Hamon : faiblesse de l’habitude

J’ai lu l’interview de Benoît Hamon dans le JDD ce matin. A dire vrai, j’ai même bravé la neige pour aller acheter le journal car en découvrant le teasing sur internet, je me suis demandé ce qu’une fois encore il nous voulait, à la France insoumise s’entend. Et j’avoue que cet entretien m’a atterré par son caractère politicien.

L’unique objet de la prise de parole du candidat socialiste à la présidentielle est en effet de chercher à isoler La France insoumise. Ainsi, dès la 3e question, alors que la question est « Allez-vous manifester le 22 mars? », le voilà qui embraye sans qu’on lui ait rien demandé sur LFI : « J’appelle donc les dirigeants de La France insoumise à mettre entre parenthèses leur stratégie solitaire pour ajouter leurs forces à la mobilisation unitaire ».

Ce que fait Benoît Hamon n’est ni bien ni respectueux. Ce n’est pas bien car pour des intérêts de boutique il exacerbe les différences d’approche voulant mettre tout le monde au pas derrière lui et la pseudo « unité politique à gauche » qu’il fétichise sans se demander dans quelle mesure et jusqu’à quel point elle est ou non rassembleuse. Et au nom de cela, il use des pires artifices car contrairement à son mouvement qui n’a pas encore signé l’appel des partis pour la SNCF, le groupe parlementaire La France insoumise a lui déjà publié un communiqué pour soutenir toute initiative d’union. Cette méthode n’est donc pas respectueuse de ce qu’est la France insoumise et est surtout contreproductive car Benoît Hamon prend le risque d’affaiblir la mobilisation en cherchant à donner à voir artificiellement des dissensions.

D’autant que Benoît Hamon est moins loquace lorsqu’il s’agit de s’attaquer à la politique du gouvernement : « Quel jugement portez-vous sur les dix premiers mois d’Emmanuel Macron ? » Réponse en trois phrases desquelles on ne retient que « l’indifférence aux inégalités » du Président. « L’indifférence » ! On a vu mieux pour caractériser la brutalité sociale, politique et institutionnelle de la politique de M. Macron ! S’en suit : « Quelle est votre position sur la réforme institutionnelle et l’éventualité du référendum ? » Cette fois, on a droit à deux lignes, la question est plus longue que la réponse.

S’il fallait encore se convaincre de la cible réelle de Benoît Hamon, la suite la confirme. Il revient en effet aussitôt sur LFI sur la question européenne, usant sans sourciller de la caricature pour mieux  : « Je ne fais pas partie de ceux qui pensent que la reconquête des classes populaires passe par l’abandon de l’Europe […] Nous avons un désaccord stratégique car LFI envisage sérieusement une sortie de la France de l’euro et de l’Union européenne ».

Bien sûr j’ai sur la question européenne un désaccord de fond avec Benoît Hamon. Celui-ci propose de « transformer le Parlement européen en Constituante ». Autant je suis un ardent partisan d’une Constituante en France pour que le peuple puisse se refonder, autant je m’inscris en faux avec la proposition de Benoît Hamon. Une Constituante au niveau européen postule de fait l’existence préalable d’un peuple européen qui n’est pas. A défaut, elle vise à le créer ex nihilo de manière artificielle, engendrant alors un transfert de souveraineté et de légitimité du cadre national vers le cadre européen. Cette proposition brille surtout par sa macrono-compatibilité, rejoignant sur le fond la souveraineté européenne prônée par le président de la République. N’en déplaise à Benoît Hamon, elle réduit aussi considérablement son espace futur lors des prochaines européennes mais je n’ai pas vocation à me mêler des orientations qui sont les siennes. 

Tout cela fait beaucoup. D’autant que Benoît Hamon a choisi le JDD pour livrer sa charge. Il faut dire que la mise en scène est terrible : Macron, comme toujours ou presque figure en Une. S’en suivent quatre pages d’apologie du macronisme,la mise en lumière de la droite et de Larcher comme principal opposant, et bien sûr Benoît Hamon qui vient servir la soupe pour taper sur La France insoumise. Pour un peu il passerait pour l’idiot utile de la macronie…

Cette interview m’a surtout rappelé ces récits que son directeur de campagne à la présidentielle Mathieu Hanotin publie dans Libération. Il n’y est jamais question de ce que le candidat Hamon pensait devoir faire pour susciter une dynamique populaire mais uniquement de pseudo tactique pour créer des chausse-trappes pour celui qu’il considérait non pas comme son concurrent mais bien comme son adversaire dans son propre camp : Jean-Luc Mélenchon. Ces carnets de campagne donnent à voir au fil de l’eau un petit monde  replié sur lui-même.  Un an a passé et force est de constater que Benoît Hamon n’en est pas sorti. Preuve en est qu’il ne suffit pas de quitter le PS pour en perdre les mauvaises habitudes.

6 commentaires sur “Hamon : faiblesse de l’habitude

  1. pierre dit :

    Ces sociaux-traitres sont décidément indécrottables. Que ce soit sur l’OTAN, sur la politique européenne de démission et de l’alignement sur la Finance aux thèses Thatchériennes (There is no alternative), aux porteurs de valise de l’administration U.S., tout est à l’avenant !
    L’important ce n’est plus la rose, mais de dézinguer tout ce qui ne peut pas penser comme les godillots macron-compatibles. L’important c’est de tirer sur tout ce qui ne pense pas comme les 6 % des survivants d’un P.S. moribond, à force de courir après les compromissions pourries du grand capital et des places bien rémunérées. Ce parti avait toutes les cartes en main, toutes régions. Il était majoritaire même au Sénat ! Qu’en est-il advenu de ce parti de « gôche » ?
    Qui divise aujourd’hui ? Qui se la joue « perso » ? Les écolos, avec quasi 0 % étaient présents dans les rangs du gouvernement Hollande. Aujourd’hui, enfin les quelques rares qui ont encore conservé leurs idéaux, rament à contre-courant de M. Hulot (en vacances). Mais ça ne fait pas une armée d’opposants non plus, puisqu’au moment des votes, ils s’abstiennent. Les autres « camarades » du PC, essayent de sauver ce qui reste de leur parti, qui fut naguère puissant, écouté, respecté, grâce à des gens comme Georges Marchais, M.G. Buffet, Jack Ralite, Fiterman (je ne suis pas sûr de l’orthographe) et surtout Ambroise Croizat, père de la Sécurité Sociale ! Mais depuis que Mitterrand – et je déplore l’idolâtrie de Jean Luc Mélenchon envers ce personnage tout de même très particulier et calculateur – a tué le P.C., pour la gauche dans son ensemble, ça va très mal. La reconstruction de cette gauche, grâce en particulier à l’action de la F.I. est difficile, mais nous y arriverons. En attendant, il faut s’armer et rendre les coups sans faiblir. Ce n’est pas toujours facile non plus, surtout lorsque les attaques viennent aussi de l’intérieur et de ceux que nous imaginions nos soutiens, à défaut d’être nos amis.

    J'aime

    • Vincent Brunetaud dit :

      Très bien résumé, Pierre, rien à rajouter. La route sera longue pour reconstruire une gauche (je tiens à ce mot contrairement à certains) qui redonne l’espoir. Reste que l’abrutissement par les médias et la dépolitisation du citoyen lambda depuis une 30aine d’années ont fait beaucoup de dégâts dans la cohésion de notre société, transformant les citoyens en consommateurs endormis par le bagout du premier VRP de chez Rothschild venu. Le réveil est brutal car les conséquences du « penser printemps » ressemblent beaucoup à un lendemain de gueule de bois. Les idées ne sont pas encore très claires mais la rage monte. Et pour que cette rage, que j’entends un peu partout, se transforme en révolte construite, il va falloir beaucoup d’énergie, mais nous n’en manquons pas.

      J'aime

  2. Pantigny Sylviane dit :

    Belle analyse du comportement d’un petit monsieur qui endosse à merveille le masque du candide mais qui comme tout bon socialiste n’est qu’un traître. Il n’est pas le seul, Pierre Laurent, O. Besancenot lui emboîtent le pas. La raison de fond est que JLM et la FI veulent casser le système, ce que redoutent par dessus tout, tout ce joli monde d’entre soi qui ne vise que des places et des fonctions pour eux mêmes et ne pensent absolument plus au peuple. Mais le peuple est plus clairvoyant qu’ils ne le pensent. Ils ne vont pas tarder à s’en apercevoir !

    J'aime

    • henthouarn dit :

      Communiste, je déplore les ambiguïtés (pour ne pas dire plus) de mon Parti tantôt avec tantôt contre les sociaux-traîtres par opportunisme. Il faut se dire franchement ce qu’on pense les uns des autres, c’est indispensable pour construire sur des bases saines. Ainsi l’arrogance, la suffisance de certains cadres de la FI qui pensent que tout ce qui à Gauche n’est pas la FI a disparu ou doit disparaître définitivement. C’est faire le jeu de MACRON qui vaincra plus facilement un seul adversaire que plusieurs. C’est pourquoi par moments il semble faire grand cas de la FI et jamais des autres!

      J'aime

  3. Blin Florence dit :

    J’ai laissé le commentaire suivant sur le site de BH :

    Monsieur Hamon, considérez votre niveau intellectuel et cessez de harceler Jean-Luc Mélenchon à travers toute la presse.

    J'aime

  4. Shinka dit :

    Benoit Hamon aussi insignifiant qu’inutile. Ce bonhomme n’a pas encore eu qu’il a eu son quart d’heure de gloire et que maintenant c’est fini.

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s