Prélèvement à la source : mascarade et enfumade

Emmanuel Macron se prétend autant Saturne que Jupiter. Ainsi, ses sorties à première vue iconoclastes sont-elles bien souvent dictées par un souci de gérer au mieux et à son propre bénéfice les temporalités politiques. La réforme du prélèvement à la source en est un exemple frappant qui saute immédiatement aux yeux de ceux que le président n’arrive pas à faire sauter à la corde.

Mardi 4 septembre, après une semaine d’apparente confusion, Edouard Philippe confirmait en effet à la télévision le maintien de la réforme prévue et votée de modification du prélèvement de l’impôt des contribuables. Edouard Philippe. Pas Emmanuel Macron. La différence est de taille. Le premier est contraint d’endosser la réforme et les risques qui vont avec. Pas une image ne donne le second avaliser la réforme. Au contraire, il a pris soin de donner à voir des doutes bien artificiels qui, en janvier prochain, au moment de l’entrée en vigueur de la réforme, lui permettront de se dédouaner pour partie de la responsabilité de celle-ci, voire d’apparaître comme une victime après avoir été un lanceur d’alerte.

Personne ne peut raisonnablement penser qu’Emmanuel Macron a de lui-même suscité un tel cafouillage par inadvertance. Ce serait grandement sous-estimer sa capacité à se mouvoir dans les anciens arcanes du pouvoir. Bien sûr, créer en cette rentrée une telle cacophonie a un coût politique. Mais un coût qu’Emmanuel Macron juge inférieur à celui d’une colère populaire à son endroit au mois de janvier. En l’espèce, le président Macron de septembre se sent encore suffisamment fort pour absorber cette piètre séquence politique et préserver par là autant que faire se peut le Macron chef de file de la campagne des européennes de 2019.

Voilà qui en dit long sur les priorités politiques du président pour l’année à venir. Confiant dans sa capacité à absorber les chocs intérieurs économiques et sociaux. C’est vrai pour le prélèvement à la source. C’est vrai aussi pour la réforme des retraites. Pendant ce temps, l’élection européenne reste pour le président le fil conducteur non seulement de son année mais aussi le point de passage obligé de son quinquennat. La politique macronienne, désormais clairement établie comme une politique de Caste au service de l’oligarchie et confiée à cet effet aux technocrates, ne peut plus avoir de justification que par son inscription dans le cadre européen. C’est l’UE qui permet à la fois à Macron d’assumer la mise en œuvre de sa politique intérieure, et qui lui permet « en même temps » de pousser plus avant l’inscription de notre pays dans la mondialisation galopante en voulant approfondir le cadre européen prévu à cet effet. L’élection européenne de mai prochain est donc décisive pour lui. Rien ne doit venir gâcher le tango que Macron et l’extrême-droite européenne dansent de concert. Dans la répartition des rôles, Macron n’a rien à envier à Salvini ou à Orban : la comédie de la dichotomie a déjà débuté.

L’épisode du prélèvement à la source en dit donc long sur l’année à venir. S’il serait de bon ton de faire rengorger au président la confiance insolente qu’il affiche à l’approche des mobilisations sociales de l’automne et surtout du printemps, il convient sans faux semblant de s’inviter dans le débat sur le fond sur les questions européennes. Celui-ci ne peut être confisqué par le repli sur soi xénophobe d’un côté et l’apologie du libéralisme à tout va de l’autre. Dans un cas le peuple sert de prétexte à sa restriction à sa dimension ethnique. Dans l’autre il est appelé à se dissoudre dans une fumeuse souveraineté européenne. Face à ceux-là, il conviendra donc de reposer concrètement le primat de la souveraineté populaire, laquelle s’exprime d’abord dans le cadre national[1], pour porter un projet de transformation humaniste et émancipateur. Sur ce terrain là aussi la confrontation doit être assumée.

François Cocq

[1] « Alerte à la souveraineté européenne ! La chimère de Macron contre la souveraineté populaire », p 65, 66 et 67

4 commentaires sur “Prélèvement à la source : mascarade et enfumade

  1. Jean-Pierre Reyal dit :

    Il y a un sujet qui n’est jamais traité: les entreprises seront les nouveaux fermiers généraux. Or aucune entreprise ne travaille pour rien. Alors comment vont elles gagner de l’argent avec cette affaire? Les grands groupes vont placer cet argent et la rémunération sera probablement résultante de la durée du placement, lièe au délai de transfert de fonds imposé par l’Etat. Quel est ce délai?

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    • Jean Paul MAÏS dit :

      Dans un premier temps, les patrons vont au minimum se faire rembourser les frais d’ adaptation des logiciels de paie, ce qui n’ est pas choquant en soi. Par contre, pour transférer les fonds collectés, il est à craindre que cela ne fonctionne pas mieux que pour les cotisations sociales !
      Combien de dizaines de milliards n’ ont jamais été versés à la Sécu ? Et pour quelles sanctions ?
      Les fermiers généraux, collecteurs d’ impôts, se portaient bien du temps de Louis XIV. Pourquoi changer une équipe qui gagne ?

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      • Jean-Pierre Reyal dit :

        Les entreprises ne travaillent jamais sans profit. On ne connaît pas ce qui va être facturé à l’Etat

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  2. Pantigny Sylviane dit :

    belle analyse François. Le petit roi a tendance à nous prendre pour des imbéciles. Cela va se retourner contre lui, il va se prendre le boomerang en pleine figure !

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