Macron installe le RN

Macron a bien travaillé. Le sondage IFOP du jour sur les européennes valide le travail  présidentiel qui a consisté à réinstaller le Rassemblement national de Mme Le Pen comme seul opposant. Et de fait, les médiacrates se pourlèchent déjà les babines de ce duel annoncé à 20% entre les pseudos-adversaires aux intérêts partagés.

La stratégie macroniste vient de loin. Je la décrivais déjà il y a un an dans mon livre Alerte à la souveraineté européenne ! La chimère de Macron contre la souveraineté populaire, lorsqu’Emmanuel Macron installait ce fumeux concept pour établir une dichotomie du champ politique. Déjà il ne pouvait rien exister entre les « progressistes » qu’il prétendait incarner et les « populistes » rhabillés plus tard en « illibéraux » qu’il auto-désignait comme les adversaires face auxquels faire front uni.

L’échéance approchant, Macron a accéléré. Bien sûr en tentant d’affaiblir les autres oppositions à son régime, comme ce fût le cas avec les perquisitions hollywoodiennes contre La France insoumise. Mais aussi en explicitant les termes du débat qu’il souhaite installer : le 16 octobre, lors de sa ténébreuse intervention télévisée, le Président s’est attaché à prononcer plusieurs fois le mot « Nation ». Certes le concept dans sa bouche est creux. Mais il fait mine de venir sur le terrain de l’adversaire non pas pour le combattre mais pour mieux l’installer dans la confrontation. Le 26 octobre, les tweets présidentiels ne prenaient plus de gants : « Qui a gagné les élections européennes en France ? Le Front National. Qui était au deuxième tour de l’élection présidentielle en France ? Le Front National. Ils sont là les nationalistes ». Le 1er novembre, dans une interview à Ouest-France, il jouait cette fois sur les peurs en agitant le chiffon du « retour aux années 30 ». Pour quelqu’un qui reprenait à son compte Spinoza et regrettait en 2017 que« la France [soit] bloquée par les passions tristes de son histoire », il y a là une curieuse inversion des rôles au service de la manipulation (voir ici mon intervention sur le sujet au JT de RT France le 2 novembre).

Tout cela, c’est bien sûr du catch, du spectacle. Mais ce n’est pas sans effet si l’on en juge par l’enquête d’opinion du jour et quand bien même celle-ci doit être prise avec toutes les réserves d’usage.  La manoeuvre macroniste n’est pas sans risque pour son auteur. Elle amène Macron à quitter sa zone de confort et lui fait prendre le risque de la confusion. On l’a noté avec son évocation de la Nation dans son intervention télévisée, formule creuse dans sa bouche tant il évite de voir dans la Nation un corps politique constitué et donc à ce titre dépositaire d’une volonté générale et de l’attribut de souveraineté qui l’accompagne. On l’a vu à nouveau dans son interview à Ouest-France le 1er novembre. On aurait en effet tort de n’en retenir que la comparaison aux années 30. Emmanuel Macron s’y livre à un grand moment de démagogie qui l’oblige à dire en une même phrase une chose et son contraire. Ainsi, il pointe du doigt le risque pour l’Europe de « perdre sa souveraineté » qu’il ne se contente donc plus de souhaiter mais qu’il lui octroie de fait. Pourtant, « en même-temps », il présente celle-ci comme un rempart contre « les grands intérêts financiers et des marchés qui dépassent parfois la place que les Etats peuvent prendre ». Passons sur la diatribe contre la finance : là où Hollande avait eu son discours du Bourget, Macron aura son discours de Honfleur. Pour celui-là, un 5 étoiles vaut bien le 93 pour s’en prendre à l’argent roi ! Reste que Macron dans un double mouvement évoque le cadre des Etats tout en réaffirmant l’Europe comme le lieu de la souveraineté. Contradiction apparente. Sauf à ce que, comme je le démontre dans mon livre, cette souveraineté européenne si chère à Macron soit dissociée de la souveraineté populaire. Là où l’article 3 de la Constitution stipule que « la souveraineté nationale appartient au peuple qui l’exerce par ses représentants ou par la voie du référendum », Macron veut des Etats (et donc des nations) qui soient soumis à une supra-souveraineté délivrée des peuples.

La mise en scène macroniste, en se focalisant sur le volet électoraliste, génère on le voit une double difficulté. Elle fait d’un côté apparaître des contradictions dans le discours présidentiel, tandis qu’elle réduit de l’autre Macron à ne vivre qu’à travers ses oppositions, laissant de la sorte transparaître le fait qu’il n’a plus d’existence propre faute d’être lui-même un élément dynamique. Ce changement de stratégie macroniste réouvre aussi un espace (qui il faut le dire n’a jamais été réellement refermé) pour les tenants d’un humanisme radical qui considèrent que la demande populaire première est celle de retrouver sa dignité de choisir collectivement son destin en recouvrant sa souveraineté. Qu’il le veuille ou non, Macron est happé par cette demande populaire à laquelle il ne peut répondre qu’en l’étouffant. Lui ne saurait donc constituer un rempart face au populisme identitaire.

On ne joue pas impunément avec le feu et Macron pourrait bien au soir du 26 mai être le premier à se brûler. Puisse l’ensemble du paysage ne pas être dévasté.

François Cocq

 

6 commentaires sur “Macron installe le RN

  1. oleron17 dit :

    Il est vrai que JLM lui facilite beaucoup le travail.

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    • henthouarn dit :

      JLM lui facilite le travail: explications svp. Et puis il n’y a pas que JLM. Ruffin, Coquerel, Quatennens, M Panot, C Autain entre autres savonnent la planche de Macron

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    • pierre dit :

      Seriez-vous influencé par le « feu roulant » des médias concernant JLM en particulier et la FI en général ? On peut regarder la télé : Macron superstar ! On peut écouter la radio : Macron superstar ! Quand Nicolas Sarkozy a commencé à se mêler de mettre en place ses copains dans les médias, tout le monde a dit : Il ne faut pas exagérer. Depuis, non seulement ce phénomène a été maintenu, mais il a été accentué et c’est carrément « le Château » qui fixe la ligne éditoriale. C’est quand même étonnant qu’une perquisition ait été autant médiatisée et les images, sorties de leur contexte, diffusées en boucle, sans que personne de la classe politique de « gôche » n’ait simplement songé à émettre la moindre remarque, autre que : « JLM a exagéré » … et estimé que la justice indépendante évidemment, n’a fait que son travail … comme au Brésil.

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  2. André Scanga dit :

    Avec ou sans Jean-Luc MELENCHON, c’est certain que Emmanuel MACRON est un mécréant de la République Français, qui bat les meilleures performances des précédents Présidents. Mais que faisons-nous pour le faire dévier de sa trajectoire. A la fin du quinquennat, il aura tout ravagé dans le pays ……………….

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    • henthouarn dit :

      D’une certaine façon, en concentrant dans ses mains presque tous les pouvoirs il facilite le renversement de la V ème Rép puis l’instauration de la VI ème

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      • André Scanga dit :

        Parcours présidentiel 2017 / 2018 – Le Tour de France change d’itinéraire chaque année, ce qui ne sera pas le cas pour Emmanuel MACRON en 2019. Son objectif est d’arriver à satisfaire les milieux financiers et patronaux, aussi les directives européennes. Sauf accident de parcours politique ……………..

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