Dies irae

La mobilisation des gilets jaunes ce 17 novembre est un immense signal populaire. Les gens se sont saisis de leur propre force et, se voyant si nombreux, ont progressivement rejoint le mouvement tout le long de la journée. Face à la matérialisation d’une volonté commune, le pouvoir n’a eu de cesse d’attiser la confrontation. Le gouvernement a cherché à détourner le clivage entre les gens et la Caste exprimé par les Gilets Jaunes, pour le porter sur la question de l’ordre. Or c’est sur ce terrain-là que le gouvernement s’est aujourd’hui enlisé, apparaissant pour ce qu’il : une bande de fauteurs de troubles qui fracture la société.

Depuis des jours, le gouvernement n’a eu de cesse de dramatiser les formes de la mobilisation, de proclamer son illégalité et sa culpabilité anticipée. En jouant à ce jeu dangereux, le gouvernement prenait le risque de monter une partie du pays contre l’autre. Et donc d’aviver les tensions. Ce qui n’a pas manqué d’arriver. Les incidents se sont multipliés dans la matinée jusqu’au drame, aux drames. M. Macron et les siens ont cherché à créer un état d’esprit pour délégitimer le mouvement et légitimer à l’inverse les marques d’expression à l’encontre de celui-ci. Dès lors les incidents étaient inévitables. Le mouvement du président était même derrière le #sansmoile17 sur lequel fleurissaient les appels à forcer les barrages. En cela M. Macron est responsable et coupable de ce qui a pu se produire à travers le pays.

Mais non content d’avoir créé ce climat de tension permanente, le gouvernement a soufflé sur les braises tout le long de la journée. A 10h, le ministre de l’intérieur M. Castaner tentait de refermer ce qu’il aurait voulu n’être qu’une parenthèse en livrant des chiffres sensés marquer l’échec de la mobilisation ou à tout le moins sa faible : 50.000 gilets jaunes sur 1000 initiatives brandissait le ministère de l’intérieur. Deux heures plus tard, la communication d’Etat était balayée. Les services de M. Castaner étaient contraints de concéder 125.000 manifestants sur 2000 initiatives. A coup sûr on était encore très loin du décompte réel. Et quand en milieu d’après-midi le ministre a vu les rassemblements continuer à grossir, à Paris et ailleurs, il a donné l’ordre de la confrontation physique à coups de lacrymogènes. Entre-temps les chiffres « officiels » avaient grimpé à 240.000 personnes mobilisées partout en France.

Macron & Co ont, par leur brutalité, donné une teinte nouvelle à cette journée. En voulant masquer la confrontation entre le peuple et la Caste, entre les gilets jaunes et les gilets dorés, ils ont cherché à étouffer tout débat raisonné : celui qui aurait pu avoir lieu sur la nature injuste de la taxe et le besoin au contraire d’une refonte de l’impôt qui assure le consentement de tous par son objet redistributif ; celui sur la transition écologique et énergétique de notre pays, qui ne saurait procéder de contraintes préalables et indépendantes d’une nécessaire planification écologique ; celui sur la prise en compte de l’expression populaire par un président qui ne saurait avoir de comptes à rendre entre deux élections.

Macron voulait placer le pays en état d’hibernation démocratique pendant 5 ans. Mais ce pays est la France, patrie de la République universelle, dont le peuple se définit justement en tant que corps politique constitué. Il ne pouvait en sortir qu’une confrontation entre le pouvoir et le peuple où chacun.e mesure désormais que la source du désordre et du chaos est à l’Elysée.

Dies irae : le jour de colère est aussi un requiem, celui du pouvoir macroniste.

François Cocq

3 commentaires sur “Dies irae

  1. Lunesoleil dit :

    Dommage la vidéo ne fait pas écho avec le contenu de l’article , je m’attendais a vous voir endosser le gilet jaune comme marque du soutien de cette mobilisation du 17 novembre

    J'aime

  2. jean-louis dit :

    Notre président caresse ce rêve extraordinaire de pouvoir détruire le contrat social français, tranquillement, sans en pâtir le moins du monde. Eh bien on va voir si les Français qui tiennent à leur pays et à leur histoire acceptent.

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s