Macron, des consignes à la presse au paravent de légitimité

Jeudi 31 janvier, Emmanuel Macron recevait à l’Elysée pendant deux heures quelques journalistes triés sur le volet  pour leur donner la ligne éditoriale qu’il devraient suivre. Tout juste un an après ses voeux à la presse de 2018, Macron en remet donc une couche pour indiquer ce qu’il est bon de dire ou d’écrire. Celui-là ne se contente plus d’être servis par les siens, il voudrait encore que sa presse aux ordres fasse le ménage autour d’elle. Invraisemblable ? Je vous renvoie au verbatim des déclarations présidentielles rapporté dans Le Point. Eloquent n’est-ce pas ?

On y trouvera aussi le sempiternel mépris de classe et peut-être plus encore concernant « les mots d’un boxeur gitan » (sic). Ou encore l’enfermement de Caste du président qui, en réduisant la légitimité à sa dimension institutionnelle, dénie au peuple la primauté de sa souveraineté :  « Si on veut rebâtir les choses dans notre société, on doit accepter qu’il y ait une hiérarchie des paroles, reprend-il. Je ne crois pas du tout à l’horizontalité là-dessus. L’horizontalité d’un débat, c’est très bien. Mais il faut se poser la question « D’où tu parles ? Quelle est ta légitimité ? » Celui qui est maire, celui qui est député, celui qui est ministre a une légitimité ou une responsabilité. Le citoyen lambda n’a pas la même. Il ne représente que lui-même. »

Toute la crise de la démocratie réside dans cette accaparement du pouvoir souverain par une représentation dont la légitimité se limite d’elle-même au fait d’être une émanation institutionnelle. Bon prince, j’accorde au président Macron ci-dessous quelques feuillets du livre que je peaufine et qui sortira d’ici quelques jours aux Editions du Borrego : L’impératif démocratique, de la crise de la représentation aux Gilets jaunes

Légitimité

Ce grand et beau débat sur la nature de la démocratie se décline naturellement en termes de légitimité. On a vu, au moment du mouvement des Gilets jaunes, comment deux légitimités pouvaient se faire face : celle issue de l’élection et celle de la volonté populaire. Dit autrement, « la légitimité procède-t-elle du fond, autrement dit d’une conception substantielle du politique ? Ou procède-t-elle de la procédure, c’est à dire des mécanismes institutionnels ? »

Disons le sans ambages : considérer que la légitimité repose sur le strict caractère institutionnel est rien moins qu’anti-démocratique. La démocratie a vocation à remettre en permanence en question la légitimité des institutions à travers lesquelles elle s’exprime. Comme le note Patrice Gueniffey, « la démocratie porte en elle la contestation des institutions démocratiques, des limites qu’elle doit poser pour fonctionner réellement[1] ». Se servir des institutions comme d’un paravent de légitimité, c’est donc contraindre le peuple de manière tyrannique. Plus encore lorsque par delà la légitimité des institutions, il s’agit de considérer la légitimité d’un président en exercice qui se retrouve en première ligne comme l’était Emmanuel Macron durant le mouvement des Gilets jaunes. La légitimité d’un Prince, exécutif ou représentation, dépend alors moins des conditions de son investiture que de ses actes.

Le terme légitimité est en effet apparu à la fin du XVIIe siècle au sens de « qualité de ce qui est juste[2] ». Dès lors, la légitimité est liée à un contenu : c’est ce qu’exprime la Loi qui la rend juste et légitime. On ne peut donc pas déclarer par principe que quelque chose est ou n’est pas légitime : on peut seulement observer que la légitimité est ou n’est pas accordée. Absoudre l’exercice démocratique de tout regard sur le contenu, c’est consacrer la démocratie du contenant et donc la délégation de souveraineté, pour abandonner la République qui repose elle sur l’objet, la chose commune.

Le mouvement des Gilets jaunes a agi comme un révélateur sur ces questions. La légitimité institutionnelle d’Emmanuel Macron lui a été reconnue au soir du 7 mai 2017 par l’acceptation générale du scrutin.  Mais la légitimité dans son acception la plus large lui a été retirée dès lors que les Gilets jaunes, soutenus par le grand nombre, ont exprimé une défiance et  un rejet à l’égard d’une politique et d’une pratique. La légitimité qui résulte de l’élection ne dispose ainsi que d’un caractère ponctuel qui ne peut s’étendre entre deux scrutins si la légitimité des politiques menées est remise en question.

[1] Ibid

[2] Dictionnaire historique de la langue française, Le Robert

5 commentaires sur “Macron, des consignes à la presse au paravent de légitimité

  1. Michel Mazon dit :

    des noms, des noms

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  2. Jean Paul MAÏS dit :

    Comment un président dont le programme n’ a été approuvé au premier tour que par un électeur sur huit, peut-il oser se prévaloir de légitimité ? C’ est un usurpateur ! Comme l’ étaient avant lui CHIRAC, SARKÖ, HOLLANDE, tous élus grâce aux lepen (père et fille) !

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  3. tarnacien dit :

    « sempiternel mépris de classe et peut-être plus encore concernant « les mots d’un boxeur gitan » (sic). » Il faudrait appeler un chat un chat. Remplaçons : « les mots d’un boxeur juif », ou « les mots d’un usurier juif » ou « les mots d’un banquier juif ». Plus encore ? Ce sont des propos « formellement » RACISTES. « Formellement ». Peut-être pas dans l’intention. Mais « formellement », ils doivent être dénoncés pour ce qu’ils sont.

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  4. tarnacien dit :

    Sur le fond : Macron est dévenu président avec 24% sans alliés (18% inscrits). Le gouvernement s’appuie sur 60% de députés élus avec 30% des voix au premier tour, sans alliés (15% inscrits).
    Un tel niveau de non représentatitvié du pouvoir, c’est du jamais vu en 5è République. Il suffit de faire les comparaisons.
    Ca montre que ce système électoral et/ou constitutionnel est à bout de souffle. Il ne répond plus à l’attente des électeurs.
    Y a que 2 solutions pour être mieux représenté. La première, c’est la solution FI-AEC : une révolution, citoyenne et la mise en place d’une assemblée constituante. La deuxième ce sont des réformes dans le fonctionnement institutionnel, à savoir : 1) l’établissement du RIC ET 2) l’introduction de proportionnelle aux législatives. Bien sûr, il faudrait dissoudre après ces réformes.
    Le seul référendum qui vaille, c’est : 1) Pour ou contre le RIC en pouvant choisir les bornes (RIC limité ou pas, nombre de signatures nécessaires, nombre d’élus nécessaires). 2) Pour ou contre la proportionnelle, en pouvant choisir le taux : 100%, 2/3, 1/3, 20%, 10%.
    Point barre.
    Tout le reste n’est qu’enfumage.

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    • Antoine dit :

      Je ne vois pas trop comment on peut sérieusement affirmer que ce serait le « système électoral » qui est à bout de souffle. Ce sont les partis qui sont à bout de souffle, et qui sont incapables de représenter les citoyens.

      Mettez un autre système électoral avec les autres partis, vous aurez le même résultat. D’ailleurs on observe des phénomènes assez proches dans des pays ayant des systèmes électoraux très divers (Italie, Espagne, Allemagne…).

      Mais bon, peut-être qu’il est plus facile de parler du contenant que du contenu. Et puis, pour des politiciens, c’est toujours plus agréable d’incriminer les institutions plutôt que de balayer devant sa porte. Comme si c’était la Vè République qui était responsable des tergiversations de la FI sur l’UE ou sur la laïcité…

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