Libres pensées

Je préfère prendre les devants et poser par écrit mes réflexions avant que la semaine ne commence. Je le fais car cette semaine s’annonce décisive en termes de mobilisation et pour autant, je ne suis pas à ce stade convaincu que les leviers les plus efficaces aient été activés pour faire de ce moment une étape dynamique. Je m’explique.
Plusieurs rendez-vous vont rythmer la semaine : un meeting politique ce lundi soir, les défilés du 1er mai le lendemain, des rassemblements cheminots jeudi, la marche Stop Macron ce samedi 5 mai… Prenons-les dans l’ordre.

Lundi soir, la gauche de gauche se donne à voir en meeting commun à Paris. Très bien, même si je passe sur les sordides traditionnelles manœuvres qui ont émaillé la préparation de cette réunion, des gens non-intervenants étant volontairement annoncés, des partis politiques voulant faire des coups pour donner à voir un prétendu rôle pivot, bref la résurgence de tout le dégoût politicard s’affichant de nouveau au grand jour. Mais malgré tout l’initiative se tient. Qu’apporte-t-elle comme force dynamique au mouvement de lutte contre la politique de M. Macron ? Rien auprès des militants de ces différentes forces, déjà très largement engagés dans le combat contre cette politique sous l’une OU l’autre de leurs casquettes, syndicale, associative ou politique. Elle circonscrit par contre le périmètre de la lutte en donnant à voir à celles et ceux qui sont pourraient entrer dans le mouvement, ou a minima s’inscrire progressivement dans un soutien plus rapproché de celui-ci, une identification politique dans laquelle pour beaucoup ils refuseront de se reconnaître. La politique non pas d’un camp mais ici de l’étiquette est une erreur qui ne peut rien apporter d’utile.

Le traditionnel 1er mai, journée internationale des travailleurs, est une date qui tombe à pic : le moment rêvé de donner à voir, sur un jour férié symbolique, l’unité syndicale et par-delà l’appui de l’ensemble du mouvement social. Seulement voilà : patatras ! Si l’unité existe et se fait à la base, le message est atténué par la désunion au sommet entre les différentes confédérations. Inexplicable et pour tout dire inexcusable en de pareilles circonstances de lutte.

Cette unité, on la retrouvera pourtant jeudi à l’appel de l’intersyndicale de la SNCF. Mais ce qui aura lieu ce jour-là s’avère inextensible aux autres secteurs. Du moins sur la base de la « convergence des luttes ». La convergence des luttes qui était une méthode d’action est devenue une expression vide de sens car elle ne correspond plus à la période. Refuser de le voir c’est s’enfermer dans l’échec. L’agrégation aujourd’hui ne se fait plus selon la classe (et dire cela, je préfère le dire pour tous les esprits chagrins adeptes de raccourcis, ce n’est pas nier la structuration en classes sociales) mais selon une chaîne d’équivalence. Le dénominateur commun n’en est donc pas forcément l’appartenance à une classe commune mais le point de cristallisation qui empêche de lever l’obstacle de ces politiques.

C’est justement en cela que la marche Stop Macron du 5 mai revêt tout son sens. Elle s’inscrit bien sûr dans l’agenda de mobilisation sociale en permettant qui plus est la mobilisation non seulement des salariés mais aussi du reste de la population à leurs côtés. Mais surtout, elle dessine ou du moins devrait dessiner le point de jonction pour lever l’hypothèque de la politique de M. Macron. On se souvient qu’à l’automne, la France insoumise avait proposé de faire coaguler le rejet de la politique macroniste en se plaçant dans le champ politique. Le recours aux ordonnances pour faire passer en force le démantèlement du droit du travail et des salariés permettait un tel rassemblement. Les forces du mouvement social n’avaient à l’époque pas daigné reprendre la balle au bond. Si elles sont aujourd’hui plus nombreuses à participer au 5 mai, chacun-e doit aussi entendre que la bataille sociale est l’un des champs, essentiel certes, mais l’un des champs seulement du rapport de force qu’il nous faut établir. Et ce rapport de force sera d’autant plus favorable que l’ensemble des champs sera étendu.

Car les gens ont aussi en parallèle conscience que M. Macron continue à avancer selon son propre calendrier comme si de rien n’était : alignement sur l’OTAN aux côtés de Trump, centralisation européenne via Bruxelles aux côtés de Merkel, réforme de l’assurance chômage, réforme constitutionnelle pour asseoir la monarchie présidentielle, réforme des retraites à venir… En prévision de cela, une défaite du mouvement social serait catastrophique et chacun-e doit cette semaine se mobiliser comme je le ferai en dépit des préventions qu’il peut avoir. Mais c’est justement parce que l’issue du combat surdétermine l’ensemble du combat politique à venir qu’il faut trouver les leviers d’action qui permettent l’élévation du niveau de conscience et l’entrée dans le mouvement du plus grand nombre pour combattre la résignation.

Ce vendredi, alors que je distribuais avec mes ami-e-s du groupe d’action de La France insoumise de Champigny pour promouvoir le 5 mai et collecter des dons pour les cheminots, nombreux étaient ceux qui prenaient les tracts avec bienveillance mais qui ne pouvaient s’empêcher d’exprimer leur dégoût de la politique et de la descente aux enfers démocratique dont M. Macron n’est que l’ultime avatar. Et cette attitude chacun-e le sait n’est jamais favorable à la mobilisation. C’est donc ce terrain là qu’il nous faut refuser d’abandonner. Car en l’espèce, les choix qui sont aujourd’hui imposés par la bande à Macron contreviennent avec l’essence démocratique de ce pays : parce qu’ils sont l’émanation directe du pouvoir bruxellois, parce qu’ils sapent les fondements du pacte républicain dont le service public est l’outil privilégié, parce qu’ils sont le fait d’une « effraction » électorale pour reprendre les termes de M. Macron lui-même. L’enjeu démocratique, et donc celui de la souveraineté, irrigue chacun de ces combats pour le respect du droit à vivre dignement et à décider collectivement de ce qui est bon pour soi et bon pour tous. Tel doit être le sens aussi du combat à venir pour rendre crédible l’issue victorieuse de la lutte, la présente et celles à venir.

Je termine en partageant aussi ce que cette semaine pour moi, celle d’une double commémoration : celle des 200 ans de la naissance de Karl Marx bien sûr. Je ne m’étendrai pas sur le sujet mais je me permets de vous renvoyer au blog de mon ami le philosophe Benoît Schneckenburger qui donne à cette occasion une lecture éclairée et éclairante de Marx dans le texte. Celle aussi le lendemain des 260 ans de la naissance de Maximilien Robespierre que je ne manque pas une année de louer pour l’inestimable héritage de la pensée et de la vertu républicaine qu’il nous a confiés en héritage. Deux penseurs qui dans leur registre ont pensé l’émancipation et la lutte comme des constructions à vocation majoritaire inscrites et inscrite dans leur période.

5 commentaires sur “Libres pensées

  1. micmousse dit :

    J’ai les mêmes inquiétudes : les syndicats nous refont la même sauce pourrie que les partis politiques lors de la campagne présidentielle et choississent systématiquement de passer à coté de la France insoumise
    J’essaie de rester optimiste et la seule lueur pourrait venir des étudiants
    Grèves perlées , aucune convergence des luttes , refus d’un objectif politique , abandon des gens en colère dans leurs entreprises et dans les régions , refus de faire la liaison avec les diktats de l’UE , avec le TAFTA , moi je participerai autant que je pourrai car je vois bien l’issue mortelle si Pharaon Toutencom gagne cette séquence , mais je m’interroge sur les responsables syndicaux qui pour moi sont en train de saboter le mouvement
    Je ne parle pas uniquement de Mailly , FO viens de décrire sa traîtrise .Peu de monde connaissent également la pourriture à la CFTC , voir l’Est Républicain .Je ne parle plus de la CFDT toujours dans le même camp que Jupiter
    Je parle maintenant de sabotage venant de la direction de la CGT. Martinez veut peut-etre concilier ses dirigeants PCF , d’autres PS ou ex-PS , et même de ces salopards LREM : personne ne fera l’économie d’une grève dure , peut-etre longue mais surtout unitaire et avec un but commun
    « nombreux étaient ceux qui prenaient les tracts avec bienveillance mais qui ne pouvaient s’empêcher d’exprimer leur dégoût de la politique et de la descente aux enfers démocratique dont M. Macron n’est que l’ultime avatar. Et cette attitude chacun-e le sait n’est jamais favorable à la mobilisation. C’est donc ce terrain là qu’il nous faut refuser d’abandonner. »
    oui , il faut lutter face à la résignation mais j’ai vécu, en tant que CGT , trop d’actions qui démarraient sur une broutille que je ne perds pas espoir : tous les tracts FI d’aujourd’hui , toutes nos paroles qui semblent partir au vent , toutes nos actions qui découragent souvent , tout le travail des députés Fi , des militants Fi , tout cela forme le terreau d’un Avenir en Commun
    Nous sommes prêts et pas seulement sur le transport , sur la santé , sur l’écologie ,sur l’agriculture , etc , nous sommes prêts à en finir avec le vieux monde
    Je suis malade.Je me soigne .Mais je n’irai pas à Paris le #5mai

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  2. BRETON Daniel dit :

    Pour être en accord avec moi même , il me faudrait rejoindre Bordeaux 2 a 3 fois par semaine pour me joindre aux manifs les plus en vues ,Cheminots , 1er Mai , 5 Mai (Macron) …. + toutes celles passées . Non ! à ce rythme ce n’est pas possible (je ne suis pas le seul), la distance 50 km aller ,la voiture , le tram ….. tout cela a un coût (retraite d’agriculteur) , fatigue , lassitude …. .Malgré cela les syndicats continuent non seulement à être en désaccord entre eux sur l’objectif , mais ne souhaitent surtout pas de convergence ,celle proposée par JLM et la FI (grosse manif sur le w. end ) . Cet éparpillement me désole , j’en ai marre je ne sais pas si je vais continuer à faire le couillon et rejoindre Bx à fréquence exagérée .

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    • Jean Paul dit :

      Union, unité, convergence, … bien sûr, mais le ton vindicatif et les propos toujours teintés d’ acrimonie de François sont contre-productifs. Laisse tomber les rancoeurs du passé, oublie tes anciens camarades !

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      • BRETON Daniel dit :

        Francois  » propos toujours teintés.d’acrimonie…..contre -productifs ? . Ah bon ! je ne ressens pas cela comme ça . Je dirai au contraire que j’aime bien .

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  3. costantini dit :

    ce n’est pas possible que le sel de la terre ne finisse pas par l’emporter

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