La vérité si il ment

Le président Macron était le 9 juillet devant le Congrès réuni à Versailles. Si j’aurai prochainement l’occasion de revenir sur un certains nombres de notions évoquées à cette occasion, notamment celle « d’état providence du XXIème siècle », et quand bien même son discours est resté à un grand niveau de généralités qui en relativise l’intérêt, j’ai cependant été écouter en détail ce qu’il disait sur l’Europe. Sur ce point, l’incantation se fait dogme et se prévaut des atours de la « vérité » révélée. Jugez plutôt.

Pour celui qui prétend faire de l’Europe le coeur de son engagement, il aura quand même fallu attendre 1h17 (sur 1h27 de discours) pour que le sujet européen soit évoqué durant … 6 minutes. Et dans cet intervalle, le président Macron, mué en monarque, s’en est remis à trois reprises à « la vérité » dont il se croit le dépositaire : « La vérité est que nos combats d’aujourd’hui requièrent l’Europe » ; « la solution véritable ne peut être que dans la coopération européenne » ; « La frontière véritable qui traverse l’Europe est celle qui sépare les progressistes des nationalistes ». Le jugement ne souffre donc pas de contestation puisqu’il s’agit prétendument d’une « vérité ». Curieuse façon de faire pour qui en appelle dans le même temps à « une Europe plus démocratique »

Ces « vérités » assénées visent une fois encore à créer une dichotomie grossière : d’un côté les progressistes, de l’autre les nationalistes. « Un combat est en train de se livrer, proclame Macron, entre d’un côté le repli nationaliste et de l’autre le progressisme contemporain ». Cette injonction à se situer dans ce schéma binaire dans le temps et dans l’espace vise à rabattre sur lui les européistes de tous poils et à rejeter derrière la vulgate « nationalistes » toutes celles et tous ceux qui refuseraient l’Europe de l’argent et de l’asservissement à laquelle lui se résigne.

M. Macron sait-il que le nationalisme qu’il dénonce prend racine en 1798, à une époque où  » il se confond d’abord avec la conscience nationale révolutionnaire » (1). Lui qui se targue d’avoir des lettres ferait mieux de se souvenir de Lamartine qui valorisait encore au siècle qui suit ce sens « d’exaltation du sentiment national ». Pourtant quand M. Macron l’emploie, c’est pour l’entendre à la suite de ceux qui l’ont transformé sous la IIIème République en conservatisme politique : « Dès lors, le nationalisme, qui était révolutionnaire puis populaire, enfin en 1848 lié à la requête d’indépendance, devient essentiellement bourgeois et petit bourgeois ; il est revendiqué par les partis de droite » (2). Bref Macron agite le nationalisme en épouvantail pour mieux en faire cadeau au camp réactionnaire.

Seulement voilà. M. Macron se prend une fois encore les pieds dans le tapis. J’ai bien noté qu’il prétend inscrire son discours dans les pas de celui de la Sorbonne en septembre dernier. Pourtant, il a entre-temps abandonné toute référence à la « souveraineté européenne » qu’il avait justement introduite pour jouer ce rôle de clivage. Au point même de parler aujourd’hui, du moins dans les termes, de « coopérations européennes » et d’une « Europe des peuples », celle-là même que j’évoque dans mon livre « Alerte à la souveraineté européenne ! La chimère de Macron contre la souveraineté populaire »,et qui constitue l’exact contrepoint de la souveraineté européenne qu’il défendait jusqu’alors! Bref en abandonnant le terme, Macron croit pouvoir conserver la méthode politicienne de la fracturation du champ politique.

Mais c’est oublier en quoi parler d’Europe des peuples est incompatible avec le mépris ostensiblement affiché du cadre national, des cadres nationaux. Qu’est-ce qu’un peuple sans nation? En République, la Nation est le corps politique constitué des citoyen.ne.s. La Nation n’est pas qu’un réceptacle. Elle est tout autant le contenu que le contenant. C’est en cela que le peuple français est un peuple politique qui s’est doté des valeurs de Liberté, d’Egalité, de Fraternité qui aspirent à l’universel. Cela n’a aucun sens de mépriser la Nation, ni même le cadre national et d’un autre côté parler d’une « Europe des peuples ». Au mieux cela fait des bons mots dans un discours. Mais plus certainement c’est un contresens historique et politique profond.

Le président-monarque terminait son discours en vantant son action et en se targuant de ce que « cette Europe là n’est pas incantatoire ni éloignée ». Elle l’est malheureusement à la hauteur des dirigeants qui la font, prêts à tous les mensonges sous couvert des prétendues « vérités » qu’ils se croient autorisés à asséner et dont ils pensent encore, cyniques, qu’elles peuvent être crues.

(1) Dictionnaire historique de la langue française, Le Robert, sous la direction d’Alain Rey

(2) Ibid

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