Pot-pourri

Depuis le début de la semaine, M. Macron lançait des balles. « Allez, va chercher la baballe laïcité » disait-il aux uns ; « Allez, va chercher la baballe Notre-Dame-des-landes » enjoignait-il aux autres. Et de fait, il fallait bien aller chercher, car les atteintes portées à la séparation des églises et de l’Etat devant les évêques aux Bernardins, ou l’envoi de la troupe dans le bocage se plaçaient à un tel niveau de violence, physique ou symbolique, qu’elles n’auraient pu souffrir la passivité.

Après avoir ainsi bien détourné l’attention de la lutte sociale et fragmenté un peu plus encore le pays, M. Macron s’affichait donc copain comme coquin aux côtés de Jean-Pierre Pernaut le jeudi 12 avril au journal télévisé de 13 heures de TF1. Là, sans même parler de l’école réquisitionnée dans laquelle avait lieu l’entretien, ce fût un florilège de clichés, la communication prenant définitivement le pas sur la politique. Pot-pourri.

M. Macron profitait d’être dans un environnement scolaire pour affirmer concernant l’école ni plus ni moins : « On change tout, comme ce n’était pas arrivé depuis Jules Ferry ». Et pour traduire ses paroles en actes, le même de fixer des objectifs clairs : savoir « lire, écrire compter, bien se comporter en CM2 ». Hum… en l’espèce M. Macron ne fait que recycler l’école du socle énoncée effectivement par un Ferry ministre de l’éducation nationale, mais qui s’appelait Luc et non Jules, litanie reprise depuis par tous les fossoyeurs de l’école républicaine qui se sont succédé depuis rue de Grenelle.

Avant cela, M. Macron avait commencé par la Syrie. Va-t-en guerre dans les pas de Trump, M. Macron affirmait tout de go avoir « la preuve que la semaine dernière des armes chimiques ont été utilisées par le régime de Bachar Al-Assad ». Très bien. Jusqu’à ce qu’il importe son art du «en-même-temps-tisme » à la géopolitique, déclarant ensuite avoir encore « des vérifications à faire ». Alors quoi ? Ce sont des preuves et cela n’en sont pas ? Il y a assez d’un clown sur la scène internationale pour ne pas se sentir obligé de le mimer !

Lorsqu’il s’agit d’aborder le thème de la SNCF (après bien sûr qu’eût été diffusé un reportage plein de fiel et de venin à l’encontre des « preneurs d’otage »), M. Macron lâcha finalement le modèle de référence en termes de service public pour la SNCF de demain : La Poste. Quand on voit les centaines de fermetures de bureaux de poste chaque année (plus de 400 pour la seule année 2016, le nombre de bureaux de postes étant passé de 14 000 en 2005 à moins de 9 000 aujourd’hui), et la désertification qui s’ensuit, on sait désormais à quoi s’attendre pour les « petites » lignes. Le phénomène va s’accélérant. Qui n’a pas dans son environnement immédiat un bureau de poste dont on restreint dans un premier temps les horaires ou carrément déjà menacé de suppression ? Sans compter l’explosion de la souffrance au travail (au point que comme chez France Telecom La poste était confrontée en 2016 à une vague de suicides) et la multiplication de services payants qui ne l’étaient pas avant. Il est beau le modèle de service-public pris en référence par M. Macron ! Il est vrai qu’il a ceci de commun avec la SNCF qu’il répond pareillement aux injonctions de ses maîtres bruxellois.

A défaut de se vanter d’être l’émissaire de ceux-là, M. Macron a par contre entériné son ralliement à la famille de la droite traditionnelle. Après s’être réclamé de ses amis, Bayrou puis Borloo, le voilà surtout qui se revendiquait de…Jacques Chirac et Georges Pompidou, non sans avoir au passage pris le parti de ceux-là contre François Mitterrand en termes de sécurité routière.

Mais par-delà les références aux uns et aux autres, c’est surtout sa propre personne qui importe à M. Macron. La litanie des « Moi je, moi je, moi je » avec quelque chose d’indécent dans cette salle de classe. Comme lorsqu’il se cite lui-même, s’auto congratulant pour ce qu’il considère comme désormais « Le fameux en même-temps ».

Reste au final au milieu de cette confusion la certitude de la soumission d’un homme à un système, celui « d’un monde qui va à toute allure » comme il l’a mentionné à deux reprise, un système qui mérite dans son esprit qu’on s’y résigne malgré le florilège des dégâts de la vie qu’il occasionne. Ne reste alors à M. Macron que l’incantation, celle des « remerciements » adressés aux retraités pour leurs sacrifices, celle du slogan publicitaire « Libérer, protéger, unir » auquel il été contraint d’ajouter le troisième terme pour tenter de masquer la fracturation profonde qu’il instille au sein du peuple français.

2 commentaires sur “Pot-pourri

  1. henthouarn dit :

    « malgré le florilège des dégâts de la vie qu’il occasionne »: seuls ceux « qui ne sont rien » souffrent des dégâts en question; les « premiers de cordée » sont épargnés. Alors il ne se gêne pas!

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s