« Au nom de la souveraineté populaire, chaque peuple libre est donc fondé à désobéir à ces traités »

Interview au journal Première Heure publiée le 23 mars. Propos recueillis par M. Hervé Guénot

PH : Vous estimez dans votre livre que le Président Macron en définissant le concept de souveraineté européenne vide de son contenu le concept de souveraineté populaire. Qu’entendez-vous par là ?

FC: La notion de souveraineté désigne ce qui est « au-dessus des autres dans son genre ». C’était au départ le souverain, le monarque. En France, dans le prolongement de Rousseau notamment, l’idée républicaine a conduit d’un côté à faire du peuple le détenteur inaliénable de la souveraineté, et de l’autre à définir la Nation en tant que corps politique, et non pas ethnique ou que sais-je encore. De là découle le primat de la souveraineté populaire et la définition du cadre dans lequel elle est la plus à même de s’exprimer, le cadre national.

La souveraineté européenne, en s’affranchissant du cadre national, postule l’existence d’un peuple européen qui n’existe pas. Ses partisans usent donc d’un mythe pour se défaire de cette souveraineté populaire et de ces peuples qui s’avèrent si récalcitrants à la potion libérale qu’on entend leur imposer.

2) Cette offensive contre la souveraineté populaire est-elle une offensive concertée des milieux européens? Frans Timmermans, travailliste, vice-président de la Commission européenne, a expliqué sur Europe n°1 qu’ «il faut réinventer la souveraineté à l’échelle européenne»?

L’Union européenne se construit depuis des décennies contre la souveraineté populaire. Au point qu’en janvier 2015, le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker assénait : « Il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens ». La souveraineté européenne est l’ultime avatar exprimé depuis Bruxelles et relayé par ses sherpas nationaux, M. Macron en tête, pour s’y soustraire. Car leur Europe est en difficulté : l’effondrement du bipartisme a été un temps compensé par la mise en place de « grandes coalitions » pour porter toujours la même politique unique impulsée depuis Bruxelles. Or ces coalitions ne suffisent plus aujourd’hui à dégager des majorités et conduisent à des situations de paralysie démocratique. La réponse proposée est des plus brutales : puisque les peuples dans les cadres nationaux ne veulent plus de cette politique, enlevons leur cette souveraineté pour la faire glisser dans un cadre technocratique où elle ne sera plus représentative mais délégative : l’UE.

3) Si l’on substitue une souveraineté populaire à une souveraineté européenne, quelles en seraient les conséquences  pour le pays?

Aujourd’hui, il n’y a pas de souveraineté européenne sinon celle imposée par les traités européens et les dirigeants nationaux qui y soumettent les peuples. C’est donc une servitude volontaire. Au nom de la souveraineté populaire, chaque peuple libre est donc fondé à désobéir à ces traités. Et partant de là à refonder une Europe qui avance dans le respect de chacun : une Europe des peuples.

5) Quels seraient les antidotes contre cette «souveraineté européenne» ?

Cette idée de « souveraineté européenne» a émergé il y a quelques mois. Elle a été popularisée par M. Macron et relayée en cadence et sans réserve par des medias qui prennent pour argent comptant ce qu’exprime le président. Or il s’agit là à la fois d’une rustine pour sauver et laisser-aller l’Europe telle qu’elle aujourd’hui et qui convient parfaitement aux desseins de M. Macron. Mais c’est aussi un piège politique tendu par M. Macron à l’approche des élections européennes : il préempte le camp des eurobéats tandis qu’il entend par ce biais mettre dans un même sac tous ceux qui oseraient interroger cette notion de « souveraineté européenne ». La manœuvre est grossière.

L’antidote à la souveraineté européenne de M. Macron, c’est donc le vote lors des européennes de 2019. Encore faut-il pour cela que le débat public ait été éclairé et que les citoyens aient pu appréhender ce que recouvre cette formule qui apparaît creuse mais qui est en réalité un aller sans retour vers la perte de souveraineté. Il faut donc comme toujours avoir confiance en la force et l’intelligence populaire, en appeler à la Raison et décrypter stylo à la main ce qu’est le projet de M. Macron et de ses comparses à travers l’Europe. C’est ce que nous avons su faire en 2005 lors de la campagne contre le TCE. Mon livre qui vient très en amont du vote, est un outil pour cela.

6) Le programme pour les élections européennes de la France insoumise comptera-t-il des éléments contre cette «souveraineté européenne» qui avance masquée?

L’avenir en commun, le programme de La France insoumise pour l’élection présidentielle qui a recueilli 7 millions de voix, a déjà sa cohérence sur la question européenne. Il s’articule autour d’un axe plan A / plan B : la France assume de désobéir aux traités et, tandis qu’elle met en place des mesures de bon sens telles que le protectionnisme solidaire par exemple, elle porte au sein de l’UE le projet d’une refondation européenne en profondeur pour en faire une Europe des peuples. Soit le résultat des discussions est approuvé par le peuple français. C’est le plan A. Soit il ne l’est pas et la France se tourne alors vers les pays qui le souhaitent pour refonder avec elle l’Europe sur des bases saines, humanistes, écologiques, sociales et démocratiques. C’est le plan B dont la seule possibilité amènera à n’en pas douter l’oligarchie bruxelloise à considérer en amont avec plus de bienveillance les propositions que porte la 2e puissance économique et démographique du continent.

Pour autant l’application de cette feuille de route passe par l’accession au gouvernement en France ce qui n’est pas l’objet de l’élection européenne. Dans l’attente, je préconise que nous nous rendions utiles immédiatement à Strasbourg. En y faisant par exemple la chasse aux lobbyistes qui y pullulent pour soustraire l’action publique à l’intérêt général. Et en luttant pied à pied pour que la souveraineté européenne ne vienne pas étouffer la souveraineté populaire, et donc les souverainetés nationales, en défendant par exemple la mise en place d’un principe de non-régression sociale et écologique, d’un droit de veto sur les sujets clés, ou encore d’ une inversion du principe de subsidiarité pour permettre aux Etats de décider la part de souveraineté qu’ils délèguent ou souhaitent récupérer…Bref de poser les jalons nécessaires à la grande bifurcation à venir pour mettre enfin la construction européenne dans les mains des peuples européens.

 

Ailleurs dans la presse :

http://www.leparisien.fr/val-de-marne-94/champigny-francois-coq-fi-sort-un-livre-sur-la-souverainete-25-03-2018-7628385.php

2 commentaires sur “« Au nom de la souveraineté populaire, chaque peuple libre est donc fondé à désobéir à ces traités »

  1. Pantigny Sylviane dit :

    super, bravo; C’est une bonne idée d’instaurer un débat comme pour le référendum de 2005. Il faudrait que d’autres organisations, par exemple Attac rejoignent cette initiative.
    Dans tous les cas, merci.

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  2. anassi BACAR dit :

    La logique n’est pas sa tasse de thé
    Depuis son élection,
    On a à faire à un enfant gâté
    Faisons attention!
    Pour qu nos acquis ne soient pas bafoué
    Avec ses lacunes en définition
    Il donne sens à la Souveraineté Européenne
    Puisqu’il tient tant à sa notion « Européenne »
    Q’il parle de Souveraineté Populaire Européenne.
    A croire que celui- là en veut à la France Insoumise.

    (Merci à vous pour cette lumière)

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