Vent mauvais

Ma chronique hebdomadaire pour L’Heure du peuple publiée le 30 mars

Le climat qui pèse sur le pays est lourd. Pour ne pas dire malsain. Je ne parle pas là des attaques islamistes, ou se revendiquant comme telles : c’est là un ennemi identifié auquel nous savons devoir faire face tous ensemble, rassemblés, comme l’a signifié avec force et dignité Jean-Luc Mélenchon devant l’Assemblée nationale, étant en cette occasion « la voix de la France » selon les termes mêmes de l’économiste Nicolas Baverez pourtant peu suspect de proximité idéologique avec La France insoumise.

Non je parle de ce climat de tension latente, de ces pyromanes inconséquents qui soufflent sur les braises, de ces personnages publics qui détournent le regard, de ces intimidations et de cette violence qui désormais surgissent au grand jour plus souvent qu’à leur tour, de cette presse qui se vautre dans cette fange. Les derniers jours ont donné à voir l’accélération de la course à la déraison

Je pense bien sûr aux violences inouïes intervenues à l’Université de Montpellier, dont on sait aujourd’hui qu’elles eurent lieu sous couvert ou avec la participation d’au moins un professeur et du doyen de l’Université. Là, comme à la fac de Lille lundi 26 mars, au lycée autogéré de Paris le 16 mars, ou à Strasbourg le 28 mars, des milices d’extrême-droite ont cherché à réduire au silence celles et ceux qui défendent le droit à l’émancipation par le savoir et veulent soustraire la connaissance à la prédation du marché.

Je pense aussi à l’inconséquence du CRIF et de son président M. Kalifat se livrant à un abject amalgame entre le Front national et La France insoumise pour refuser la présence de cette dernière lors de la marche blanche pour Mireille Knoll. La manœuvre était grossière : elle visait à essayer de construire à des fins politiques le ressentiment artificiel d’une communauté à l’encontre d’un mouvement et d’un courant de pensée qui a pourtant toujours mis la lutte contre le racisme, l’antisémitisme, et toutes les formes de discrimination au cœur de son engagement.

Je pense encore à la faute républicaine que représente la reprise d’un tel argumentaire par un ministre, M. Collomb, à plus forte raison quand en tant que ministre de l’intérieur il est en charge des relations avec les cultes. Ou à l’atteinte à la représentation nationale quand c’est un député LREM comme M. Maillard qui s’en fait l’écho.

Je pense avec amertume aux coudées franches laissées lors de cette même marche à la Ligue de défense juive (LDJ), milice paramilitaire d’extrême-droite, branche française d’un mouvement classé comme organisation terroriste aux Etats-Unis d’Amérique, pour faire le coup de force contre les représentants du peuple issus de La France insoumise, le tout à l’abri des regards détournés donc complices des autres représentants officiels de l’Etat, M. De Rugy Président de l’Assemblée nationale en tête.

Je pense une fois encore aux propos de Manuel Valls au lendemain des attaques de Trèbes, prônant notamment l’internement des fichés S. Ou à ceux de la député LREM Perrine Goulet qui recommande, à propos des centrales nucléaires, « de ne pas se poser de questions et quand il y a une intrusion de tirer ».

Je pense enfin à la grossièreté malveillante et malfaisante d’une certaine presse. A celle du journal Le Monde qui a longtemps tu le rôle joué par la LDJ lors de la marche blanche pour mieux salir et laisser en Une de son site pendant 16h (!) le titre : « Marche pour Mireille Knoll : Le Pen et Mélenchon hués ont dû quitter le cortège », laissant à penser qu’il se serait agit d’une réaction populaire. A celle du service public de l’audiovisuel qui ne cache même plus qu’il est en service commandé pour le pouvoir, comme lorsque France TV info parodie dans une émission de décryptage Jean-Luc Mélenchon, chef de file de l’opposition à M. Macron, ou lorsque France-Culture annonce le jeudi 22 mars à 12h30, 5.000 manifestants à Marseille quand même la préfecture de police en donne le double.

Bien sûr l’inventaire pourrait se poursuivre. Mais déjà il dénote un changement profond dans le rapport du pays à lui-même, quand ce qui fonde la communauté nationale se voit galvaudé et remis en question. M. Valls s’affranchit du passage à l’acte ou de la volonté d’action pour détourner le sens de la justice ; Mme Goulet veut abroger la sommation au nom d’une justice brutale et expéditive ; M. Kalifat nie le fait républicain servi par le principe de laïcité : en France, on est citoyen.ne avant que de se distinguer par l’appartenance à une religion ou toute autre chose. C’est le contrat politique qui fonde le peuple. Pas la religion. Et c’est pour cela que l’article 1 de la loi de 1905 assure notamment la liberté de conscience. Quant à la presse pré-citée, elle avilit l’information dans le spectacle médiatique et la servitude et s’érige en relais de cet affaissement de l’esprit de société.

Le pays va mal. Il cherche malgré tous ceux-là à serrer les rangs, comme aux Invalides ou place de la Nation, pour tenter de se montrer digne des actes que les meilleurs de ses enfants sont capables de poser, comme l’a fait le lieutenant-colonel Beltrame. Mais apparaît plus que jamais la nécessité que le peuple se refonde. Pour se prémunir contre la pourriture de celles et ceux qui veulent le réduire et le soumettre en le renfermant. Et surtout pour ouvrir un avenir en commun qui ne fait désormais plus seulement figure d’aspiration à un meilleur mais de réponse vitale à un besoin.

François Cocq

2 commentaires sur “Vent mauvais

  1. pierre dit :

    Albert Londres, Pullitzer, Capa, …. la liste est longue de ceux qui ont fait l’honneur de la profession de journaliste ou photo-journaliste et ce sont ces gens-là qui « sauvent la mise », si je peux me permettre cette expression familière. Il nous reste heureusement encore quelques uns comme Mermet, Ruffin, Elise Lucet, … je ne vais pas les énumérer tous ici, mais ceux-là également, font l’honneur de cette profession. Quant aux autres, ils sont indignes de leur carte de presse et sont des girouettes qui tournent selon le vent du moment, bien qu’Edgar Faure disait lui « ce n’est pas la girouette qui tourne, mais le vent ».
    Le résultat in fine, est la démonstration que le nouveau roi de France est aux abois et que ses affidés ne font plus de l’info, mais du lèche-fondement en espérant sauver je ne sais quoi, mais quelque chose qui n’a rien à voir avec l’honneur, la morale, la déontologie professionnelle. Tout ça évidemment avec l’argent du contribuable, puisque même L.C.P. s’est affublé d’une nouvelle tête « en marche » et sans doute à Radio-France sera également sur cette ligne, comme le lapsus du député ATTAL (pardon pour l’orthographe si elle n’est pas juste) des « marcheurs », le laissait entendre ce matin  » … ON va nommer etc. » repris rapidement par le journaliste qui corrige le tir en parlant du C.S.A.
    Ensuite, on parlera évidemment du manque de démocratie au Vénézuela, à Cuba, etc. Mais à force de charger « la mule », ça finit quand même par se voir et les français, dans leur grande majorité, ne sont quand même pas idiots et réfléchissent aux enjeux … du moins je l’espère.

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  2. henthouarn dit :

    Le Venezuela, Cuba, mais pas: la Colombie, le Honduras, le Brésil, le Mexique, …

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