L’érosion démocratique s’accélère

Ma chronique du vendredi 2 février pour L’Heure du Peuple

Le week-end dernier, deux élections législatives partielles, les premières du quinquennat Macron, ont donné par le niveau extrême qu’a atteint l’abstention un aperçu de la dynamique civique à l’œuvre : 70,5 % d’abstention dans le Val-d’Oise et même 79,7 % d’abstention dans le Territoire-de-Belfort. En chiffres inversés, cela fait tout juste respectivement 29,5 % et un famélique 20,3 % de participation. Un électeur sur cinq !

« C’est habituel, ce ne sont jamais que des partielles » entends-je déjà répliqué. Dont acte. Pour en avoir le cœur net, j’ai donc été jeter un œil sur les élections législatives partielles intervenues à une période similaire en métropole lors des précédentes législatures.
Durant la première année du mandat de François Hollande, quatre élections législatives partielles se sont déroulées en France métropolitaine. L’abstention était en moyenne de 62,7%. Lors des douze premiers mois d’exercice de Nicolas Sarkozy, quatre partielles ont là aussi eu lieu avec une abstention moyenne s’élevant à 65,9%. Quant à la période Chirac, histoire de commencer avec le début de ce siècle, l’abstention moyenne atteignait 61,1 % sur six partielles. Pour l’heure, elle est de 75,1 %pour les huit premiers mois du quinquennat Macron.

Dans le détail, le constat reste le même. L’abstention enregistrée dans le Territoire de Belfort n’avait jamais été atteinte auparavant dans la première phase du quinquennat. Seules deux partielles avaient connu plus de 70 % d’abstention, dans le Val-d’Oise en 2007 suite au remplacement de Dominique Strauss-Kahn parti au FMI, et dans le Val-de-Marne en 2012 dans un duel entre les droites à Saint-Maur-des-Fossés. Peut-être faut-il d’ailleurs voir là une raison à l’abstention enregistrée ce 28 janvier, les citoyens étant finalement déjà démobilisés par cette guerre des droites LR-EM.

Ce qui est plus notable encore, c’est que les taux d’abstention enregistrés ce week-end n’apparaissent d’ordinaire que dans la deuxième moitié du quinquennat. Lors de la période Sarkozy, ce saut de 10 points supplémentaires d’abstention intervient au bout de deux ans. Pareil pour le quinquennat Hollande. Les taux d’abstention actuels ne s’étaient retrouvés qu’à l’occasion des partielles de 2016 soit en toute fin d’un mandat que le président et sa majorité achevaient carbonisés. Cette fois la politique de M. Macron porte quasi instantanément l’abstention à son paroxysme. C’est une usure immédiate de la démocratie, comme un vice de fabrication.

Il faut dire que M. Macron n’avait pas lésiné durant sa campagne pour se présenter comme un élément régénérateur de la vie publique et pour affirmer qu’il redynamiserait l’implication citoyenne. Huit mois après et une loi sur la moralisation de la vie publique estampillée « loi restaurant la confiance dans l’action publique » plus loin, le constat est sans appel : M. Macron a échoué sur ce sur quoi il était d’abord attendu par beaucoup de ceux qui de bonne foi ont fait mouvement vers lui. Sa principale promesse de campagne est à l’eau. « A quoi bon aller voter ?» continue de penser le grand nombre.

Alors bien sûr le signal envoyé par les électeurs n’est pas encore qu’ils veulent sanctionner M. Macron. Leur grève civique traduit pour l’instant plus leur résignation et leur dépit. Mais elle indique aussi que le processus destituant se prolonge par-delà l’élection présidentielle. Et se prolongera jusqu’à ce que les citoyens, après avoir éliminé tous les autres, fassent leur le bulletin de vote dégagiste. Celui de La France insoumise, en confortant l’implantation du mouvement lors de ces partielles, est déjà le dernier en lice.

François Cocq

4 commentaires sur “L’érosion démocratique s’accélère

  1. Ricardo dit :

    Il faut aussi prendre en compte dans ce fort taux d’abstention le fait qu’il y a une majorité pléthorique de LREM et quel que soit le vote des citoyens la majorité ne basculera pas et qu’il n’y a donc aucun enjeu aux yeux de certains électeurs et donc pu de motivation .
    Je pense que c’est une erreur car en votant même à une élection partielle un message est envoyé à la majorité en place surtout si on la conteste évidemment !

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  2. pierre dit :

    Un de mes amis disait avec philosophie : « on ne peut pas forcer les gens au bonheur ». Les élections présidentielles, dans lesquelles les vrais sujets ont été volontairement falsifiés, voire escamotés, avec l’aide des médias « aux ordres » de la classe dirigeante, ont fait un travail remarquable afin de minimiser le programme de la F.I. Que le programme, étudié, calculé, n’ait pas pu prendre pied au delà des 20 % recueillis à cette parodie d’élection, où tout à été organisé afin que le F.N. soit présent au deuxième tour, ce n’est pas un hasard. Aujourd’hui, ça continue et la F.I. est le « vilain petit canard » même dézingué par le gentil « Canard », le volatile, comme l’appelait feu Charly (de Gaulle), sans oublier les « journalistes passe-plats » en poste à la télé et dans les radios. Mais allez supprimer un match de foot ou un match de tennis ou le fameux rallye « Dakar » qui pollue et qui flingue la nature … là vous aurez la révolution dans les rues ! Pauvre France et pauvre jeunesse qui ne se rend pas compte à quel point leur avenir se joue en ce moment. Nous les vieux, avons fait le job et faisons encore ce que nous pouvons. Mais il faudrait aussi que les jeunes se bougent un peu plus qu’à l’heure actuelle et qu’ils oublient les face de bouc et les « like » et internet. Ce n’est pas facile non plus pour eux, mais ça ira de pire en pire s’ils ne réagissent pas !

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  3. henthouarn dit :

    Jupiter est satisfait, ceux « qui ne sont rien » s’abstiennent: c’était, j’en suis sûr, son véritable objectif, de même que le Traître HOLLANDE n’a jamais considéré la Finance comme son ennemi. Qui est allé rassurer la City en janvier 2012 après le discours du Bourget? Eh oui, MACRON déjà!
    Monsieur COCQ, ne soyez pas si catégorique au sujet de la FI vous risquez de tomber de (très) haut. Priez plutôt pour que le PCF, tel le Phénix, renaisse de ces cendres! Dites-vous bien qu’on abat plus facilement un seul adversaire que plusieurs, ne l’oubliez jamais.

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  4. […] Mais nonobstant les foules en délire à Dakar, dans les deux circonscriptions métropolitaine, Macron s’est pris une taule électorale. La sanction est nette, quel que soit le côté par lequel on examine le résultat. C’est un évènement. Il est parlant. Ici la sanction touche plus profond qu’il y parait. Car au-delà des aspects partisans, la réalité sous-jacente de ce contexte compte autant que le résultat lui-même. La voici : jamais de toute la cinquième République des élections partielles survenant si près de l’élection présidentielle n’ont atteint un tel niveau d’abstention. […]

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