Sanchez, le dégagisme vide

Jusqu’où la gouvernance peut-elle s’abaisser contre la démocratie ? L’Espagne et Pedro Sanchez (PSOE), nouveau premier ministre, nous révèlent une nouvelle façon de faire : le nouveau gouvernement qui a aujourd’hui prêté serment assume la pratique du pouvoir pour mieux renoncer à son exercice. Un gouvernement monochrome est formé et affiche ostensiblement sa volonté de porter la politique de l’adversaire déchu. Ainsi, dès lors qu’elle s’affranchit de la case élection, la politique possède décidément une capacité surprenante à entretenir le statu quo.

Reprenons : qu’une motion de censure parlementaire ait fait chuter le PP corrompu est une bonne chose. Que le retour aux urnes n’ait par contre pas été jugé nécessaire en ces circonstances m’interpelle. Je vous renvoie sur le sujet à la chronique hebdomadaire que je viens de publier sur L’heure du peuple.

Une telle décision n’est bien sûr pas sans conséquences sur la suite : sans pression et dynamique populaire, c’est la politique la plus conservatrice et la plus inféodée aux canons libéraux qui continue à s’appliquer. Pour preuve le PSOE met en place un gouvernement qui reprend à son compte les choix budgétaires effectués par le PP au pouvoir, mais aussi qui se soumet sans coup férir à la doxa bruxelloise en confiant les ministères clés aux agents de Bruxelles. Nadia Calvino, ministre de l’économie, était ainsi jusqu’à hier  directrice générale du budget de la commission européenne. Pedro Sanchez envoie un message à Bruxelles et aux marchés : son gouvernement se pliera à l’orthodoxie et aux engagements pris devant Bruxelles. Message reçu 5 sur 5 : la présidente de la banque Santander, Ana Patricia Botin, s’en est immédiatement félicitée : « C’est un moment clé pour l’UE, avoir Nadia Calvino comme nouvelle ministre de l’économie est une garantie ». La continuité est d’autant plus garantie que Pedro Sanchez faisait savoir dès sa nomination envisager de reprendre à son compte la préparation budgétaire élaborée par le PP….

Et si Pedro Sanchez promet de ne faire passer que des mesures qui disposent d’une large majorité dans le pays, il confond majorité idéologique avec le PP et volonté populaire. Il a ainsi nommé Fernando Grande-Marlaska au ministère de l’intérieur, « un ministre qui semble sorti du PP » selon Pablo Iglesias. De fait, il s’est chargé par le passé de faire condamner des participants aux mobilisations citoyennes issues du 15-M.

C’est donc une nouvelle forme de gouvernance qu’inaugure Pedro Sanchez. Il a pris le pouvoir de manière parlementaire, refuse le retour aux urnes, et reprend à son compte la politique de son prédécesseur. Son gouvernement n’aurait donc vocation qu’à permettre de tourner la page des corrompus. Ce n’est pas rien et c’est nécessaire. Mais c’est oublier bien vite que le manque de vertu en politique n’est pas un objet en soi et qu’il se nourrit d’une politique de renoncement et de collusion avec la Caste pour pratiquer une politique au service d’intérêts particuliers. Le dégagisme se réduit immanquablement au retour du pareil au même s’il se coupe de sa dynamique populaire. La révolution citoyenne est à la fois une méthode et un contenu. Mais il faut bien admettre que ce ne n’est pas ceux de Pedro Sanchez, encore moins aujourd’hui qu’hier.

2 commentaires sur “Sanchez, le dégagisme vide

  1. Bouton Lionel dit :

    Tout a fait d’accord. J’ajouterai que Sanchez a donné des gages au roi en annonçant qu’il refuserait tout dialogue avec les nationalistes catalans qui eux ont une vraie légitimité populaire. Même si la mise sous tutelle de la Catalogne vient d’être levée, cela ne résous rien sur les causes profondes du séparatisme.

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  2. pierre dit :

    « Mon ennemi, c’est la Finance ! » Est-ce que ça vous rappelle quelque chose ou quelqu’un ? Cette phrase extraite d’un vrai beau discours (mais c’était juste un discours) reste gravée dans toutes le têtes de gauche, mais la droite et la Finance savaient fort bien que c’était du flan(by).
    C’est malheureusement le lot habituel que nous récoltons avec les socialistes. Qu’ils soient espagnols, anglais, allemands, portugais, français … vouloir « porter de l’eau sur les deux épaules » est compliqué. En 1981, la France venait d’élire un gouvernement dirigé par une équipe, dans laquelle, sur la base d’un programme commun, des communistes faisaient leur boulot et le faisaient bien. Les 4 ministres du P.C.auxquels on n’avait pas vraiment confié des strapontins, ont été priés de quitter l’équipe assez rapidement, les projets destinés à l’intérêt général, furent annihilés, compte-tenu du fait que « tonton » avait fait un deal avec la Finance, dans le dos de ses alliés du moment. Curieusement, personne n’en parle plus vraiment. Aujourd’hui encore, notre cher Jean-Luc reste Mitterrandolâtre … c’est son droit, mais je considère que c’est une erreur d’analyse et cette attitude fait du tort à une gauche décidée à un vrai changement. Du coup, le programme et les propositions de la F.I., tout en étant tout à fait intéressantes, faisables et étudiées, n’ont pas la portée qu’elles devraient dans l’opinion. Mais il est un peu tard pour refaire match … Quel rapport avec ce qui se passe en Espagne ? L’histoire ne se renouvelle pas, mais elle bégaye souvent. Sanchez s’est servi de l’autre gauche, comme « tonton », pour être élu.
    Le drame avec les socialistes en général c’est leur mentalité à la Edgar Faure : « Ce n’est pas la girouette qui tourne, mais le vent … » Cette pensée résume, du moins pour moi, l’état d’esprit des partis socialistes en général.

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