programme (orwellien). La Laïcité et la loi de 1905 y sont pourtant battues en brèche comme l’a repéré l’Ufal.

Désormais, les associations cultuelles pourraient bénéficier d’une ristourne fiscale, autrement dit un financement indirect, par le biais de l’exonération des droits de mutation lorsqu’il s’agit de « posséder et administrer tout immeuble acquis à titre gratuit », et donc y compris un patrimoine immobilier lucratif, alors que jusque-là il devait être en lien avec le culte. Le même projet de loi évite également désormais aux associations cultuelles de déclarer leurs rapports avec les décideurs publics, bref de pratiquer leur lobbying à l’abri des regards. Quand on voit que le JO du jeudi 7 décembre nous apprenait que 10 millions d’euros ont subrepticement été prélevés sur les crédits de l’enseignement secondaire public pour être redirigés vers l’enseignement privé, on n’ose imaginer la suite. Il n’aurait pas non plus trop fallu s’étendre sur la grotesque « liste noire » de 17 paradis fiscaux rendue publique le 5 décembre par l’Union européenne. Outre les absents comme la Suisse, il ne faudrait pas trop noter que n’y figure aucun pays de l’U.E., quand bien même Malte, le Luxembourg, l’Irlande ou encore Les Pays-Bas ont été récemment épinglés avec les Paradise papers. Mais… un doute m’étreint. Ces faits ne seraient-ils pas intervenus avant la mort de notre Johnny ? Mais que diantre les médias n’en ont-ils pas parlé alors, étant entendu qu’au-delà du 6 décembre, mort de l’idole, pas même la reconnaissance implicite de Jérusalem comme capitale d’Israël par Les Etats-Unis ne pouvait avoir décemment droit de cité au pays de l’info. Voilà pourtant un pays, les Etats-Unis d’Amérique (oui oui un pays, Donald Trump ne faisant qu’entériner une décision prise en 1995 par M. Clinton!), qui foule aux pieds l’ONU et le droit international et qui menace l’équilibre fragile au Proche et Moyen-Orient et au-delà.

Ah, les médias, leur déontologie et leur fameuse « ligne éditoriale » (si chère à Mme Salamé pour justifier les pseudo-débats sur le Venezuela), paravent de toutes les médiocrités. La sphère médiatique se consacre au spectacle avant que de s’intéresser à l’information. Il faut dire que les politiques ne les aident pas. Sur proposition du Président de l’Assemblée nationale, les députés se sont levés mercredi 6 décembre pour une ovation debout à Johnny Hallyday, passant outre notamment son passé et son passif d’exilé fiscal (mais il paraît que c’est très tendance actuellement d’être parmi les premiers de cordée), et mélangeant allègrement les genres au point de succomber à la politique spectacle. Tiens, il paraît que c’est l’Elysée qui a directement pris en main la cérémonie d’hommage ce samedi et que le Chanoine de Latran Macron prêchera en l’église de La Madeleine pour le défunt. Les médias verront alors leur sujet de prédilection servi sur un plateau. La politique spectacle est définitivement plus proche du spectacle que de la politique.

François Cocq

NdA : Suite aux réactions sur sa prise de parole prévue en l’église de la Madeleine, le Président de la République a finalement renoncé et parlé devant. J’imagine qu’il faudrait s’en contenter…

2 commentaires sur “La politique spectacle comme cache-misère

  1. pierre dit :

    Overdose ! Dimanche matin, sur France-Inter, bis repetita placent … hommage à l’exilé fiscal par Jack Lang himself. Notre perpétuel Ministre de la Culture a botté en touche, lorsque le journaliste lui fait remarquer que quand même … l’exil fiscal, les démélés avec la justice … est-ce bien de faire l’impasse …
    Notre Jack Lang, à qui nous devons avec Fabius, la défiscalisation des oeuvres d’Art, y compris les trucs « foutage de gueule » de l’Art Moderne, perd un peu pied et se réfugie derrière la vérité que les historiens devront établir, parce que lui, Jack Lang, Ministre de tutelle perpétuel de la Culture, n’est pas au courant, donc pas en mesure de commenter … Comme hypocrisie et faux-culterie, on n’a pas encore trouvé mieux !
    Aurore Berger, LRM de combat, attaque Mélenchon à nouveau sur le Vénézuela, pour faire à nouveau diversion ! Je me souviens néanmoins d’une phrase de notre « Jupiter » national qui déclamait en gros, lorsque l’on lui fit le reproche de ne pas avoir abordé la question des droits de l’homme au Quatar et dans les émirats, qu’il n’avait pas pour vocation de se préoccuper de la politique intérieure d’un pays souverain … Il se peut que Aurore Berger n’ait pas eu vent de cette déclaration et il serait peut-être judicieux de la lui rappeler !
    Bref, nous en sommes là ! Dans le temps, il y a encore peu, la référence journalistique était Hubert Beuve-Méry … aujourd’hui nous en sommes à Léa Salamé. Cherchez l’erreur.

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  2. romaneyoctave dit :

    Beuve-Méry était en son temps une référence vaticane et européiste. Finalement en avance et déjà prêt pour les mauvais coups.

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