Pause et rappel

A celles et ceux qui suivent régulièrement ce blog,

Comme vous l’avez constaté, ce blog est resté muet depuis quelques jours. Mes analyses reviendront je l’espère bientôt.

Mais je dois avouer qu’un ressort s’est cassé dans mon engagement le 5 janvier après l’injure qui m’a été faite.

Le clavier me brûle désormais les doigts, sans doute parce que je ne sais pas comment parler de la situation politique sans revenir sur la falsification d’identité politique dont j’ai été victime. Or le faire nuirait à mon camp et je m’y refuse.

Mais comme il me reste deux ou trois réflexes politiques, et comme je sais que nombre de camarades s’interrogent sur le futur Traité de l’Elysée qui doit être ratifié mardi 22 janvier, je vous livre ci-dessous si cela peut être utile  l’extrait de mon livre Alerte à la souveraineté européenne ! La chimère de macron contre la souveraineté populaire (Editions du Borego, mars 2018) qui traite du sujet.

François Cocq

Le condominium franco-allemand

Le Président Macron ne s’en cache pas : la clé de voûte de l’Europe doit selon lui être le couple franco-allemand. Et qu’importe la domination allemande au sein de l’Union Européenne ces dernières années. Qu’importe que tous les pays de l’Union aient dû s’aligner sur l’ordo-libéralisme[1] si cher à Berlin à coups de baisse du déficit et des dépenses publiques. Qu’importe que la moitié des peuples d’Europe aient été pressurés pour assurer la rente des retraités allemands. Pour M. Macron, « le colloque intime avec l’Allemagne est la condition nécessaire à la construction européenne. (…) Il est ce par quoi tout commence » confirmait-il lors de ses vœux pour 2018.

Et c’est effectivement ce par quoi M. Macron a commencé. Dès le 13 juillet 2017, Mme Merkel était conviée à participer à un conseil des ministres franco-allemand à l’Elysée, prémisse d’une « coopération structurée permanente, c’est-à-dire d’engagements renforcés en matière d’investissements, d’équipements, ou de missions extérieures[2] ». Lors de son discours de la Sorbonne, M. Macron proposait d’aller plus loin encore : « Je propose à l’Allemagne un partenariat nouveau : pourquoi ne pas se donner l’objectif d’intégrer totalement nos marchés en appliquant les mêmes règles à nos entreprises, du droit des affaires au droit des faillites ». Ainsi donc, le rapprochement franco-allemand se ferait non sur une base politique, nécessaire pour que chacun soit respecté pour ce qu’il est et représente, mais dans un cadre d’abord économique, sous la forme d’une « intégration totale[3] ». Or on sait par avance quel en serait le modèle dominant : celui qui, comme outre-Rhin, repose sur « la libéralisation du marché de l’emploi, du recul de l’âge de départ à la retraite, de la baisse des salaires qu’elle a entrainée, et surtout sur la mise en place de nouveaux types de contrats de travail basés sur l’idée de renforcer le contrôle sur les chômeurs et de baisser ainsi le taux de chômage[4] ». Cela a conduit à l’explosion des mini jobs précaires et le pays à compter 3,7 millions de travailleurs pauvres soit un actif sur 10 selon une étude réalisée en 2017 par l’Institut de recherche économique et sociale (WSI) de la Fondation Hans Böckler.

Tel est l’avenir que réserve M. Macron non seulement à notre pays, mais aussi à l’Europe toute entière puisqu’il annonçait à la Sorbonne vouloir sur ces bases « lancer un groupe de la refondation européenne ». Velléités confirmées par la résolution pour un nouveau Traité de l’Elysée avec l’Allemagne et par l’accord parlementaire franco-allemand signés le 22 janvier 2018 à l’occasion du 55ème anniversaire du traité de coopération franco-allemand de 1963. C’est bien vers une Europe pilotée à deux que nous conduit M. Macron, une forme de condominium placé sous l’égide franco-allemande, au mépris de l’idée même d’une Europe où les Nations sont toutes à égalité. Le duo entend ainsi s’affranchir des autres pays européens en arrêtant ensemble dès le printemps 2018 une position commune sur la réforme de la zone euro alors même que le Conseil des États-membres de juin 2018 doit décider collectivement d’une feuille de route. Mais une fois encore, la France est placée à la remorque de l’Allemagne, le ministre de l’économie M. Le Maire s’étant empressé d’approuver en janvier 2018 la proposition allemande de création d’un Fonds Monétaire Européen pour faire la police des budgets des États et les sanctionner. La France tourne de la sorte le dos à l’Europe du Sud à laquelle elle n’a rien à proposer comme lors de ce sommet des États de l’Union européenne méditerranéens qui s’est tenu le 10 janvier 2018 entre la France, l’Italie, la Grèce, l’Espagne, Chypre et Malte. En agissant de la sorte, elle s’empêche surtout d’œuvrer à un équilibre global, préférant s’enfermer dans un tête-à-tête avec l’Allemagne et imposer une vision sur laquelle elle s’est au mieux entendue au préalable avec son voisin, quand elle ne se l’est tout bonnement pas vue dictée par lui.

Or cette vision est justement de celles qui font question. Le terme « peuple » est ainsi absent du nouveau traité franco-allemand. Alors même qu’il est question « d’intégrer totalement nos marchés », le peuple n’est jamais appelé à se prononcer, sinon par le biais des « consultations citoyennes » sans pouvoir décisionnaire. Pire : il est convenu de s’appuyer sur les eurodistricts pour créer des zones autonomes dédiées à la concurrence économique. Les eurodistricts sont en effet des zones transfrontalières mais qui ont une personnalité juridique.  Le nouveau traité prévoit de leur « déléguer des compétences accrues et à introduire des clauses d’expérimentation dans chacune des législations nationales ». De même, le document « souhaite que les compétences nécessaires appartenant aux Länder ou aux Régions soient également transférées mutatis mutandis aux eurodistricts ». Autrement dit est organisé un vaste transfert de compétences, de l’État et des Régions, vers les eurodistricts. On notera que le terrain avait été préparé par la loi NOTRe[5], initiée sous Nicolas Sarkozy par la commission Attali (dont M. Macron était le rapporteur général adjoint) et adoptée sous François Hollande (à l’époque où M. Macron était ministre de l’économie). La loi NOTRe a organisé le démantèlement de la République par le transfert accru de compétences vers les régions, les mettant en concurrence économique les unes avec les autres. Ces mêmes compétences glisseraient donc désormais vers les eurodistricts. De même la Loi NOTRe a introduit au profit des Régions le « pouvoir réglementaire local d’adaptation » pour permettre « le renforcement de la compétitivité ». Ce pouvoir réglementaire local se verrait désormais étendu par les « clauses d’expérimentation dans chacune des législations nationales ». Ainsi donc, là où la Loi est normalement ce qui unit un peuple par son acceptation, la Loi de la République pourrait elle se voir court-circuitée et parcellisée par des clauses dérogatoires issues du droit allemand.

[1] L’ordo-libéralisme consiste en la mise en place d’un cadre normatif imposé à chacun des états-membres et visant à permettre la libre circulation des capitaux et une concurrence libre et non faussée. Pour plus de détails, voir l’article d’août 2015 du Monde diplomatique : http://www.monde-diplomatique.fr/2015/08/DENORD/53518)

[2] Le Point, 31 août 2017

[3] Emmanuel Macron, discours de La Sorbonne, 26 septembre 2017

[4] L’Heure du peuple, 12 janvier 2018, entretien avec Hadrien Clouet, doctorant en sociologie (CSO / CNRS Sciences po) travaillant sur le sous-emploi en France et en Allemagne.

[5] Loi du 7 août 2015 portant nouvelle organisation territoriale de la République

 

 

9 commentaires sur “Pause et rappel

  1. Arlette Bonnet dit :

    J’avoue ne pas avoir compris cette épreuve que vous traversez mais je veux vous remercier pour la dignité dont vous ne vous êtes jamais départi. Je continuerai à être une de vos fidèles lectrices et à partager vos billets. Encore merci.

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  2. BRETON dit :

    Je suis consterné par le tweet de JLM . JLM m’a déçu . Je suis d’abord un Mélenchoniste avant d’être un FI , je reste très attaché à ce qu’est JLM . Ce différend entre vous deux m’attriste .Je ne partage pas du tout cette agressivité à ton endroit François , non ! ça ne passe pas du tout ! . J’ose espérer qu’un jour – rapidement- vous reviendrez (toute l’équipe) les protagonistes PG/FI que vous étiez ? . Merci pour tout le travail que tu as accompli , et celui qui est le tien aujourd’hui .

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  3. Vevil dit :

    Je comprends votre abattement après une telle blessure. Bien que je ne veuille pas couper tout lien avec JLM, je trouve cruel de sa part de vous avoir désavoué publiquement en dépit de vos qualités intellectuelles et du long chemin que vous avez parcouru à ses côtés. Ce rejet m’a beaucoup déçue, attristée, et je suis sensible aussi à votre dignité, votre probable grand sens de l’amitié.
    Je vous remercie François pour les textes que vous nous offrez. Je dois approfondir la question du nationalisme, mais je suis certaine qu’il ne peut en rien être entaché de xénophobie. Je crois même le contraire, faisant, peut-être à tort, le parallèle avec le fonctionnement psychique : on ne peut aimer les autres que si on s’aime soi-même.

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  4. Jean Paul MAÏS dit :

    Depuis 80 ans, on nous rebat les oreilles avec le pacte germano-soviétique.
    Mais les pactes germano-français reconductibles seraient dans l’ ordre des choses ?
    Alors que l’ Allemagne a été notre ennemie lors des trois dernières guerres ?
    Mais ce serait oublier la Sainte Alliance des nantis :
     » Capitalistes de tous les pays, unissez-vous !  » Car eux, ont très bien réussi leur union !

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  5. SPINNER Jean Louis dit :

    Bonjour
    Que s’est il passé le 5?
    Rester tel que vous etes car vous etes un PHARE dans cet univers pourri.
    Merci pour tout
    Amicalement

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  6. LOUIS dit :

    j’aimerais des éclaircissements de votre mise à l’écart par JLM je ne suis pas assez informé pour porter un jugement.Merci

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  7. brunetaud6287 dit :

    Malgré les différents que je peux avoir avec toi (je me permet le tutoiement, bien que l’on ne se connaisse pas ou peu), ta rigueur intellectuelle a été ridiculement mise en doute par JLM qui commence à « déconner » dans sa com’, et ce, au-delà des conflits interne à une organisation comme la FI.
    Je reste un coco très ouvert et j’attends de Brunel qu’il relance avec FI une nouvelle relation de confiance. Attendons, mais agissons concrètement aussi.
    Amicalement

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  8. yann dit :

    Difficile d’admettre que vous seriez un « nationaliste » au sens pourri qu’on accorde aujourd’hui à ce terme! je ne comprends pas cette mise à l’encan : je trouve que c’est bien dans l’époque de se livrer à de tels anathèmes et par Twitter en plus! c’est à dire sans aucune argumentation.
    Je vais écrire à JLM pour lui demander des explications sur ce qu’il dit.

    Personnellement j’apprécie vos édito, toujours bien écrits et très cohérents: ils me font réfléchir et progresser.

    Des anathèmes, on en voit et verra à tous les niveaux : dès qu’il y a désaccord, c’est la voie de la facilité! j’espère que vous tiendrez votre ligne, car c’est du débat que jaillit la lumière et non de la censure ou autocensure.

    Donc merci pour votre action (ce blog, les livres, les émissions TV etc…etc..)

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  9. maurel solange dit :

    Je suis d’accord avec le message de Yan et ne saurais pas mieux dire.Simplement j’ajouterais que la dignité et le sens des responsabilités de votre attitude souligne encore plus fortement la faute du tweet de JLM.Je ne sous estime pas l’usure que doit produire le harcèlement médiatique, qu’il subit, mais malgré cela le ton de ce tweet est injustifiable.

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