Banlieues : Macron désengage l’Etat

Tribune publiée samedi 26 mai dans le Huffington Post

Le 22 mai, le président Macron renonçait à appliquer un « plan banlieue » et appelait à « changer de méthode ». M. Macron joue les modestes. Plus encore qu’une nouvelle méthode, le chef de l’Etat a défini une nouvelle philosophie pour les banlieues : celle du règne du chacun pour soi et du désengagement assumé de l’Etat.

Offrir moins à ceux qui ont moins

Le « rapport Borloo » remis au président au mois d’avril avait pourtant le mérite de mettre chacun devant ses responsabilités. Il dressait ainsi un constat sans appel des difficultés et du manque de moyens, notant que « dans les quartiers de la politique de la ville, les communes ont plus de besoins mais moins de ressources : elles disposent de 30% de capacités financières en moins […] bien que leurs besoins soient de 30% supérieurs ». Mais de cela M. Macron n’en a cure. Il s’est assis sur le rapport, non sans avoir mesquinement usé de la méprisante formule « mâles blancs » pour stigmatiser les élus de terrain qui travaillent sur la question au quotidien, mais aussi les populations elles-mêmes en décrivant d’abord lourdement ces quartiers comme des lieux de trafic et de radicalisation ce qui, pour existant que ce soit, ne saurait leur assigner une identité.

Start-up Banlieue

M. Macron a alors pu décliner pour « la banlieue » sa vision de la start-up nation estampillée Paris 8ème. Le titre du discours annonçait déjà la couleur : « La France, une chance pour chacun ». Partant de là, le président de la pourtant République a appelé au « rétablissement de l’équité » quand l’Etat doit au contraire assurer le droit commun sur l’ensemble du territoire, ce qui s’appelle l’égalité due envers tous. Le « chacun » de M. Macron rend lui l’individu comptable de sa propre réussite ou de son propre échec. L’égalité n’étant plus un objectif, il faut se contenter de permettre la réussite de quelques-uns ce qui, convenons-en, semble avantageux en termes budgétaires pour qui raisonne à court-terme.

Il faut donc cibler les actions pour mieux s’en désengager. M. Macron parle ainsi de poursuivre l’ANRU en mobilisant « les financements publics et tous les acteurs ». Autrement dit en impulsant une privatisation des financements pour accompagner la mise en concurrence des territoires sur la répartition des aides. La réparation urbaine et sociale est pourtant un droit pour les habitant.e.s qui paient depuis des années l’incurie d’une politique de la ville absurde décidée il y a 50 ans. A Champigny, l’ANRU 2 est sans cesse repoussé, les projets gelés, les habitants livrés à leur quotidien. Les annonces de M. Macron sont pour eux une gifle.

Mesurettes

A défaut d’engagement et de vision globale, M. Macron se contente à son tour de mesurettes. 30.000 stages de 3ème ? La blague, l’éducation nationale elle-même s’interrogeant sur la pertinence de ces stages. 30.000 places en crèches sur la durée du quinquennat ? La commission du mois de mai 2018 de Champigny-sur-Marne, ville pourtant pro-active en termes de politique petite enfance avec neuf structures d’accueil, a reçu à elle seule 777 demandes ! Les annonces n’en sont pas : voilà la police de sécurité du quotidien ou le dédoublement des CP resservis pour la énième fois.

Et silences

Mais dès lors qu’il s’agit de grands enjeux comme le transport, le logement et l’emploi, M. Macron se fait moins loquace. Sur le premier, et notamment en Île-de-France, les projets du Grand paris Express sont reportés voire rejetés aux calendes grecques alors que les habitants subissent lourdement des nuisances dont ils ne savent même plus si elles valent la peine d’être endurées faute de certitude que le projet sera mené à terme. Sur le second, à défaut de contraindre les communes récalcitrantes à appliquer la loi SRU (solidarité renouvellement urbain), le gouvernement botte en touche et laisse les intercommunalités répartir en leur sein le logement social. Quant à l’emploi, M. Macron se garde bien d’annoncer quoique ce soit. Il faut dire qu’il a déjà servi ses amis en mettant à disposition des entreprises une nouvelle vague d’emplois francs sur les quartiers politique de la ville. Disponibles depuis le 1er avril, les aides aux entreprises ont été revues à la hausse et les critères d’embauche assouplis, quand bien même le dispositif mis en place sous François Hollande avait été abandonné faute de résultats.

Le silence est même d’or sur le saccage programmé pour son quinquennat : pas un mot sur les 120.000 suppressions de postes de fonctionnaires dont 70.000 agents des collectivités territoriales. Pas un mot sur les coupes claires aux associations et la fin des 260.000 contrats aidés. Pas un mot sur les 13 milliards d’euros de baisse des dotations aux collectivités alors même qu’il veut les mettre à contribution…

Le président Macron annonçait une méthode, il a au contraire théorisé le désengagement de l’Etat. La méthode n’est elle qu’exécutoire : pas besoin de plan banlieue quand on laisse les banlieues en plan et que leurs habitants sont appelés à rester des citoyen.ne.s de seconde zone.

François Cocq

Orateur national de La France insoumise

Adjoint-au-maire de Champigny-sur-Marne (94)

Auteur de « Alerte à la souveraineté européenne ! La chimère de Macron contre la souveraineté populaire » (Editions Eric Jamet, mars2018)

Par ailleurs enseignant en quartier politique de la ville…

4 commentaires sur “Banlieues : Macron désengage l’Etat

  1. Pantigny Sylviane dit :

    Hélas hélas hélas !!! Votre billet est, ô combien, véridique et nous allons encore nous désoler de la catastrophe qu’est la politique menée par ce gouvernement, lequel, nous content d’abandonner les quartiers, laisse en déshérence les territoires de la ruralité. Mais jusqu’à quand, jusqu’à quand allons nous supporter cette politique du creux, du vide pour la majorité de nos concitoyens et des privilèges pour ceux qui s’absolvent si impudiquement de leurs responsabilités ? Jusqu’à quand le peuple va-t-il laisser faire ? Quel devra être le déclencheur, quelle sera la chose, le choc, le fait qui soulèvera l’apathie de ce peuple, lequel pour le moment, ne semble pas avoir pris toute la mesure du cataclysme Macron.

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  2. costantini dit :

    Comment attendre de Macron un plan pour les banlieues sur lesquelles il est plein de clichés et de morgue seuls ceux qui s’en sortent par eux-mêmes l’intéressent les autres sont des « riens » et des « fainéants »on a rarement vu un président aussi méprisant pour le peuple français .

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  3. henthouarn dit :

    Macron est cohérent: ceux « qui ne sont rien » ne doivent rien avoir, ne bénéficier d’aucun avantage! Ceux qui s’en sortent par eux-mêmes? Vous voulez dire ceux qui héritent de fortunes rondelettes voire colossales! Et qui n’ont AUCUN EFFORT à faire pour les augmenter, Macron s’en charge!

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