L’année démocratique à blanc

Chronique du 15 décembre pour L’Heure du peuple

L’année se termine comme elle avait commencé : par une crise de la représentation politique que l’élection présidentielle a tout sauf résolu.

Souvenez-vous. En janvier, la campagne présidentielle basculait dans l’affaire Fillon. Ce qui frappait alors, c’était la déconnexion des responsables politiques d’avec la réalité. Après que sous Hollande un ministre n’a pas vu ce qu’il y avait de répréhensible à avoir des comptes en Suisse, après qu’un secrétaire d’Etat ne s’est pas senti tenu de payer ses impôts, et combien d’autres encore, un candidat à la plus haute fonction de l’Etat se révélait dans l’incapacité de prendre la mesure des avantages induits conférés à sa famille et l’enrichissement qui en résulte. Les passe-droits étaient assimilés à la règle générale à défaut d’être répréhensibles par la loi. A l’heure de se confronter au suffrage des citoyen.ne.s, deux mondes distincts se faisaient face.

C’était il y a une éternité, c’était hier, car depuis rien n’a changé. La crise de la représentation en politique perdure. L’ancienne cuisine repeinte à l’occasion de l’élection traîne avec elle les mêmes casseroles. Après le non-lieu de M. Ferrand qui ne lève aucun doute sur le fond, tandis que sommeille l’enquête sur les pratiques de Mme Pénicaud pour organiser la campagne de M. Macron à Las Vegas, le retour des conflits d’intérêts ou des montages juridiques discrets par les nouveaux députés LREM pour employer les leurs sonnent comme autant de recyclages des vieilles pratiques. La loi sur la moralisation de la vie publique adoptée au cœur de l’été n’était qu’un écran de fumée. En cette fin d’année, c’est au tour d’une des prises de guerre de M. Macron, le député Solère rallié de LR, d’être à nouveau sur le devant de la scène. Il est depuis septembre 2016 sous le coup d’une enquête pour fraude fiscale, blanchiment, corruption, trafic d’influence et recel d’abus de biens sociaux.

Mais le Canard Enchaîné vient de révéler que, connivence entre gens de pouvoir aidant, il s’est cru autorisé à demander au printemps et en toute impunité des éléments sur celle-ci au garde des sceaux PS de l’époque M. Urvoas. Lequel n’a rien trouvé de mieux que les lui fournir. Si le second voit la cour de justice de la République être saisie de son cas, l’attitude du premier révèle encore un peu plus le phénomène de caste qui lie ceux-là et entrave la société. Mais la crise de la représentation bute aussi sur la déconnexion criante entre les réalités du quotidien des Français.es et la vision que s’en fait une frange non représentative qui occupe pourtant aujourd’hui la majorité des bancs de la nouvelle assemblée. Qu’une député LREM se plaigne de devoir « manger des pâtes » du fait de la faiblesse supposée de son indemnité ne traduit pas un simple mépris à l’égard de ses mandants. Cela rend cette députée sinon illégitime du moins inapte à légiférer au nom du peuple français car elle est n’en connaît pas une once de sa réalité. La crise de la représentation ne se contente plus alors d’être « morale », champ auquel M. Macron aurait voulu la cantonner, mais politique, par les effets pervers qu’elle induit sur les politiques votées.

L’année 2017 aura au final vu s’approfondir la crise démocratique. En feignant de s’attaquer à celle-ci et en se contentant de proposer un renouvellement, tout relatif d’ailleurs, du personnel politique, sans toucher ni au cadre institutionnel ni aux politiques suivies, M. Macron a au contraire alimenté plus profondément encore le discrédit qui pèse sur la représentation. Rattrapé par la patrouille, il peut bien aujourd’hui mettre à l’index untel et untel pour éviter d’être politiquement éclaboussé. Mais couper des branches n’y fera rien. C’est la sève démocratique qui s’est tarie. Et qui ne pourra reprendre vie qu’avec une politique conforme aux intérêts du peuple dont on a constaté cette année qu’elle ne pouvait être placée qu’entre les mains du peuple lui-même et en aucun cas déléguée à qui que ce soit, fût-ce sous couvert de modernité.

François Cocq

2 commentaires sur “L’année démocratique à blanc

  1. raimanet dit :

    A reblogué ceci sur Raimanet.

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  2. Meimon dit :

    Superbe texte qui reflète une réalité qui fait peur à ceux qui ne se plaignent pas de devoir manger des pâtes. …un jour viendra où on nous dira s’ il n’y a plus de pain vous n’ avez qu’à manger de la brioche….Marie antoinette tenait de tels propos au peuple affamé. ..elle a mal fini.Nous on ne baissera pas la tête nous devons entrer en résistance .

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