Ecologie : l’hégémonie à petits pas

Rien ne sert d’avoir raison tout seul si l’on ne s’attelle pas à la tâche de contribuer à la propagation et à l’imprégnation des idées par le plus nombre. Là où l’on fait preuve de constance et de résolution, les premières grappes arrivent à maturité en cette rentrée.  En effet, après les évolutions du discours macronien en termes de géopolitique, le clan du président se voit progressivement contraint d’envisager la question écologique comme un effet de système. En atteste le constat désormais partagé par Jean Pisani-Ferry, rédacteur du programme du candidat Macron, dans le JDD : « La transition écologique doit structurer la mutation de notre modèle de développement ». De telles évolutions, fussent-elles circonstancielles, doivent être lues avec gourmandise : elles participent de la mutation du sens commun.Ce n’est en effet pas rien que M. Pisani-Ferry, débauché il y a tout juste 18 mois par Emmanuel Macron, en arrive à la conclusion que c’est une bifurcation « de notre modèle de développement, des mobilités, de notre logique industrielle, d’une économie agricole dépassée et en retard sur les attentes des consommateurs ». Ainsi donc, l’analyse produite il y a maintenant près d’une dizaine d’années par Jean-Luc Mélenchon  selon laquelle la grande crise écologique dès à présent engagée remet sur le devant de la scène le concept de finitude de notre espace de vie et donc la perpétuation de l’espèce humaine elle-même, appelle en conséquence à ce que la question écologique soit appréhendée comme un paradigme refondateur des courants de pensée de l’humanisme et de l’émancipation, et se traduise par une transformation radicale des objets et des fonctions sociales et donc de l’appareil de production, cette analyse se voit reprise à leur compte au moins dans ses finalités par des acteurs publics qui non seulement ne participent pas du même espace politique a priori, mais qui ont encore récemment été les propagateurs de politiques publiques contraires à cette analyse. La propagation de l’idée qu’une bifurcation économique de l’ensemble de l’appareil productif est nécessaire est donc un important pas en avant. Venant de l’ancien commissaire général à la stratégie et à la prospective de France stratégie, on est même conduit à penser que l’idée d’une planification écologique telle que proposée par la France insoumise ne devrait logiquement pas le rebuter.

Rincé par un exercice du pouvoir sclérosé faute de s’affranchir des ruptures nécessaires, Nicolas Hulot quittait quelques jours auparavant le ministère de l’écologie sur pareil constat sans appel : « Je pars parce qu’on n’a pas changé de trajectoire ». Ainsi donc l’objet, la transformation des rapports de production, s’installe comme un nouveau sens commun au moment même où le départ du gouvernement de ce dernier interrogeait la méthode et plus encore la volonté de sa mise en œuvre corrélée à la rupture avec l’ordre –ou plutôt le désordre –  existant. Dès lors la nomination à venir du successeur de M. Hulot apparaît comme déconnectée des enjeux réels et ne peut être vue que comme un pis-aller de la politique gouvernementale.

L’imprégnation sédimentaire conduisait même ce 3 septembre 200 personnalités à lancer dans Le Monde un appel pour une action politique « ferme et immédiate » pour faire face au changement climatique et relever « le plus grand défi de l’histoire de l’humanité ». Si cette prise de position collective ne donne pas suite directement à l’analyse produite par untel ou untel, elle marque néanmoins une étape supplémentaire en mettant en adéquation la réception des signaux parla frange « intellectuelle » avec le bon sens populaire de celles et ceux qui ont passé l’effet à constater de leurs yeux la multiplicité des situations « extra-ordinaires » en matière d’environnement.

Le glissement de sens commun sur les questions écologiques fait suite à celui constaté le 27 août lors du discours d’Emmanuel Macron devant les ambassadeurs. Cette fois, c’est le président lui-même qui semblait convenir du besoin vital en termes d’indépendance et de souveraineté de s’affranchir de la mainmise nord américaine sur notre défense : « l’Europe ne peut plus remettre sa sécurité aux seuls Etats-Unis […] Nous devons tirer toutes les conséquences de la fin de la guerre froide ». Bien sûr le président Macron n’est pas encore allé au bout du raisonnement qui in fine ne peut que conduire la France à quitter cette organisation obsolète qu’est l’OTAN comme LFI tâche d’en convaincre le plus grand nombre. Mais ce faisant il en a déjà à son corps défendant accrédité l’idée, permettant demain à celle-ci de devenir l’issue naturelle à la situation.

Dans un cas comme dans l’autre, LFI aura joué son rôle. Oh bien sûr il n’est pas dit qu’elle en tire immédiatement bénéfice électoral. Voyez les questions écologiques par exemple : en 2017, selon Ipsos, seuls 38% des électeurs ayant affiché une proximité partisane avec EELV avaient par exemple glissé un bulletin Mélenchon dans l’urne. L’observatoire national de la politique nationale d’août 2018 publié cette semaine  par BVA indique lui qu’en matière d’écologie et de protection de l’environnement, 31% des gens font encore le plus confiance à EELV contre seulement 17% à LFI et 15% encore à LREM !

Seulement voilà : la perception de la juste méthode à employer grandit en même temps que s’installe dans les esprits la finalité nouvelle de l’action. La plus grande compréhension actuelle de la nécessité de la rupture avec le modèle productiviste libéral entraîne quasi mécaniquement le souci de la mise en œuvre effective de celle-ci. EELV, qui refuse la désobéissance unilatérale avec les traités européens qui agissent pourtant comme autant de pousse-au-crime envers le climat, se trouve pieds et poings liés. Comme la formation écologiste en avait pourtant fait les frais en cotisant aux gouvernements Hollande. Comme Nicolas Hulot a fait le constat de son incapacité à agir au sein d’un gouvernement servile envers Bruxelles. LFI a au contraire là l’occasion de faire la démonstration, en affichant clairement sa cohérence et sa résolution de mise en oeuvre, que la construction de nouvelles volontés collectives au service de l’intérêt général peut demain se traduire par une politique concrète d’action. Bref que, en termes gramscistes,  la « petite politique » doit être mise au service de la « grande politique ».

François Cocq

6 commentaires sur “Ecologie : l’hégémonie à petits pas

  1. Francis Baldassi dit :

    Je souscris pleinement à cette analyse.

    Aimé par 1 personne

  2. micmousse dit :

    oui mais en même temps il ya une place de ministre de l’écologie à gauler ….
    Alors toutes ces belles paroles …. on remet en ordre le présentoir
    mais ça ne fait pas de mal que l’on considère enfin les paroles de Mélenchon et les propositions de la Fi

    J'aime

  3. Sylvie Rabatel dit :

    Désobéir aux traités vont faire que la commission nous traînera devant le tribunal de Strasbourg et les amendes salées vont s’accumuler…….

    J'aime

    • bonobo dit :

      Si la France ou l’Italie désobéissent aux traités (je veux dire sur autre chose que des détails), l’affaire n’est plus du niveau du tribunal de Strasbourg (d’ailleurs on peut aussi bien, tant qu’à faire dans la foulée désobéir aux condamnations du Tribunal). L’affaire sera évidement reprise au niveau politique le plus haut.
      Posez vous la simple petite question : Quelle est le seul pays à avoir profité de la plus improbable des façons de la nouvelle structuration de l’Europe après l’Euro ? Vous me suivez ? et par conséquent quel est le seul pays qui fera tout pour conserver la cohésion ?
      Qui perdrait plusieurs milliers de milliards d’Euros si on soldait Target 2 demain ?. Qui serait responsable d’une crise bancaire systémique mondiale ? Croyez moi, Merkel ira à Canossa si on la rudoie suffisamment et qu’on lui offre un habillage de surface. Le tout est une question de volonté. l’Italie n’en manquera pas, ses dirigeants étant soumis à la pression d’une immense colère populaire. En France, si on ne veut pas laisser ce rôle à la Le Pen, il faudrait se bouger le cul à la FI. Cela n’en prend pas le chemin avec l’inflexion catastrophique des derniers mois, si bien décrite par François.
      Sans compter qu’une crise majeure aura déjà modifié tout le paysage d’ici les élections ?
      Où est la prospective, où sont les propositions ? je n’en voit plus à la FI.

      J'aime

      • Sylvie Rabatel dit :

        Sauf que target 2 fait peur à l’Allemagne, les sommes en jeux deviennent trop considérables et ne seront probablement jamais remboursées. C’est l’Allemagne qui cherche maintenant à sortir
        de l’Euro avant que le système n’explose. Le parti de Merkel, la CDU demande par voie de presse un nouvel article dans les traités pour pouvoir sortir de l’Euro sans sortir de l’Europe,
        ce qui n’est actuellement pas possible.

        J'aime

  4. bonobo dit :

    A votre avis, si l’Allemagne tente de sortir de l’Euro, elle ne réclamera pas ses sous ? La France aussi est pas mal plombée par Target 2, elle ne voudra pas ses sous ? Et si les deux veulent leurs sous, les débiteurs vont gentiment leur signer le bon de sortie ? Non bien sur !
    Sans compter qu’en sortant de l’Euro, l’Allemagne perd son atout le plus important, qui corsète la concurrence. Seule une déconstruction ordonnée de l’Euro est possible. Et le plus vite possible sera le mieux. Revenir à une Europe ante-Maastricht en mettant commission, BCE et Berlin au pied du Mur. Bien sur prévoir un Plan B à plusieurs hyper-costaud !
    Mais pour ça lucidité et courage sont requis. Je n’en voit pas à la FI.

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s