Disqualifier pour mieux régner. Ou pas…

Décidément, si l’usage des antagonismes est devenu un élément répandu en politique, la compréhension de ceux-ci et l’utilisation qui en est faite se pose comme un révélateur de la nature même des structures et des idées.

Ces derniers jours, de Macron à EELV en passant par le PS ou Hamon, un vent de panique a gagné celles et ceux qui n’ont que leurs vieilles recettes à opposer à un monde qui change. A défaut d’être capables de mettre le moindre élément fédérateur sur la table, c’est donc le dénigrement et la recherche d’une responsabilité extérieure qui prévalent. L’objet en est tout trouvé : le populisme considéré comme un concept fourre-tout mais dont l’assignation de culpabilité est utilisée par opposition comme la seule et unique définition d’identité pour chacun d’entre eux. Voilà qui non seulement permet d’éviter à avoir à se réinventer ou plus prosaïquement qui permet de soustraire à sa propre inaction.

Commençons par celle-ci. Qui n’a pas vu que le président Macron, dans son discours de Quimper ce jeudi 21 juin, usait des populismes pour éviter d’avoir à rendre des comptes sur son propre immobilisme dans la gestion de l’Aquarius : « Vous les voyez monter, comme une lèpre, un peu partout en Europe, dans des pays où nous pensions que c’était impossible de (les) voir réapparaître. Et les amis voisins, ils disent le pire, et nous nous y habituons! Ils font les pires provocations, et personne, personne ne se scandalise de cela!» Et M. Macron de poursuivre en regrettant que l’«on se retourne sur nous-mêmes», en s’auto-accusant de n’être «pas assez européens». Alors au moment même où M. Macron se retrouve en échec sur sa politique économique avec un ralentissement de la croissance, en échec sur la scène internationale où il a joué le rôle de pot de fleur lors du dernier sommet du G7 qui a pourtant acté la fin d’un monde, en échec sur l’Europe où M. Merkel lui refuse le budget européen qu’il appelle de ses vœux et où les pantalonnades concernant les migrants se succèdent, il rejette la responsabilité sur le voisin : «Et on oublie de dénoncer ceux qui ne le sont plus du tout! Ceux qui la détestent et font monter leur projet. On s’habitue à tous les extrêmes, dans des pays qui, depuis des années, sont pourtant pro-européens comme nous». L’utilisation de l’autre pour se faire oublier ou pire, s’oublier soi-même.

Dans un registre un peu différent, le PS, Générations, ou encore EELV se définissent dans la période par simple opposition : nul ne sait ce qu’ils sont mais par contre on a tôt fait d’entendre qu’ils sont contre « les populismes ». « L’espace politique n’est ni dans la surenchère populiste, ni dans le repli nationale ni dans une synthèse libérale » clame le secrétaire national d’EELV David Cormand, candidat à la candidature pour les européennes sans dire pourtant ce qu’il veut. La construction se fait par opposition mais dans une sphère purement politicienne. C’est ramener les antagonismes aux seuls rapports entre forces politiques pour les traiter en vase clos et surtout pour éviter d’avoir à les poser par rapport au cœur de la société. La définition d’un eux et d’un nous se réduit à un écharpage à la manière du vieux monde qui a la particularité de s’éviter de la sorte d’avoir à remettre en question les cadres et les rapports de force existants.

Ils sont nombreux à avoir déjà analysé cet usage du terme populisme comme d’un répulsif. Pour Vincent Coussedière, le mot appartient à la « novlangue » et est un « poncif ». Son utilisation pléthorique fonctionnerait « comme une idéologie paresseuse, par laquelle les élites politiques et intellectuelles cherchent à éviter le défi qui leur est posé: reconstruire une véritable offre politique ». Christopher Lasch analyse lui l’emploi du terme « populisme » par les élites comme un paravent aux critiques qui leur sont adressées. Quant à Christophe Guilluy, il considère que « parce qu’elle est susceptible de remettre en cause les choix des classes dirigeantes, la diabolisation du peuple par le populisme reste une nécessité ».

Le recours accru au dénigrement supposé à travers la qualification de populisme considéré comme antagonisme masque mal les faiblesses de ceux qui en usent. Que ce soit du côté de M. Macron qui, populiste lui-même en voulant créer une dichotomie grossière sur l’Europe avec sa souveraineté européenne, se retrouve à suremployer le terme non comme cette fois une construction mais comme une justification, preuve qu’il est en train de perdre la main. Ou comme celles et ci qui, déjà rangés derrière lui en ayant avalé la souveraineté européenne posée pour définir le champ politique, en son réduits à reprendre à sa suite les mêmes incartades. Que ceux-là continuent à assimiler les populismes sans en différencier les contenus, que ceux-là continuent à ne pas voir la force dynamique que représente l’irruption de la revendication du peuple de reprendre en main sa souveraineté pour redevenir libre et porter une revendication universaliste et émancipatrice, et ils découvriront en mai 2019 que le populisme humaniste peut avoir une capacité d’agrégation supérieure à l’effet repoussoir que le terme est sensé susciter.

2 commentaires sur “Disqualifier pour mieux régner. Ou pas…

  1. Jean dit :

    Et pourtant Saussure mettait en garde dans le cours de linguistique générale : c’est une mauvaise méthode que de partir des mots pour arriver aux choses

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  2. henthouarn dit :

    Le « populisme » consiste à flatter de bas instincts, à tenir de vagues propos en pensant que c’est ce que les gens veulent entendre. Tous les « populistes » veulent, consciemment ou non, éviter que soit contestée la domination des financiers et des Conseils d’administration des grands groupes. Il s’en suit qu’on ne peut pas traiter de « populistes » ceux qui veulent mettre un terme à cette domination.

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