Quand Castaner manipule l’Europe

Décidément ceux qui se targuent de parler le plus d’Europe sont aussi ceux qui l’utilisent aux fins les plus bassement politiciennes. Voyez M. Castaner. Dans une « Lettre ouverte aux Républicains » publiée ce jeudi dans Le Figaro, le délégué général de LREM parle soi-disant d’Europe pour mieux couvrir une tentative de récupération purement électoraliste tout en servant un indigent gloubi-boulga idéologique.

La méthode en dit en effet long sur la démarche : en s’adressant par le biais de cette lettre ouverte aux membres de LR, M. Castaner et LREM confirment, à la suite du président Macron, leur volonté d’OPA sur la droite. De ce point de vue, l’ingérence de M. Castaner dans les débats d’une autre force politique est choquante. Car c’est une chose de commenter les orientations de tel ou tel mouvement, c’en est une autre de considérer que « Laurent Wauquiez veut imposer aux Républicains [sa vision de l’Europe] » et donc porter un jugement lapidaire sur l’organisation des débats au sein de LR. M. Castaner joue ce faisant le rôle d’une puissance étrangère qui pousserait au crime, ou du moins au putsch interne.

Chacun.e comprend donc que cette lettre ouverte revêt donc d’abord des enjeux purement politiciens. Pour preuve le retour à la petite tambouille dans lequel se complet M. Castaner qui se précipite sur la question des alliances à laquelle il rend une centralité en considérant qu’au niveau du Parlement européen LR « s’apprête à recomposer les mêmes alliances alors que partout en Europe des forces nouvelles aspirent à fonder un nouveau projet européen ». L’appel du pied à l’isolement de LR et donc à une alliance de repli de la nouvelle droite européenne avec LREM est évident.

Mais la faiblesse la plus insigne du propos reste sans conteste lorsque M. Castaner fait mine d’aller sur le fond. Le délégué général de LREM proclame ainsi que « le cadre institutionnel est là, ni parfait, ni figé d’ailleurs, mais démocratique dans son essence ». L’assertion ne saurait souffrir aucune contestation quand bien même tout la contredit. Nul ne peut en effet croire que la démocratie est ce qui « constitue fondamentalement » (définition du Larousse) l’UE lorsque toute l’histoire de ces vingt dernières années donne à voir que la souveraineté des peuples a été étouffée chaque fois que, par les urnes, ils se sont exprimés, comme en 2005 contre le TCE, dans un sens non conforme aux attentes de l’oligarchie européenne !

Pour exonérer l’UE de ses responsabilités, M. Castaner juge que « ses gouvernants, ce sont nos gouvernants. Ses choix, ce sont les nôtres : le Parlement européen qui vote les lois, est composé de députés que nous élisons au suffrage universel. » C’est une bonne chose que M. Castaner reconnaisse que ceux qui mettent en œuvre cette politique ne sont jamais que les émissaires coloniaux de Bruxelles dans nos différents pays. Et que donc M. Macron, qui applique à la lettre les recommandations désormais émises chaque année par la Commission comme lorsqu’il entend supprimer 120.000 agents publics ou qu’il engage un vaste plan de privatisation d’entreprises publiques ou qu’il démantèle la SNCF, n’est jamais que la courroie de transmission de l’UE pour étrangler nos concitoyen.ne.s et dilapider le bien public. Mais M. Castaner entretient aussi à dessein une confusion entre Bruxelles et Strasbourg. Le centre névralgique de l’UE telle qu’on la connaît, c’est le conseil européen et la Commission. M. Castaner ment lorsqu’il veut faire croire le Parlement européen jouit d’un rôle et d’une liberté qu’il n’a pas. Sauf à transférer la souveraineté, c’est-à-dire la souveraineté de chacun des peuples, au Parlement européen Ce qui est effectivement le projet de M. Macron (et de Castaner qui reprend dans cette lettre ouverte les termes à son compte) lorsqu’il veut imposer une « souveraineté européenne ».

Pour ce faire, M. Castaner est prêt à réduire la démocratie au « suffrage universel » comme nous l’avons vu. Et de dénoncer ces « parlementaires LR pour qui ’le Parlement européen ne peut prétendre incarner la volonté des peuples ‘ au risque de piétiner le suffrage de centaines de millions de concitoyens français et européens. » Ou encore, tout à son opération séduction de la droite, à corrompre les propos de Jacques Chirac et en faire un usage abusif lorsqu’il rappelle que l’ancien président considérait que le Parlement européen fait « entendre la voix et les ambitions des citoyens ». Car M. Castaner qui organise à dessein la confusion entre « voix » et « volonté » fait de la sorte dire à M. Chirac ce qu’il ne disait pas (et qu’en toute honnêteté intellectuelle on ne peut pas lui prêter d’avoir voulu dire).  La « voix » n’a en effet rien à voir avec une « volonté » collective qui n’est en aucun cas un agrégat de volontés individuelles si l’on souhaite qu’elle se forge en volonté générale, cette volonté générale dont l’expression est, pour nous républicains et à la suite de Rousseau, le fondement de la Loi.

Castaner mélange tout et pratique des raccourcis qui appauvrissent le débat et les idées : la démocratie est réduite au suffrage universel, la volonté générale travestie en voix des peuples, la souveraineté populaire dégradée en « espace public européen ». Il va même jusqu’à provoquer en évoquant le drapeau européen d’origine mariale pour vouloir « éclairer le chemin à emprunter », n’hésitant pas à appeler à la barre le pauvre Apollinaire qui, s’il disait qu’ « il est grand temps de rallumer les étoiles », n’en demandait pas tant. Voilà comment en défaisant la démocratie, la volonté générale, et in fine la souveraineté populaire, MM. Castaner et Macron prétendent faire émerger cette chimérique souveraineté européenne.

La démonstration par l’exemple de M. Castaner ne résiste pas plus à l’épreuve des faits. La liste « des réalisations [qui] émergent déjà grâce au volontarisme du président de la République » de M. Castaner sonne comme autant d’échecs ou de victoires à la Pyrrhus. Et M. Castaner de citer : le budget de la zone euro, sur lequel M. Macron n’a pu convaincre Mme Merkel d’avancer réellement ; la réforme du travail détaché, pour laquelle la nouvelle directive ne change rien au principe même des cotisations dans le pays d’origine et exclut le principal secteur, celui des transports ; la sortie du glyphosate, où la France a du se coucher derrière les intérêts de l’allemand Bayer qui rachetait Monsanto. Quant aux questions migratoires, M. Macron a abaissé la France au rôle de vulgaire donneur de leçon en abandonnant l’humanisme et l’aspiration à l’universel qui ont pourtant fait sa grandeur.

Il ne suffit pas de scander « L’Europe, l’Europe, l’Europe » pour lui donner corps et chair. Car à ce jeu sordide, il ne reste plus à défaut d’argument qu’à jouer de manière politicienne et démagogique sur les peurs en fustigeant encore et toujours les populismes ou en annonçant comme le fait M. Castaner que « l’Europe peut mourir ». Non l’Europe et ses peuples ne sont pas menacés de mort. L’UE, elle, peut imploser à trop avoir bridé la souveraineté et la liberté des peuples. Mais ce n’est pas la même question.

3 commentaires sur “Quand Castaner manipule l’Europe

  1. Jean paul MAÏS dit :

    Bonjour François, Si je ne te connaissais pas, je m » étonnerais autant que faire se peut en lisant cet article. Tu donnes l’ impression de défendre LR sans jamais évoquer les Insoumis ! Il faut le faire ! Pour ce qui me concerne, ayant toujours été contre cette EUROPE capitaliste depuis la CECA, je suis un ardent partisan du FREXIT, et vite ! Du balai !

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    • francoiscocq dit :

      Salut Jean-Paul, je ne défends pas LR, j’explique en quoi LREM cherche juste à prendre leur place, dans une posture très vieux monde. Et comme « en-même temps » Castaner et Macron servent une potion indigeste sur l’Europe, point de non retour avec leur souveraineté européenne. Quant à LFI, ce n’est pas tant le nom que son positionnement stratégique pour la reconquête de la souveraineté populaire et la reprise en main de notre liberté pour proposer un débouché émancipateur qui lui permettra de remettre en mouvement une dynamique populaire. Amitiés. fc

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  2. Jean dit :

    « L’Europe, l’Europe,l’Europe » trois fois la majuscule d’essentialisation… À la prochaine citation d’apollinaire, je lui fais manger l’oeuvre complète, métaphoriquement bien sûr

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