Le modèle macroniste déjà évacué

Le remaniement traîne en longueur. Vendredi, si tant est que celui-ci intervienne bien à cette date, nous en serons à 10 jours d’une faille politico-temporelle qui aura vu un gouvernement en partance occuper formellement les institutions sans pour autant être en capacité d’agir faute de légitimité suffisante pour cela. L’épisode est tout sauf anodin, mis à part pour les médiacrates en quête d’un nouvel épisode de télé-réalité. Il traduit au contraire l’effondrement du modèle politique de grande coalition à la française.

Celles et ceux qui suivent régulièrement ce blog ou qui ont lu mon dernier ouvrage Alerte à la souveraineté européenne ! La chimère de Macron contre la souveraineté populaire, savent déjà qu’après deux décennies d’alternance, les modèles de gouvernements de grande coalition ont été appelés à la rescousse au début des années 2010 pour palier le double affaissement de la démocratie-chrétienne d’un côté et de la social-démocratie de l’autre. En 2014, 16 des 28 pays de l’Union européenne avaient ainsi aux affaires un gouvernement de type grande coalition.

En France, nous n’avons pas connu jusqu’ici de grande coalition en tant que telle. Les cohabitations, propres aux institutions mortifères de la 5e République, ont un temps éloigné ce modèle du moins dans la forme. Nicolas Sarkozy, le premier, s’est ensuite essayé à la triangulation. Mais celle-ci a surtout existé à travers le débauchage de personnalités arrivistes.

Emmanuel Macron, constatant à son tour l’effacement programmé des vieilles organisations et l’incapacité d’un camp ou de l’autre à constituer une majorité électorale, a franchi le pas. Il s’est fait le dépositaire d’un modèle spécifique de grande coalition, héritier des précédentes expérimentations hexagonales. Cette grande coalition à la française ne s’est pas présentée comme une alliance électorale mais comme un réceptacle à la triangulation, à la fois au-dessus et entre la gauche et la droite. Les contenus et les pratiques ont pourtant tous les attributs des grandes coalitions : alignement sur l’orthodoxie libérale, pratique autoritaire sous couvert d’une prétendue homogénéité assimilée au rassemblement, patchwork de personnalités en mal d’existence dans leurs anciennes organisations. Ajoutez-y un zeste de « société civile » (sic) et Macron a réussi le tour de force de rhabiller cette grande coalition en renouveau démocratique là où il est au contraire question de petite mort de l’ancien monde.

Toujours est-il que c’est l’effondrement de ce modèle macroniste de grande coalition que donne à voir la difficulté constituer un nouveau gouvernement. Il n’y a là rien de surprenant. Je développe dans mon livre comment les grandes coalitions se sont vues très vite dépassées, laissant à nouveau la place à des situations d’impasses démocratiques. Là le pouvoir est resté vacant comme ce fut le cas pendant plus de 500 jours en Belgique, ailleurs un retour aux urnes s’est imposé comme en Espagne en 2016, d’improbables coalitions ont émergé comme en Italie, de nouvelles grandes coalitions immédiatement mort-nées ont fini par aboutir au bout de 6 mois comme en Allemagne, et parfois c’est carrément l’extrême-droite qui est porté aux manettes comme en Autriche. Bref, les grandes coalitions ont été un pis-aller éphémère pour maintenir à flot l’ancien monde.

Le modèle macroniste de grande coalition est donc à son tour emporté. Cette dislocation n’a pas encore eu l’occasion de s’exprimer dans les urnes qu’elle prend déjà forme dans ce qui en est l’essence même : la politique du « en même-temps » a laissé la place à celle d’une droite libérale et mondialiste assumée, quand la dérive personnelle et autoritaire du pouvoir s’est fracassée sur l’affaire Benalla. Les atermoiements imposés autour du remaniement donnent pour leur part à voir que le simple rassemblement même des personnalités s’avère de plus en plus complexe tant l’attractivité du giron grande coalition perd de sa centralité. Les politiques ne veulent plus y aller, comme ce président de conseil départemental PS, quand la société civile » n’y est plus la bienvenue. Bien sûr Macron trouvera toujours des courtisans pour faire office de ministre. Mais la liste des refus comme celle des départs volontaires est autrement plus significative et atteste que ce modèle est déjà dépassé. Le rassemblement hors les murs est une prison quand la politique qu’il déploie s’inscrit dans le sempiternel même carcan. Le peuple n’a pas encore pu l’exprimer dans les urnes que les plus expérimentés parmi le personnel politique y reconnaissent le tourbillon qui a emporté leurs vieilles chapelles hier et qui s’apprête à emporter les nouvelles églises demain. Le renouveau se dérobe à trop avoir singé l’ancien.

Retour à la case départ donc ? Les tenants du vieux monde le voudraient bien. Ne voit-on pas fleurir depuis quelques jours les commentaires pour tenter de réhabiliter comme unique clivage structurant la latéralisation gauche-droite ? N’entend-on pas l’apologie des partis scandée par les bureaucrates nostalgiques ? Non. Il ne faut pas s’y tromper. Le désaveu macroniste n’est qu’une étape supplémentaire et finalement tellement prévisible vers l’approfondissement du blocage démocratique qui s’exprime en France comme partout en Europe. La réponse ne saurait être dans les vieilles recettes mais dans le fait d’offrir un débouché humaniste à cette volonté de reconquête de leur souveraineté que les peuples expriment désormais avec force et constance en dégageant les tenants de tous les vieux modèle d’accaparement et de captation démocratique.

François Cocq

2 commentaires sur “Le modèle macroniste déjà évacué

  1. BOUTEVIN dit :

    Je partage totalement ton analyse, ce n’est pas en effet un simple remaniement, puisque même dans la durée que met l’exécutif à trouver les futurs ministres il se retrouve face à ses propres contradictions politiques, humaines et culturelles. Et cela au bout d’un peu plus d’un an de leur arrivée au pouvoir. La dernière présidentielle a démontré la justesse de notre démarche avec la F.I. Car contrairement à Macron, nous avons construit un véritable projet de société: « l’Avenir en Commun »! Ce corpus nous permet avec « seulement » 17 députés et un maillage territorial important avec les groupes d’actions d’apparaître aux yeux de nos concitoyens comme la véritable opposition à cette casse de notre République sociale.
    Les Européennes peuvent être une étape pour nous avec nos partenaires de gauche en Espagne, au Portugal, dans les pays scandinaves et d’autres. A la condition d’être capable de bien articuler à la fois la volonté de remettre en cause la logique austéritaire et de casse des droits sociaux à travers les différents traités Européens, mais aussi les TAFTA/CETA/JAFTA.

    C’est aussi également en proposant non pas une « Europe sociale » chère à nos européistes béas que nous pourront sortir des ambiguïtés et des faux semblants devant la violence sociale, il faut radicalement changer de paradigme et donc avoir un discours clair et audible. La difficulté de l’exercice sera de tenir les deux bouts des forces qui des classes populaires qui sont les premières touchées et subissent les dégâts des politiques menées ses trente dernières années, tout en étant aussi capable de nous adresser à la petite bourgeoisie éduquée de gauche qui dès que l’on évoque la volonté d’affronter la commission et les oligarques Bruxellois,devient hystérique. C’est donc bien un moment historique que nous vivons depuis plusieurs années et que cette période trouble, violente peut soit sortir par le haut ou alors sombrer dans la violence.
    Nous avons donc un rôle primordial dans cette construction culturelle et politique.

    Jean-Louis Boutevin F.I (Landes)

    Aimé par 2 personnes

  2. micmousse dit :

    « Les politiques ne veulent plus y aller, comme ce président de conseil départemental PS » c’est dommage , à Nancy on commençait à se réjouir que Mathieu Klein se montre comme le soutien arriviste de Macron qu’il est
    Cela aurait mis une épine dans le pieds de toute cette gauche de droite à toutes les élections les montrant sous leur vrai jour qui les a vu commencer sous Hollnde le massacre social et écologique qu’ils terminent sous Macron en essayant de ne pas trop hypothéquer leurs réélections
    Les PS ont clairement choisi l’opposition à Macron , enfin , ils essaient de se faire voir comme ça parce que leurs votes ne traduisent pas cette tendance , la preuve est que Macron essaie d’équilibrer son futur gouvernement avec des PS que les meRdias annoncent de gauche alors que ce ne sont que des salopards de droite
    Car en même temps ce 9 octobre , mon ex collègue Jean-Paul Vinchelin , dit Zaza , maire PS d’une commune du sud de Nancy depuis 2001, ex conseiller général PS , président PS de la communauté de commune , leader CFDT , très longtemps son secrétaire dans la sidérurgie en particulier lorsque je fus viré car j’étais CGT et ou lui a eu toutes les promotions jusqu’à sa retraite .
    Zaza a donc défilé avec nous .Je l’aime bien Zaza . Lui à un syndicat qui faisait semblant de défendre des travailleurs , moi à la CGT qui essayait d’améliorer voir de changer notre condition , on a rédigé des tracts ensemble , on a manifesté ensemble mais c’était il y a longtemps . Lorsque je l’ai salué , il n’avait ni pancarte ni rien d’affiché mais j’ai terminé la conversation lorsqu’il m’a parlé de ‘l’extrême gauche Fi ‘ et soutenu que l’on conservait un confort certain grâce au PS
    Bref les salopards PS sont déjà en campagne pour les municipales

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