Bavière, Luxembourg, Suède : la litanie de l’effondrement du bipartisme et des majorités introuvables

En Bavière aujourd’hui lors des élections régionales, ou au Luxembourg comme en Suède le mois dernier lors des élections générales, les principaux enseignements ne sont pas ceux que l’on croit.

Une fois encore on nous promettait une poussée de l’extrême-droite. Celle-ci a été pour partie contenue, l’AFD faisant 11% là où il y a tout juste un an ils avaient recueilli 12,4% des suffrages lors des élections générales.

La social-démocratie elle n’en finit plus de s’effondrer. La voilà reléguée au 5ème rang avec moins de 10% des suffrages (9,5%), là où en 2013 elle pointait encore en deuxième position à 20,6 % ! Les Verts en tirent bénéfice en faisant plus que doubler leur score pour arriver à 18,5 %. A noter que si cette poussée permet au total gauche de se maintenir, il semble les Verts aient bénéficié du décrochage d’une partie significative de l’électorat CSU effaré par la course à l’extrême-droite du parti chrétien-démocrate.

Car en effet, la CSU, omnipotente et quasiment majoritaire à elle seule depuis 50 ans dans la région, chute lourdement (-11%) et ne recueille plus que 35% des suffrages.  D’où le principal enseignement que l’on peut une fois encore tirer d’un scrutin électoral : les majorités s’avèrent de plus en plus improbables, même là où elles étaient hier assurées. Peut-être la majorité sera-t-elle sauvée par l’alliance de la CSU avec les « électeurs libres » (11%) divers droite et les libéraux (5%) qui les uns et les autres progressent d’environ 2%, mais cette coalition aura la faiblesse de son hétérogénéité au regard des positions prises par la CSU et son leader, Horst Seehofer, tenant d’un « axe » austro-italo-allemand en matière d’immigration.

La déroute de la CSU ne se contente pas de rendre compliquée l’émergence d’une majorité en Bavière : elle ébranle la grande coalition bancale d’Angela Merkel qui avait déjà mis près de six mois à émerger après les législatives de septembre 2017. Non seulement les grandes coalitions, pis-aller du bipartisme, ont de plus en plus de mal à se dessiner, mais elles deviennent des constructions à ce point inappropriées par rapport à la volonté populaire qu’elles courent le risque de l’éclatement au premier nid-de-poule venu.

Les élections luxembourgeoises qui avaient lieu le même jour ne disent pas autre chose : même érosion du bipartisme (-6% pour la droite à 28%, -5% pour la social-démocratie à 15%), poussée des Verts et nouvelle majorité électorale à bricoler. Au même moment en Suède les conservateurs échouaient ce dimanche à former une grande coalition suite aux élections…du 9 septembre dernier. Entre temps, le 1er ministre Stefan Löfven a été démis fin septembre par une motion de censure. En cas d’échecs répétés pour former un nouveau gouvernement (4), il faudra retourner aux urnes.

Résumons-nous : l’extrême-droite reste haute mais est contenue, la social-démocratie est en déroute et la gauche reste faible, la démocratie chrétienne chute comme jamais. Bref le blocage démocratique se donne à voir une fois encore. Le hiatus évoqué avec beaucoup de justesse par Thomas Branthôme dans une tribune publiée dans Le Monde entre « l’efficacité des politiques et leur légitimité même » se vérifie une fois encore. Il ne suffit plus de proposer la politique qui serve au mieux les intérêts du peuple ( il faut bien sûr le faire), il faut aussi en parallèle lui assurer une assise majoritaire. Ceci passe par l’acceptation de règles de vie collective, et donc la construction d’une volonté commune, par le retour dans son principe plein et entier de la souveraineté populaire. La parcellisation à l’extrême de la vie politique, le choix délibéré des citoyens de ne plus donner de majorités dans les urnes, traduisent leur désarroi face à des responsables politiques qui n’assument pas leur et qui bradent la part de souveraineté qui leur a été confiée sur l’autel des puissants. En un mot l’émergence de majorités électorales est plus que jamais condamnée si n’émergent pas des majorités populaires.

Parce qu’il est le même partout, tel est le défi auquel doivent se confronter toutes les forces de l’humanisme émancipateur partout en Europe.

François Cocq

NB : sur la base des estimations de résultats fournies à 18h30 ce dimanche

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