La vertu face à la république des fripons

Jean-Jacques Urvoas hier, Fleur Pellerin aujourd’hui… 48 heures auront suffi pour que la république des fripons se rappelle aux bons souvenirs de la grande masse populaire. Alors même que le mouvement des Gilets jaunes met à jour la crise démocratique qui affecte la légitimité des représentants à porter l’action publique, voilà que ressurgissent les combines et petits arrangements entre amis. Autant d’abus dans des situations de pouvoir qui corrompent la tâche même de représentation. La pente de la perte du consentement n’a décidément pas fini d’être dévalée.

Fleur Pellerin est ainsi soupçonnée de « prise illégale d’intérêts » par la Haute autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP). En cause, le partenariat économique quasi exclusif entre la société d’investissement qu’elle a créée et la société coréenne Naver Corp avec laquelle elle traitait directement lorsqu’elle était ministre. Bref un possible usage d’une position faite pour servir l’intérêt général et détournée pour enrichir un intérêt privé.

La veille, le parquet général a requis le renvoi devant la cour de justice de la République de l’ancien garde des sceaux et ministre de la justice Jean-Jacques Urvoas. Celui-ci aurait usé de sa situation comme un passe-droit pour transmettre au député LREM Thierry Solère des éléments sur une enquête pour fraude fiscale, blanchissement et trafic d’influence qui le visait.

Dans un cas comme dans l’autre, si ces faits sont avérés, on pourra parler de fripons. Etymologiquement, friper, c’est manger goulûment. Or la liste de ceux qui se gavent au sein de la République n’en finit plus de s’allonger. Les particuliers bien sûr. Mais aussi ces grands groupes avides d’argent qui ne reculent devant aucune indécence. Voyez Vinci qui après s’être vu céder les concessions autoroutières à prix modique (par Jospin puis De Villepin), après avoir transformé les usagers en clients vachse à lait, assume maintenant le flicage pour tenter de se faire payer les péages libérés par les gilets jaunes. Sous la Grande révolution, lorsque le terme fripon était alors d’usage courant, on en employait un autre : la Caste. Celui-là vaut lui aussi plus que jamais pour recouvrir l’ensemble de ceux qui, privilégiant leurs intérêts particuliers, établissent les liaisons pour les soustraire à l’intérêt général.

La double aspiration que l’on retrouve au cœur du mouvement des Gilets jaunes et qui lie la reconquête de la dignité à la restauration de la souveraineté populaire, se nourrit bien évidemment de telles dépossessions qui lui sont infligées. Or « ce qui est immoral est impolitique, ce qui est corrupteur est contre-révolutionnaire (1) », l’impolitique étant entendu comme ce qui est contraire à la bonne politique. Partant de là, l’inversion des intérêts qui fait que désormais la conquête de positions d’intérêt général vise à servir des intérêts privés, altère l’ensemble du rapport de citoyenneté et du contrat politique rousseauiste. La rupture qui s’opère dans la représentation entraîne alors un effondrement du consentement individuel et collectif. Bref ce qui nous fonde en tant que corps politique.

Faire face à la république des fripons par la vertu est donc un enjeu décisif. La vertu n’est pas seulement morale. Elle elle est profondément politique et républicaine et définit la nature d’un gouvernement populaire : « Quel est le principe fondamental du gouvernement démocratique populaire, c’est-à-dire le ressort essentiel qui le soutient et le fait mouvoir ? C’est la vertu ; je parle de la vertu publique […] qui n’est autre chose que l’amour de la patrie et de ses lois. (2) » Et elle se traduit dans l’ensemble des rapports démocratiques mais aussi économiques et sociaux car « comme l’essence de la République ou de la démocratie est l’égalité, il s’ensuit que l’amour de la patrie embrasse nécessairement l’amour de l’égalité. »

Le mouvement des Gilets jaunes ne procède pas d’une autre logique : la revendication démocratique entraîne à sa suite l’accomplissement de la réalisation sociale. Pour peu qu’il érige la vertu républicaine en philosophie politique de la citoyenneté, il fera naître des « héros » (en sanskrit, vera signifie « héros ») pour mettre un terme au règne des fripons.

François Cocq

 

(1) Robespierre

(2) Ibid

3 commentaires sur “La vertu face à la république des fripons

  1. Jean Paul MAÏS dit :

    Robespierre, reviens ! Mais pas sans ton pote Saint-Just !

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  2. La meilleure et peut-être même la seule solution pour avoir des élus honnêtes c’est qu’ils aient le même salaire que les plus pauvres (hors frais de mandat justifiés).
    Nous, #GiletsJaunes réunis en assemblée générale au rond-point de Lux, nous exigeons le transfert du pouvoir budgétaire au peuple.
    Signez et partagez notre pétition pour le référendum budgétaire annuel et la fin des « flat tax ».

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  3. AG GiletsJaunes Chalon - Lux dit :

    L’adresse de notre pétition pour transférer le pouvoir budgétaire au peuple ne s’est pas affichée. C’est http://change.org/p/supprimez-les-taxes
    Aidez-nous à la partager. SVP.

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