La grande coalition dévale la pente

Chronique du 23 février pour L’Heure du peuple

J’ai déjà eu l’occasion d’évoquer dans ces chroniques la paralysie démocratique que génèrent désormais les gouvernements de type grande coalition. Béquilles des social-démocraties européennes et gardiens du temple du bipartisme, ceux-ci se sont généralisés au tournant des années 2010. Au point qu’en 2014, 16 des 28 pays de l’Union européenne étaient dirigés par des gouvernements de ce type. Depuis, celles et ceux qui se sont engagés dans de tels mécanos politiciens sur la base de la soumission aux politiques européennes ont été sanctionnés dans les urnes. En résultent les situations de paralysie démocratique que nous avons connues ces derniers mois en Italie ou en Autriche, ou que nous connaissons encore aujourd’hui en Espagne …et en Allemagne.

Le cas allemand mérite d’être regardé avec une grande attention car l’usage du gouvernement de grande coalition fait dévaler la pente démocratique en accéléré. Pour mémoire, les combinards Angela Merkel (CDU), Horst Seehofer (CSU) et Martin Schulz (SPD) sont sortis très affaiblis élections du 24 septembre 2017. Chacun des trois partis a obtenu son score le plus faible depuis 1949. A eux trois, CDU, CSU et SPD totalisaient 53,4% des voix, soit 13,8 points de moins qu’aux législatives de 2013. S’en sont suivis des mois sans gouvernement avant que la CDU de Mme Merkel et le SPD de M. Schulz se résolvent en janvier 2018 à un énième compromis pourri, abandonnant notamment toute ambition en matière de transition énergétique.

Depuis, tout part à vau l’eau. Martin Schulz qui négociait son poste de ministre des affaires étrangères a été mis en minorité dans son parti et contraint à quitter la direction du SPD. Pendant ce temps, son collègue Olaf Scholz se place pour succéder à Wolfgang Schäuble au ministère des Finances et garantir l’équilibre des comptes budgétaires si cher aux conservateurs. Naturellement, le SPD se disloque sur fond du vote interne, organisé du 20 février au 2 mars, de ses quelques 450.000 adhérents devant ratifier ou non la participation au gouvernement de grande coalition : il n’est pas sûr qu’à l’annonce des résultats (le 4 ou le 5 mars), la base du SPD n’ait pas refusé la direction prise par ses dirigeants, marquant ainsi une étape supplémentaire de l’effondrement de la social-démocratie allemande.

Alors tout est bon pour mettre au pas les militants. Et notamment en ce début de semaine un sondage de l’institut Insa pour le journal Bild, qui place pour la première fois depuis la seconde guerre mondiale l’extrême-droite de l’AfD devant le SPD (16% contre 15,5%) ! Mais il faut aussi noter que le total CDU/CSU + SPD continue à chuter et devient minoritaire à 47,5 % ! Même la grande coalition ne serait plus suffisante pour disposer d’une majorité à la chambre en cas de nouvelles élections législatives !

Ne nous y trompons pas : il n’y a là rien de réjouissant tant l’échec des gouvernements de grande coalition, résurgence de Bruxelles dans las cadres nationaux, participent partout en Europe de la remontée des extrêmes-droites : c’était le cas en Autriche et en Italie après de pareils processus, c’est désormais le cas en Allemagne. Ajoutez-y la Hongrie, la Pologne ou encore la Bulgarie et le spectre qui hante l’Europe ne manque pas de se matérialiser au fil de l’eau.

Les grandes coalitions se voulaient être un amortisseur à l’effondrement de la social-démocratie et dans une moindre mesure de la démocratie chrétienne. Elles sont en train de rompre. Quelle qu’en soit leur forme, laisser-aller-espagnol, fusion allemande ou macronisme vampirisateur en France, c’est le fond des politiques de soumission aux traités européens qui les discrédite. Dès lors La coalition européenne des grandes coalitions se conjugue déjà au passé. Car pour M. Macron, qui plus encore que sur l’Allemagne avait misé sur Mme Merkel pour rassembler autour du couple qu’il entend fonder avec elle afin d’enraciner l’ordo-libéralisme à l’échelle du continent, l’échec de la grande coalition serait aussi celui de sa vision de l’Europe.

François Cocq

Analyse à retrouver dans :  Alerte à la souveraineté européenne, la chimère de Macron contre la souveraineté populaire, François Cocq, mars 2018, chez Eric Jamet Editeur

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3 commentaires sur “La grande coalition dévale la pente

  1. Marco dit :

    L’ordo libéralisme bien sur avec une dosse d’hypocresie et une bonne proportion d’inhumanité tout ceci pour sacrifier le peuple à l’image de la Grèce

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  2. Jean Paul dit :

    Moralité en filigrane : sortons de cette EUROPE, et vite ! Avant que les British ne la réintègrent au mépris du référendum qui a conduit au Brexit. Cessons, « toute affaire cessante », de faire semblant de croire que cette Europe des hyper-riches serait amendable.

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  3. Jean dit :

    Merci pour ce texte, cher François Cocq, je me permettrais d’ajouter ceci, qu’importe que la coalition CDU/CDU+SPD tombe, parce que revient la tentation fasciste qui à nouveau donnera à la très grande bourgeoisie et au Capital l’assurance de l’écrasement des salaires en Europe et par l’affaiblissement des réelles forces syndicales de combat l’expansion du taux de profit.

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