Réflexions sur les détours tactiques

J’ai pris connaissance avec attention de l’article de Gaël Brustier dans Le nouveau magazine littéraire, article intitulé « Mélenchon, la longue marche et le détour tactique ». Cet article est utile à tous car il pose sans faux-semblant ni jugement l’explicitation de la séquence politique actuelle de La France insoumise. Là où Gaël Brustier écrit en politologue, je me permets de rebondir en tant que militant passionné par le champ des idées et qui souhaite modestement contribuer au débat et à la juste prise de décision collective.

Dans son exposé, Gaël Brustier évoque les raisons qui ont présidé au choix stratégique opéré par la direction de La France insoumise à l’approche des élections européennes. Comme lui, je suis fondé à penser qu’il ne s’agit que d’une parenthèse tactique (encore que méfions-nous des parenthèses, surtout quand le calendrier et l’approche des élections locales pourraient pousser la prolonger…) qui ne modifie en rien la colonne vertébrale que reste la révolution citoyenne. Quant à l’analyse qui a présidé à modifier l’orientation de LFI à l’approche de ce scrutin, elle est cohérente et se défend aisément sur la base des arguments évoqués par Gaël Brustier qui sont à n’en pas douter les mêmes que ceux que les cadres dirigeants de LFI avaient en tête. Une telle approche sociologico-électoraliste s’appuie cependant avant tout sur la perpétuation de modèles existants. Dans une élection européenne qui répondrait aux mêmes codes que les précédentes, la stratégie de LFI apparaît donc sensée.

Je vois cependant deux biais dans l’argumentation. Le premier est que Gaël Brustier considère que ce qu’il appelle le « sortisme » (un « dégagisme » policé et étendu au cadre institutionnel) ne saurait être un élément central lorsque le corps électoral se restreint. Qu’il soit atténué par rapport à la présidentielle je veux bien l’entendre. Mais c’est quand même oublier que le FN est arrivé en tête aux européennes de 2014 avec près de 25% des suffrages en mêlant une apparente rupture radicale avec le système à la xénophobie que ce mouvement véhicule. Sans compter les scores réalisés à l’époque par d’autres formations, Front de Gauche y compris, qui sur leur propre terrain envisageaient une rupture avec « l’Europe telle qu’elle est ». Dès lors, l’incarnation de la rupture avec l’ordre ancien et de la reconquête de la souveraineté populaire est une tâche structurante qui ne saurait être minimisée car elle représente à la fois une aspiration grandissante mais surtout parce qu’elle ne saurait être abandonnée à l’extrême-droite.

Le second biais a trait à la place que l’on accorde au référendum de 2005 contre le Traité constitutionnel Européen (TCE). Pour Gaël Brustier, « l’horizon de Maastricht demeure une référence, les fondamentaux de la Vème République sont moins contestés ». Avant de poursuivre considérant que « pendant trente ans le projet de la gauche de gouvernement s’est identifié à l’Acte Unique, au traité de Maastricht et à ceux qui suivirent. Malgré l’opposition de l’un de ses fondateurs – Jean-Pierre Chevènement – puis celle de certains socialistes lors du référendum de 2005, la ligne politique du PS a postulé l’impossibilité d’une autre politique monétaire, l’adoption des politiques commerciales comme du droit de la concurrence et asséné l’idée d’une impossibilité de tout autre chemin pour la FranceL’Europe a une forte dimension idéologique, marquée par le consensus, dont découle l’extrême limitation de la légitimité de la critique, que ce soit du contenant comme du contenu. » Ainsi pour Gaël Brustier les esprits restent largement matricés sur les questions européennes par la soumission depuis trente ans de nos dirigeants nationaux, et donc de nos politiques nationales, aux logiques de l’UE. Je crois pour ma part que 2005 était autre chose qu’un sursaut. A cette occasion, une volonté majoritaire s’est exprimée. La trahison du Traité de Lisbonne et la perte de souveraineté qui l’a accompagnée a fait disparaître de l’ordre du visible cette majorité populaire. Elle ne l’a pas déconstituée. 2005 reste la grande ligne de faille de la vie politique même si elle n’est pas unique.

Dès lors je suis pour ma part de ceux qui pensent que les temps ont changé. Non que j’imagine une participation supérieure aux 40 % envisagés pour l’élection européenne. Mais parce que je crois que ce sont les objectifs assignés à l’élection européenne qui doivent être revus : est-ce une élection intermédiaire de stabilisation du mouvement, qui vise à avoir le plus d’élu.e.s possible, et à construire ou conforter à ce stade une centralité dans un périmètre restreint, la gauche ? Ou doit-elle être appréhendée comme une occasion de donner des gages en termes de cohérence et de continuité pour restaurer la confiance populaire dans le fait politique pour préparer au mieux les seules élections qui vaillent en 5ème République, parce que les seules à même de changer les choses, les élections présidentielle et législatives ?

La différence d’approche est notable. Dans un cas on s’adresse aux seuls électeurs potentiels tout en prenant le risque de donner à voir une façon de faire qui le moment venu peut refroidir les électeurs plus occasionnels qui fournissent les gros bataillons de la présidentielle. Notons d’ailleurs que cette stratégie s’avère in fine assez peu « révolution citoyenne »… Dans l’autre on choisit de donner un identifiant clair au mouvement afin qu’il représente à l’avenir un repère pour les citoyen.ne.s et on poursuit de manière assumée la tâche d’élévation du niveau de conscience.

Alors certes je ne sous-estime pas le risque qu’il y aurait à se retrouver avec un score décevant au soir du 26 mai 2019 en négligeant la dimension électoraliste de ce scrutin. Mais je reste persuadé qu’il ne faut céder à une crainte surévaluée. La question du « leadership à gauche » a été tranchée durablement par la présidentielle. Avoir pour objectif premier de la conforter lors des européennes, c’est croire que le PS peut renaître de ses cendres. Je n’y crois guère. Je crois même qu’on lui apporte une bouffée d’oxygène en relançant une compétition avec lui. Un risque de compétition électorale existe en revanche avec EELV. Mais non seulement la relatéralisation ne l’empêche pas, bien au contraire, mais c’est aussi accorder à EELV un crédit que cette formation n’a pas hors les européennes. En parallèle, tout porte à croire que LFI bénéficie désormais d’un socle électoral relativement stable et ancré, certes inférieur aux moments de hautes eaux, mais qui la prémunit contre l’accident électoral rédhibitoire.

Si par contre il est un élément incontestable pour qui s’intéresse à la politique dans ses grands mouvements de structure, c’est le double phénomène à l’échelle de l’UE d’affaissement (progressif ou brutal) des blocs traditionnels de gauche comme de droite (lire l’article sur les élections suédoises ici) tandis que se développe dans les différents pays une volonté populaire pour reprendre en main sa destinée collective, pour les uns sur des bases de repli identitaire, pour d’autres en promouvant un humanisme radical et émancipateur. La séquence destituante n’est donc terminée ni en Europe ni en France. L’élection de Macron n’a pas purgé la question, bien au contraire. Sa politique comme ses pratiques l’alimentent à nouveau. Il serait illusoire de croire que notre pays restera à l’écart de ce phénomène de structure et il serait donc à mon sens de bon ton d’essayer de le chevaucher.

Deux approches cohabitent donc. A ce stade, bien malin qui peut avoir des certitudes et la réflexion ne vaut donc pas jugement. Mais il y a sans doute là matière à effectuer un pari que LFI ne fait pas en restant dans le confort de l’existant, ou en voulant mener de front deux stratégies qui s’avèrent incompatibles. Gaël Brustier évoque lui dans le titre de son article un « détour tactique ». Contrairement à ceux qui pensent qu’il s’agit d’un changement de pied durable, je partage cette idée du détour. Mais il ne faudrait pas que le prix à payer pour celui-ci s’avère bien plus coûteux in fine que faire le chemin en ligne droite. Et que le tactique prenne le pas sur la conviction.

16 commentaires sur “Réflexions sur les détours tactiques

  1. micmousse dit :

    je répète encore et encore : je préfère crever que voter pour une liste comportant un PS , même en présence de forte peste brune .
    de toutes façons , ces magouilles électorales se paient d’une hausse du Fhaine et le dépit favorise l’abstention
    d’ailleurs si on lit les salopards PS qui nous ont massacré sous Hollnde et dont certains continuent sous Macron , on se rend bien compte que leur seul rapprochement qu’ils essaient d’effectuer avec la Fi , c’est parcequ’ils ont observé que la Fi est le seul mouvement en hausse dans les sondages , même bidonnés , et que c’est donc leur seule chance d’etre élu
    Mais ce qu’ils ne voient pas , les meRdias non plus , c’est que si nous progressons c’est par rejet de leur magouilles , par dégoût de leurs trahisons , et parceque l’alternative proposée par la Fi , l’AEC, apparaît de plus en plus comme raisonnée , raisonnable et viable

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  2. Vincent Christophe LE ROUX dit :

    Bonjour François, merci pour cette nouvelle contribution. Je pense moi, comme toi et Gaël Brustier, qu’ils’agit bien plus d’évolution ou d’adaptation « tactique » que de refonte stratégique et tu décris bien, à la suite de Brustier, ce qui, sans nul doute, guide Jean-Luc et celles et ceux qui ont imposé ce « détour ». Mais outre la manière peu respectueuse de la démocrate avec laquelle cela s’est décidé, quant au fond, j’ai, ce qui ne te surprendra pas, les mêmes craintes que toi. Je suis satisfait de lire dans tes lignes, comme je l’avais déjà fait les deux fois précédentes, ce que précisément je ressens et décris avec mes propres mots. Pour moi le coeur de la problématique est ce que tu relèves quand tu écris :

    « je suis pour ma part de ceux qui pensent que les temps ont changé. Non que j’imagine une participation supérieure aux 40 % envisagés pour l’élection européenne. Mais parce que je crois que ce sont les objectifs assignés à l’élection européenne qui doivent être revus : est-ce une élection intermédiaire de stabilisation du mouvement, qui vise à avoir le plus d’élu.e.s possible, et à construire ou conforter à ce stade une centralité dans un périmètre restreint, la gauche ? Ou doit-elle être appréhendée comme une occasion de donner des gages en termes de cohérence et de continuité pour restaurer la confiance populaire dans le fait politique pour préparer au mieux les seules élections qui vaillent en 5ème République, parce que les seules à même de changer les choses, les élections présidentielle et législatives ?

    La différence d’approche est notable. Dans un cas on s’adresse aux seuls électeurs potentiels tout en prenant le risque de donner à voir une façon de faire qui le moment venu peut refroidir les électeurs plus occasionnels qui fournissent les gros bataillons de la présidentielle. Notons d’ailleurs que cette stratégie s’avère in fine assez peu « révolution citoyenne »… Dans l’autre on choisit de donner un identifiant clair au mouvement afin qu’il représente à l’avenir un repère pour les citoyen.ne.s et on poursuit de manière assumée la tâche d’élévation du niveau de conscience. »

    Et quand tu conclues – provisoirement, j’imagine… – par ces mots :
    « il ne faudrait pas que le prix à payer pour celui-ci s’avère bien plus coûteux in fine que faire le chemin en ligne droite. Et que le tactique prenne le pas sur la conviction. »

    J’ignore tout de ton poids actuel, de ton influence à la FI. Dans ton bilet du 5 juillet tu parlais de « bouteille » à la mer ce qui ne laissait pas augurer que tu avais l’idée que tes écrits puissent jouer un grand rôle. Mais je pense malgré tout que si tu l’as fait, c’est parce que peut-être tu pensais que tu serais lu et appuyé et qui sait, que peut-être autour de toi ou en tout cas de tes positions, d’autres se rassembleraient. Tu devrais, si tu ne le cherches pas déjà à bas bruit, tenter de faire quelque chose de plus que de publier ces billets. Il y a pas mal de gens, Insoumis ou pas, qui seraient prêts à t’appuyer, j’en suis certain. Et il y a, je n’en doute pas, d’autres « leaders » insoumis qui sont sur ta ligne. Ne serait-il pas, cher François, opportun que vous agissiez ensemble pour 1) pousser très fort en faveur d’une révision rapide de cette « tactique » malheureuse – vous seriez très soutenus… et 2) tenter de reprendre votre place influente auprès de Jean-Luc qui semble bien, cette fois, vous avoir préféré d’autres conseillers sur une autre ligne. Le risque de torgnole magistrale au soir du résultat est très élevé pour user d’un euphémisme; Et cette torgnole-là serait très handicapante pour la suite tandis qu’un combat stratégique en visant la suite, et donc un travail politique de pédagogie sur le fond en se servant de cette séquence électorale européenne, serait ajouter de belles pierres à un édifice reposant déjà sur de belles bases. C’est bien ce que tu dis en filigrane de tes trois billets et en particulier dans celui-ci. Alors, François, je compte sur toi pour ne pas seulement jeter des bouteilles à la mer mais bien pour mener le combat politique en faveur de ce que tu crois nécessaire. Tu as mon soutien.

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  3. Jean Paul MAÏS dit :

    Je ne vois plus aucune référence à la sortie simultanée de la FRANCE de l’ euro, de l’ Europe, de l’ OTAN ? Que des magouilles politicardes pour conserver quelques sièges bien rémunérés ?
    Alors, sans moi !

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  4. bonobo dit :

    Bonjour François Cocq !
    A la lecture de votre tribune en commentaire d’un tournant tactique de la FI, je vous écris pour vous livrer un sentiment de frustration prononcé à l’endroit de votre constat. Celui-ci, assez rigoureux sur les faits, me semble pâtir d’un ton par trop euphémisé qui rend difficile d’en percevoir nettement les enjeux concrets.
    Ce ton, acceptable dans le cas de l’article de Gaël Brustier, politologue de son état, qui doit donc distancier, l’est moins chez vous (« passionné du champ des idées »,vous pourriez vous permettre, c’est un conseil amical, de fendre l’armure de façon un peu plus prononcée).
    Je vous reprends donc avec pour objectif de « nommer les choses » selon l’impératif camusien. Je n’ai pas grand-chose à dire, à part cette objection de forme, sur le déroulé de votre propos à peu près fidèle aux faits.
    Une objection cependant sur votre conclusion : Vous « partagez l’analyse du détour tactique de Gaël Brustier » tout en évoquant pour celui-ci un « prix à payer qui pourrait s’avérer bien trop lourd ».
    Qu’en termes choisis ces choses-là sont dites !
    En clair, vous pensez que le cœur du mouvement, sa base active et déterminée, se sente au mieux étrangère au dit détour tactique et au pire tout à fait révoltée aussi bien par le contenu de celui-ci que par sa forme, lénino-tractée quoique puisse en dire l’état-major (de la mystérieuse place indéterminée d’où il opère). Quant aux conséquences qui pourraient s’en inférer pour le mouvement dans son avenir, elles ne peuvent être à l’évidence que délétères.
    Et c’est une lourde responsabilité du QG que d’avoir pris ici un risque majeur que vous me semblez sous-estimer gravement :
    « Tout porte à croire que LFI bénéficie désormais d’un socle électoral relativement stable et ancré, certes inférieur aux moments de hautes eaux, mais qui la prémunit contre l’accident électoral rédhibitoire ».
    Pour ma part, j’ai bien peur du contraire et j’ai bien peur, qu’à regarder les choses par le petit bout de la lorgnette électorale, vous ne rejoignez la cécité qui sévit en haut lieu sur les conditions stratégiques de développement de la FI.
    Reprenons les choses dans l’ordre. Vous en avez parfaitement rendu compte dans deux billets précédents. « Le grand retour en arrière » et « Des raccourcis comme des impasses ».
    Il en va d’un grand débat, nous sommes en plein dedans, sur le divorce toujours s’accentuant de la Gauche et du peuple. Est-t-il satisfaisant de parler de droitisation ? Ou chercher les origines de cette dérive, ou trouver des remèdes (toile de fond d’un nouveau langage politique de l’émancipation).
    Que des bonnes questions donc à propos desquelles vous notez avec justesse que le Parti de Gauche, votre parti donc, avait choisi pertinemment, depuis 2014 de répondre par l’idée d’une « fédération du peuple ». Mais vous notez également qu’en 2018, lors d’un congrès, une intervention de couloir (?) est venue mettre à mal cette louable intention au profit d’une réorientation « en arrière toute » exprimée par le vocable abscons de « relatérisation ». « Ce que vous nommez vous-même « Le grand bond en arrière). Grossièrement exprimé ; il en va ici de la stratégie dite «du leadership à gauche » depuis confirmée et reconfirmée par tout ce que la FI compte de voix autorisées.
    Permettez-moi de vous dire qu’à ce point précis vous êtes d’une indulgence coupable avec vos amis. Vous parlez de rétrécissement. Quel mot étrange pour désigner le spectacle d’un combattant qui se coupe lui-même un bras à l’orée du champ de bataille ! Comment ne pas mettre en évidence première la totale vacuité présente du signifiant « gauche » pour tout ce qui n’est pas militant (donc presque tout le monde). Comment ne pas pointer l’imbécilité profonde du slogan mitterrandien du « leadership à gauche » qui, croyant que la messe est dite, propose, urbi et orbi, une alliance cannibale à des forces qu’on déclare vouloir assujettir !
    Vous êtes très lucide quand vous parlez de « sacrifice sur l’hôtel de l’électoralisme à courte vue » mais pas sur le diagnostic, à mon sens lorsque vous évoquez, d’un terme « gazeux », la confusion des esprits.
    Je ne pense pas du tout que le staff doctrinal de la FI soit dans la confusion le moins du monde. Non ! Ils sont dans le renoncement, ce qui est bien pire. Et ce qui est d’autant plus blâmable qu’il n’y a à mon sens, pas la moindre raison à l’horizon politique pour lâcher prise sur quoi que ce soit.
    La vérité me parait tristement banale et pourrait servir de raccourci à tout l’histoire de la Gauche depuis un siècle : Ces gens-là sont des parvenus. Aveuglés par la perspective de places, mandats et/ou exposition médiatique, ils agissent comme l’écureuil qui met à l’abri ses noisettes.
    Ils capitalisent. Ils capitalisent au risque de briser l’élan militant, au risque de perdre la brillance du nouveau qui avait tant compté lors de la campagne de 2017. Au risque du déshonneur, comme cette ancienne responsable de la télévision insoumise, visiblement éscroqueuse à son égard, qui ne craint pas d’accepter de l’avancement en devenant « directrice de la campagne européenne ».
    Faut-il que ces gens-là, à l’instar des Marcheurs, dont ils paraissent être des clones, soient totalement immergés dans le monde qu’ils prétendent combattre ! Qu’ils en répliquent les modes de pensée, les pratiques et surtout la nocivité sociale !
    Ne serais-je pas, par ces constats, dont je défie quiconque de me contester la vérité, amené à la position intenable du dégagisme et du « tous pourris ». Je connais par cœur «Les grenouilles qui voulaient un roi » et son épilogue. « De celui-ci contentez-vous de peur d’en rencontrer un pire ».
    Par chance, nous sommes aujourd’hui en plein cœur d’un moment politique qu’on pourrait à bon propos nommer le dilemme populiste.
    Les Médias et les Sachants battent en effet l’estrade sur les dangers du moment, sans nuances ni précautions, maniant la « réductio ad hitlerium » et, ce faisant, agitant l’argument politique suprême : la peur.
    Si j’en viens à ce sujet à l’occasion d’une discussion de vos thèses, François Cocq, c’est que je considère au contraire, ce moment comme ouvert aux possibilités d’émancipation et que j’ai pu repérer dans vos trois tribunes des intuitions prometteuses.
    Simples mais robustes, vos idées de « créer une agrégation populaire autour de signifiants communs », « ne pas cibler et parler largement » ou « entreprise de reconquête de la dignité populaire en réaffirmant le citoyen dans sa souveraineté » tranchent immédiatement avec l’hermétisme de la tambouille qui tient lieu de discours à la FI autorisée.
    Vous savez mieux que moi avec quelle ampleur ces idées simples sont partagées dans la FI. Ce ne sont qu’idées directrices, certes, mais elles ne peuvent se concrétiser qu’à l’échelle locale. L’occasion des élections européennes pourrait fournir un premier champ d’application d’une stratégie à la base, contrecarrant les petits calculs mesquins de la hiérarchie. Après tout, Mélenchon lui-même a bien exhorté à Marseille, les groupes d’appui à vivre leur vie.
    Aux insoumis, donc de s’insoumettre. Là où le QG a mis en place une stratégie défaitiste, basée sur l’idée d‘une élection mineure, soutenir que toutes les occasions sont bonnes pour une expression populaire.
    Soutenir et expliciter l’immense colère populaire contre le pouvoir illégitime et destructeur d’une soi-disant « Union Européenne ».
    Répandre l’idée de désobéissance aux traités, véritable Tunique de Nessus » sur le corps des peuples européens, à l’heure où, de toute façon, plus personne n’obéit plus a personne dans cette maison des fous.
    Bref, faire ce qui fut fait brillamment en 2017, ranimer la flamme de l’espoir dans le peuple, en tout cas dans sa partie la plus vive.
    Et, ce faisant, permettre au QG, tout entier absorbé dans ses mesquins calculs de tambouille politicienne, de méditer à nouveau sur le sens du mot « insoumission ».
    « A l’heure où Macron pose sur la table avec sa souveraineté européenne un objet politique structurant pour son camp, déstructurant pour le peuple, à l’heure où est menacée la liberté de pouvoir décider collectivement de ce qui est bon pour le collectif humain dans lequel on se reconnait (pour nous républicains le corps politique qu’est la Nation), à l’heure où se redéfinissent des identités d’exclusion sur des bases ethnico-culturelles, il est dommage et pour tout dire décevant de commencer ce chemin par un tel retour en arrière » François Cocq.
    Insoumission.

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    • On croirait madame Irma dans un exercice de magie noire. Un long développement avec beaucoup de mots savants pour jeter aux orties tout ce qui a été construit. Des mots et des propos parfois à la limite de l’insulte à l’égard comme vous le dites « QG »; Merci pour eux. La discussion n’est pas l’anathème dans une sorte de haine qui à du mal à se contenir.

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      • bonobo dit :

        La thématique du traitre, qu’il soit « vipère trotskiste » ou « laquais de l’impérialisme » n’a que trop servi. Loin de « jeter aux orties tout ce qui a été construit », j’essaie au contraire de sauver ce qui peut l’être mais qui a été tant abimé par des irresponsables qui se sont cru autorisés à trancher seuls, sans mandat, contre le sentiment majoritaire.
        Je n’insulte pas, je met en évidence des faits, je n’ai aucune haine envers quiconque. Si le QG est un élément de mon propos,c’est qu’on ne peut rien dire si on s’interdit de le juger (et je vous prie de croire qu’ils sont parfaitement conscients des éléments dont je me sert).
        Mais pour tout ce qui est discussion, je suis votre homme. J’adore ça et je sais depuis longtemps que c’est la seule façon d’avancer.

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  5. Jean Paul MAÏS dit :

     » reductio ad hitlerium » ? Pas mal non plus dans la catégorie « propos abscons » !
    J’ ai tout lu, mais est-il bien nécessaire de développer aussi longuement pour expliquer des choses simples ?
    J’ ai participé activement à l’ affichage officiel de LFI, aussi bien pour les Présidentielles que les Législatives dans mon canton de 87400-SAINT-LEONARD. Mais si la tambouille électorale devait se confirmer pour les Européennes, je le répète, cela se fera sans moi.

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  6. BRETON dit :

    Faites des commentaires plus courts , moins alambiqués , ne vous jouer pas des mots …. soyez moins stylés et plus compréhensibles . SVP n’étalez pas vos savoirs c’est inutile , vos commentaires sont en partie zappés . Tous n’avons pas Bac + 18 . Perso je suis paysan retraité , je me prends la tête à vous lire vous relire pour vérifier de ma compréhension .
    Je rejoins Micmousse et rajoute « un socialiste , un communiste style Laurent ,Chassaigne , Dartigolle … des repentis de derniére minute d’où qu’ils viennent d’ailleurs  » et la FI n’aura pas nos voix (mon épouse) .

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  7. Je partage les craintes de François, que la tactique politicienne pour conforter le leadership à gauche en accueillant au passage quelques transfuges sans grande base militante fasse perdre de vue l’essentiel : construire un peuple en pointant beaucoup plus qu’on ne le fait l’oligarchie européenne (en 1er lieu Juncker organisateur du système d’évasion fiscale), quitte à déplaire à ceux qui ne veulent pas d’une rupture (plan B). Sinon une partie de notre électorat va se dire (malgré toutes les précautions rhétoriques sur le « commando de combat » que seraient nos futures députés européens) « ils sont comme les autres, ils veulent les places dans cette UE » et on laisse le souverainisme (et le dégagisme) qui doit être émancipateur à l’ext droite.
    Merci en tout cas de créer un cadre de discussion (sur cette ligne) qui n’existe pas.

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  8. Jacleon dit :

    Moi, cette tambouille électoraliste, ça me fout en rogne. L’affadissement du Plan B au point qu’on ne peut plus le différencier du Plan A, le désaveu de Djordje Kuzmanovic, bref une bonne partie de ce qui différenciait la FI du PS, d’EELV et du PC, sans même parler des trotskistes, hé bien tout ça ne me donne pas envie d’aller voter, et encore moins de sortir de chez moi pour aller tracter ou autre comme j’ai pu le faire aux dernières élections…
    D’autant que ce « virage tactique » a été décidé d’en haut, sans aucun respect pour la base.
    Très très déçu…

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  9. RV dit :

    Bonjour

    La tribune de JLM de ce 17/09/2018, à propos de la Fête de l’Humanité, est en totale opposition avec les déclarations mises en exergue dans cet article.
    C’est un constat de ma part, pas un avis ou une analyse.
    Non encarté et sympathisant FI j’avoue avoir du mal à m’y retrouver.
    Je vais continuer à privilégier la référence à un programme . . .

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    • RV dit :

      extrait de cette tribune :
      …/…
      le Front de Gauche est mort de notre refus de la stratégie d’alliance à géométrie variable de la direction communiste actuelle. De notre refus des « primaires de toute la gauche ». Mort du refus du PCF de permettre les adhésions directes au Front de Gauche et les comités de base. De leur refus de rompre avec Tsípras après sa trahison. Collusion qui continue aujourd’hui encore, alors même que le porte-parole de Syriza propose un front de Macron à Tsípras en Europe « face aux populismes ». De leur refus de dire si oui ou non leur politique européenne se fait à traités constants comme le disent Hamon et Brossat ou s’il acceptent la statégie de la désobéissance aux traités que nous proposons. Bref, il faut le rappeler : la fin du Front de Gauche n’a pas été une fâcherie personnelle mais une rupture politique sur des questions politiques.
      …/…
      A présent, il [le député PS Carvounas] appelle à une liste PCF/ PS/ EELV dans le noble projet de « ne pas disparaître ». Quel programme ! Où le peuple trouverait-il son compte dans ce sauvetage ? Les électeurs trancheront. Et alors le paysage sera solidement redessiné pour préparer sérieusement la conquête du pouvoir en 2022 au fil des élections locales. J’ai la ferme conviction que la voix des urnes fera le travail d’apurement qu’elle a commencé aux élections présidentielles. Nous espérons tout d’elle. Rien des combines et accords de sauvetage mutuel auxquels s’invitent entre eux nos agresseurs.
      …/…

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  10. RV dit :

    seconde tentative . . .
    ____________________
    extrait de cette tribune :
    …/…
    le Front de Gauche est mort de notre refus de la stratégie d’alliance à géométrie variable de la direction communiste actuelle. De notre refus des « primaires de toute la gauche ». Mort du refus du PCF de permettre les adhésions directes au Front de Gauche et les comités de base. De leur refus de rompre avec Tsípras après sa trahison. Collusion qui continue aujourd’hui encore, alors même que le porte-parole de Syriza propose un front de Macron à Tsípras en Europe « face aux populismes ». De leur refus de dire si oui ou non leur politique européenne se fait à traités constants comme le disent Hamon et Brossat ou s’il acceptent la statégie de la désobéissance aux traités que nous proposons. Bref, il faut le rappeler : la fin du Front de Gauche n’a pas été une fâcherie personnelle mais une rupture politique sur des questions politiques.
    …/…
    A présent, il [le député PS Carvounas] appelle à une liste PCF/ PS/ EELV dans le noble projet de « ne pas disparaître ». Quel programme ! Où le peuple trouverait-il son compte dans ce sauvetage ? Les électeurs trancheront. Et alors le paysage sera solidement redessiné pour préparer sérieusement la conquête du pouvoir en 2022 au fil des élections locales. J’ai la ferme conviction que la voix des urnes fera le travail d’apurement qu’elle a commencé aux élections présidentielles. Nous espérons tout d’elle. Rien des combines et accords de sauvetage mutuel auxquels s’invitent entre eux nos agresseurs.
    …/…

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    • Jean Paul MAÏS dit :

       » Les électeurs trancheront  » ? J’ aimerais y croire, mais je redoute que beaucoup d’ électeurs de gauche (tous partis et mouvement confondus) ne trouvant pas leur compte dans un programme politique clair et offensif, se réfugient dans une abstention record !

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  11. Antoine dit :

    J’ajouterais à votre critique que je suis en désaccord avec Brustier quand il postule que les électeurs seraient plus fidèles aux vielles structures partisanes lors des élections européennes. Dans les derniers sondages, LREM fait 21% d’intentions de vote aux européennes, soit à peine moins que le score de Macron au premier tour (ceci malgré le discrédit de l’exercice du pouvoir). LREM ne fait pas vraiment partie des anciennes structures partisanes, mais on ne voit pas ses électeurs retourner au PS ou à LR.

    Il est surtout connu que les électeurs votent aux européennes selon leurs envies voire leurs lubies du moment, ce qui peut donner des « anomalies » comme les 16% obtenus par EELV lors du revival liberal-écologiste lancé par Cohn-Bendit.

    Le changement tactique actuel me semble correspondre à l’objectif profond de JLM, qui est de devenir hégémonique à gauche afin d’accéder au second tour d’une présidentielle. Après s’être intéressé avec insistance au PCF (dont les militants ont fini par juger, au dernier vote – mais peut-être un peu tard -, qu’ils avaient plus intérêt à une ligne indépendantiste), il profite de la faiblesse du PS pour en phagocyter l’aile gauche, alors que l’aile droite est partie chez LREM.

    En fait, le détour tactique est peut-être plutôt à chercher du côté du recours à la théorie populiste et à des fragments de souverainisme, alors que la trajectoire politique de long terme de JLM s’inscrit résolument dans la perspective de l’union de la gauche (fût-ce sous forme de la domination d’un parti sur tous les autres, comme c’était déjà le cas avec le PS).

    Un dernier point : les analyses de politologues (comme Brustier) sont le plus souvent de pure tactique car elles ne s’intéressent qu’à la question de la conquête électorale. Or, le problème derrière, c’est quelle politique mener une fois au pouvoir, avec quels leviers et quelle majorité. Sinon, on fait du Tsipras : on se fait élire après avoir promis de relancer une économie exsangue tout en restant dans l’euro, et on finit dans le mur.

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  12. Antoine dit :

    Voilà, il semble que la clarification est en route… Sans surprise (à mon avis), la direction de la FI – c’est-à-dire JLM – a choisi la ligne « PS bis », qu’on pourrait aussi nommer « la gauche plurielle dans un seul parti » en référence à l’alliance gouvernementale autour de Jospin en 1997 qui a abouti aux plus grandes vagues de privatisation et à la signature du traité du Luxembourg approfondissant l’orientation libérale de l’UE.

    Mes condoléances à la branche souverainiste-sociale-républicaine de la FI, que j’aurais bien aimé voir triompher, mais sans illusions. Les classes populaires sont désespérément orphelines de représentation politique.

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