Lettre ouverte à M. Hulot : il y a loin de la coupe au vert

M. le ministre, le 24 février, dans le JDD, vous lâchiez cette formule qui se voulait péremptoire : « On me critique mais moi j’agis ». Ayant la faiblesse de me considérer à mon modeste niveau d’élu local, et à ce titre de président d’un établissement public de géothermie, comme une puissance agissante, je me permets donc de vous exprimer bien plus que mes critiques, ma colère. Celle-ci résulte des blocages que suscite votre politique pour la puissance publique qui souhaite s’engager avec détermination et conviction pour les énergies renouvelables et la transition énergétique.

A Champigny-sur-Marne (94), nous sommes engagés de longue date dans la transition énergétique. L’établissement public de géothermie (EPCG) chauffe depuis 30 ans l’équivalent de 7200 logements : chaque année, ce sont ainsi 13.000 tonnes de CO2 que l’on évite de déverser dans l’atmosphère. Mieux : le 1er septembre 2016, l’EPCG a mis fin à la délégation de service public (DSP) et repris la géothermie en gestion directe. Un an et demi après, le bilan parle de lui-même : continuité du service-public sans coupure de chauffe, tarifs défiant toute concurrence (moins de 50€ du MWh), optimisation de la géothermie dans le mix énergétique (de 63,5% à 71%), baisse de la part de gaz utilisé (de 22% à 12%), mise en place d’une relation nouvelle et directe avec les abonnés et désormais les usagers pour permettre l’appropriation citoyenne des enjeux sociaux et écologiques de la gestion énergétique, et bien sûr une hausse des investissements et de la maintenance préventive pour moderniser le réseau grâce à une rigueur de gestion réinvestie uniquement dans la qualité du service et non en dividendes. Au point que ce 13 décembre dernier, l’EPCG recevait pour la première fois le label éco réseau. Bref c’est bon pour l’environnement, c’est bon pour les usagers !

Volontaires et décidés, nous souhaitons continuer à aller de l’avant et travaillons au lancement en 2020 d’un second réseau de chaleur géothermique sur la ville, d’une envergure équivalente voire supérieure au premier. Mais cela a un coût : aux alentours de 35 millions d’euros. Imaginez que ce n’est pas rien pour une ville populaire comme Champigny, et plus encore à l’heure où les baisses de dotation successives visent à éteindre l’action locale dès lorsque celle-ci ne rentre pas dans le cadre de la seule politique acceptée : la soumission aux puissances de l’argent. Toutes les études préalables montrent pourtant qu’un montage 100% public est non seulement économiquement viable mais aussi d’intérêt social, la concession au privé augmentant les prix de sortie de 30% ! Avec mon équipe, nous nous sommes donc attelés à la tâche.

Nous pensions pouvoir bénéficier de l’enveloppe spéciale transition énergétique (ESTE) mise en place par la loi de 2015 relative à la transition énergétique pour la croissance verte. Quelle ne fût pas notre surprise de constater la disparition de cette mission, votre gouvernement ayant décidé de n’honorer que 475 des 750 millions d’euros initialement inscrits, et encore sur les seuls projets engagés avant le 31 décembre 2017. Raté pour nous donc.

Nous pensions également bénéficier du prêt à taux bonifié pour la croissance verte de la part de la caisse des dépôts et consignations (CDC). Un tel prêt « croissance verte », pouvant couvrir jusqu’à 50% du prêt nécessaire à la construction de notre second réseau, aurait dû être au taux du livret A + 0,75 % et non taux du livret A + 1% comme c’est traditionnellement le cas. Mais à compter de ce mois de mars, la CDC, répondant à la politique de l’Etat en la matière, a supprimé cette bonification.

Nous pensions pouvoir bénéficier d’une aide conséquente de la part du fonds chaleur de l’Agence  de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME). Or nous avons appris qu’au 1er janvier 2018, ce qui hier étaient des subventions devenaient des « avances remboursables ». Bref que l’Etat ne met plus la main au pot. Par ailleurs, nous constatons que non seulement ce fonds chaleur est gelé, mais surtout que ses crédits ont été réorientés au bénéfice d’un lissage sur le prix du gaz des prix de sortie des réseaux de chaleur renouvelable au détriment de l’aide à l’investissement initialement prévue pour les réseaux d’énergies renouvelables. Ce faisant, c’est une aide déguisée au privé qui est dilapidée : les collectivités ambitionnant de construire un nouveau réseau se tournent vers le privé du fait d’un prix jugé trop élevé et d’un déficit d’aides publiques ; cela entraîne un surcoût de montage et donc une augmentation du prix de sortie de l’énergie ; celui-ci apparaît alors supérieur à celui du gaz nécessitant un lissage par le fonds chaleur pour être concurrentiel. La boucle est bouclée. Car dans le même temps, avec le montage 100% public que je préconise, le montant de sortie de la chaleur que nous obtiendrions serait inférieur à celui des réseaux en concession et ne nous permettrait pas d’obtenir d’aide au financement. Absurde !

M. le Ministre, vous affirmez agir pour la transition énergétique. Je vous ai donc pris au mot. Et comme vous pouvez le constater, il y a loin de la coupe au vert puisque c’est votre gouvernement et la politique qu’il déploie qui entravent la volonté de celles et ceux qui s’engagent concrètement en ce sens sur le terrain. Je ne glisserai pas sur un terrain polémique pour envisager les raisons qui peuvent expliquer cela, que ce soit la soumission au lobby du nucléaire, la dévotion devant les intérêts privés ou que sais-je encore. J’affirme en revanche que la volonté politique doit forcer la décision dès lors que c’est l’intérêt général de la planète et donc l’intérêt général humain qui est en jeu. Et que la puissance publique, outil de l’intérêt général, est la plus habilitée à porter cette bifurcation avec efficacité. Ce n’est malheureusement pas la voie que vous avez choisie. Il n’est jamais trop tard pour bien faire et les collectivités locales en général, Champigny-sur-Marne en particulier, attendent des réponses concrètes pour mettre en oeuvre la politique en matière énergétique que vous vantez en parole mais que, ne vous en déplaise, vous empêchez par votre action.

François Cocq

Adjoint-au-maire de Champigny-sur-Marne (94) en charge des énergies renouvelables

Président de l’Etablissement public campinois de géothermie (EPCG)

4 commentaires sur “Lettre ouverte à M. Hulot : il y a loin de la coupe au vert

  1. Ricardo dit :

    J’ai toujours considéré Hulot comme un imposteur de l’écologie les faits me donne raison ! Personnalité préférée des français mais par la grâce de qui ? La question mérite d’être posée !

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  2. pierre dit :

    M. Hulot est en vacances ! Néanmoins, nonobstant le film de J. Tati qui est un vrai chef-d’oeuvre, on ne peut pas être adoubé par des entreprises comme EDF et d’autres spécialistes du Co2, tout en ayant gardé une fibre pseudo-écolo, pour la galerie. Tant que ça rapporte, on est même prêt à accepter l’inacceptable. Comme dit Ricardo : « personnalité préférée des français » … sur quel critère et décidé par quel organisme ? Posons nous la question !

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  3. senevat dit :

    On peut personnaliser les mesures de Hulot il faut le faire mais n’oublions pas qu’il est dans un gouvernement dont il peut en sortir , certes . Ce gouvernement n’est pas là pour s’occuper des villes comme Champigny il est au travail pour enrichir les riches sur le dos de tous les autres. Hulot n’est qu’un instrument docile mais que cherche t’il ?????????????????

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  4. henthouarn dit :

    Hulot agit, dit-il. On aimerait savoir en quoi consiste son action!

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